03 mai 2009
Séraphine : la vie rêvée de Séraphine de Senlis - Françoise Cloarec
Ce billet en réponse à celui de Sylvie, comme promis.
La vie rêvée de Séraphine de Senlis
Elle porte un prénom d'ange, chantant, ardent. Pourtant, le destin qui attend Séraphine Louis, née dans une famille pauvre de l'Oise à l'automne 1864, est des plus terre à terre. Orpheline, Séraphine entame une vie de domestique, comme celle de Félicie, l'héroïne d'Un Cœur simple de Flaubert. De cette terne réalité, il s'agit de s'évader. Séraphine communie avec la nature, Séraphine rêve, Séraphine prie. Et, un jour, cédant à un ordre impérieux de la Vierge, Séraphine peint. L'exaltée de Senlis est moquée pour ses toiles chatoyantes où les arbres, les fruits et les fleurs deviennent sensuels ou inquiétants. Mais le jour où un collectionneur parisien, Wilhem Uhde, découvreur de Picasso, de Braque et du Douanier Rousseau, croise la route de la talentueuse femme de ménage, il l'infléchit singulièrement...
- Phébus -
Film, exposition, biographie, 2008 fut l’année Séraphine.
Et ce fut pour moi une belle et troublante rencontre en compagnie de Florence Cloarec. J'ai dévoré ce petit opus biographique, me suis laissée envoûter par la complexité de l'oeuvre, de la femme, par la somptuosité étrange, l'exubérance presque dérangeante, intimidante des peintures; par la plume de Françoise Cloarec.
Son écriture est particulière, alternant récit factuel et longues digressions parfois poétiques– sur les lieux ou points historiques – souvent émouvantes. L’auteur est psychanalyste et peintre. Elle nous livre avec passion cette biographie qui rend hommage à l’œuvre comme à la femme, avec les mots et le regard de sa double compétence; des mots et un regard sensibles, précis qui nous offrent un récit brillant, intelligent, comme on espérerait que le soient tous ceux qui ont pour vocation de dévoiler un talent et partager une passion. Elle y laisse planer le mystère, la beauté de la quête de Séraphine. Elle y esquisse à touches délicates et respectueuses le portrait de l'artiste, sans occulter pour autant la dureté du contexte, sans le déparer d'une analyse trop psychanalytique ou historique.
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- L'arbre du Paradis - Séraphine de Senlis -
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Cet ouvrage est l'un de mes deux préférés pour le Prix Elle dans la catégorie Document. Je crains qu'il ne fasse pas partie des favoris.
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L'exposition parisienne Séraphine du musée Maillol est prolongée jusqu'au 18 mai.
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13 avril 2009
L'autre moitié du soleil - C.Ngozi Adichie
Lagos, début des années soixante. L'avenir paraît sourire aux sœurs jumelles : la ravissante Olanna est amoureuse d'Odenigbo, intellectuel engagé et idéaliste ; quant à Kainene, sarcastique et secrète, elle noue une liaison avec Richard, journaliste britannique fasciné par la culture locale. Le tout sous le regard intrigué d'Ugwu, treize ans, qui a quitté son village dans la brousse et qui découvre la vie en devenant le boy d'Odenigbo. Quelques années plus tard, le Biafra se proclame indépendant du Nigeria. Un demi-soleil jaune, cousu sur la manche des soldats, s'étalant sur les drapeaux : c'est le symbole du pays et de l'avenir. Mais une longue guerre va éclater, qui fera plus d'un million de victimes. Evoquant tour à tour ces deux époques, l'auteur ne se contente pas d'apporter un témoignage sur un conflit oublié ; elle nous montre comment l'Histoire bouleverse les vies. Bientôt tous seront happés dans la tourmente. L'autre moitié du soleil est leur chant d'amour, de mort, d'espoir.
- Editions Gallimard -
J'apprécie particulièrement ces romans dans lesquels le lecteur s’installe, prend le temps de rencontrer les personnages, les lieux, le contexte ; le temps d’apprécier les mots et les images. Alors quand ce roman revêt un caractère historique, profondément humain, je sais que la lecture sera significative, d'autant que je suis attachée à la littérature africaine.
L’auteur nous offre un texte dense, un style maîtrisé dans lesquels ses personnages évoluent en témoignage d’un épisode tragique de l’Histoire, celle trop souvent déchirée par les guerres ethniques du continent africain. La progression du récit, le choix d’alterner deux époques, le début et la fin des années soixante, est parfaitement gérée; j'ai envie d'écrire soignée tant la part accordée aux traditions, aux mentalités, à la culture, à son historique est finement mise en scène. Pertinente aussi à mon goût, donnant une réelle force émotionnelle au récit.
Evidemment, ce roman, construit sur le destin individuel de cinq personnages principaux, n’échappe pas à l’aspect saga, mais il est porté par un souffle narratif remarquable.
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Je sais que nombre d'entre vous ont lu et recommandé L'Hibiscus Pourpre de Chimamanda Ngozi Adichie. Autant vous dire que je suis convaincue par cette prochaine lecture.
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C'était le dernier livre du Prix Elle pour moi
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Et ce fut aussi cela ce Prix : l'envie de lire d'autres livres, d'aller plus loin dans la découverte d'un auteur.
Ce fut surtout une passionnante aventure livresque, de belles rencontres littéraires, une autre très attendue des jurés avec qui j'ai communiqué via ce blog, une sérieuse envie de renouveller l'expérience dans trois ans malgré ma mauvaise habitude d'être toujours limite avec les délais ( mais cela je ne le réserve pas au Prix Elle )
Parlons donc de ces livres, j'en ai présenté certains sur ces pages.
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La catégorie Roman est celle qui motive mon désir de réinscription en tant que juré à ce prix littéraire car je me rends compte que je n'aurais jamais lu la moitié des romans proposés spontanément, et l'autre moitié aurait certainement attendue l'année prochaine ( voire.....comment définir les priorités de sa PAL ? ). Et parce qu'elle est la catégorie des coups de coeur.
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Je crois que mes titres préférés seront sans surprise :
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- Les Déferlantes de Claudie Gallay ( mon favori pour le Prix )
- Mon traître de Sorj Chalandon
- C'était notre terre de Mathieu Belezi
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J'ai aussi beaucoup aimé Le premier principe, le second principe de Serge Bramly ( qui est l'exemple même du roman que je ne serais jamais allée chercher toute seule ), et L'autre moitié du soleil que je présente aujourd'hui.
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La catégorie Policier fut celle des extrêmes et des déceptions. J'avoue être amateur du genre, je deviens difficile, exigente, et comme pour n'importe quel texte, je suis extrêmement sensible à l'écriture ainsi qu'aux atmosphères.
Seulement deux des romans proposés ont emporté mon adhésion, certains m'ont franchement semblé faciles et convenus, le plus grand nombre étant agréables à lire, ce qui est certes déjà bien, le plaisir de lecture, mais j'espérais plus. Je ne considère pas que la lecture de roman policier ne soit qu'une lecture plaisir.
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C'est donc Zulu de Caryl Férey mon héros littéraire, un roman magistral qui cumule toutes les qualités espérées, celles de l'intrigue, de l'originalité et de la maîtrise du sujet, de l'écriture impresionnante de force et d'images; grand favori pour le Prix.
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Le deuxième titre pour lequel je me suis enthousiasmée est l'un de ceux qui divise les jurés, nous avons aimé ou pas :
La fille de Carnegie, premier roman de Stephane Michaka.
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La catégorie Document fut celle des surprises. Je suis lectrice d'essai, j'apprécie le genre. C'est pourquoi j'étais ravie que la sélection du Prix Elle en compte un à chaque fois. Cependant, mon intérêt a diminué au fil des mois lorsque j'ai constaté que les mêmes thèmes revenaient immanquablement. La majorité de ces livres présentait donc des témoignages sur la guerre et l'enfance difficile. Bien peu d'essais, de documents réellement sur des sujets de société ou culturel. Ce sont ceux-là que je retiens :
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- L'Affaire de Road Hill House de Kate Summerscale
- Séraphine de Françoise Cloarec
Le favori pour le Prix semble être l'enquête de Jean-Paul Mari Sans Blessures Apparentes.
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- Le bilan d'Amanda, le pronostic d'Enna -
22 mars 2009
La fille de Carnegie - Stephane Michaka
Robert Tourneur, lieutenant à la brigade des homicides de Manhattan nord, cherche tous les prétextes pour ne pas rentrer chez lui cette nuit-là, il a une bonne raison de faire des heures supplémentaires: depuis 22h16, la confusion règne au metropolitan opera, un homme est tombé d'une loge en pleine représentation de La Flûte enchantée. Sur sa poitrine trois trous laissés par des balles de 9mm. Nul ne sait ce qu'il faisait dans cette loge réservée à la riche héritière Sondra Carnegie, l'une des critiques d'opéra les plus en vue du milieu. Sondra semble s'être volatilisée, en revanche, on appréhende un suspect hirsute nommé Lagana. Quand ce dernier arrive devant Tourneur pour être interrogé, le lieutenant le reconnaît aussitôt : c'est un ancien collègue qu'il a mille raisons de détester. Commence alors une longue nuit de garde à vue, qui plonge les deux hommes au cœur d'une trouble histoire de meurtre, de fantasmes, de jalousie et de manipulation.
- Rivages Noir -
Etonnant policier que j’ai particulièrement apprécié.
L’auteur nous livre un polar noir à l’américaine. Je me suis parfois demandée s’il nous plongeait dans les années 50 ou l’époque contemporaine. Rien du thriller dans ce roman, et pourtant la lecture est prenante. Plus de cinq cent pages pour une nuit durant laquelle se révèlent les personnages, autant aux lecteurs qu’à eux-mêmes. Le rythme sec, brut du récit accompagne parfaitement l’ambiance sombre sans être glauque. Chacune des scènes porte une émotion, une force latente, une atmosphère particulière, un sentiment d’étrangeté saisissant. Opéra, nocturne new-yorkais, je me suis laissée prendre par la plume de Stéphane Michana, son talent pour les ambiances et les dialogues, par l’originalité de son style, son talent du mot juste et émouvant lorsqu'il décrit, par sa maîtrise de la narration qui entraîne le lecteur vers le dénouement par des chemins singuliers.
Un remarquable premier roman.
- Le coup de coeur d' Antigone, la déception d'Enna -
24 février 2009
Le premier principe, le second principe - Serge Bramly
- Prix Lectrice ELLE : sélection Février - Catégorie Roman -
Ceci est une histoire peut-être vraie de la fin du XXe siècle que l’on pourrait conter ainsi : un photographe Max Jameson traquait une princesse, le photographe avait pour voisin un marchand d’armes et pour ami un premier ministre. Tous les quatre ont connu la lumière puis une fin tragique.
Avec cette fresque ample, foisonnante, qui court de la garden-party de l’Elysée aux bords de la mer de Chine mais aussi sur d’autres théâtres, Serge Bramly recompose de manière éblouissante toute l’histoire de la France de ces trente dernières années, où les dessous de la politique apparaissent dans leur vérité nue, où les forces qui régissent les affaires se dessinent dans leur vérité crépusculaire, où le mensonge finit par condamner faibles et puissants à une solitude existentielle.
- Editions J.C.Lattes - Prix Interallié 2009 -
Un roman prenant, intriguant et intéressant ; une fresque historique à la manière d’un roman policier politique.
J’ai beaucoup apprécié le découpage du texte, une première partie installant minutieusement les personnages, les rouages, le contexte avant que le rythme ne s’accélère dans la seconde partie, dans laquelle les histoires s’imbriquent, les destins se croisent. Ce soucis du détail, du rythme narratif m’a permise de me plonger dans le récit, qui, ainsi, ne se limite pas aux secrets de pouvoir et théorie du complot. J’ai particulièrement accroché aux portraits soignés des personnages, à l’aspect sociologique accordé aux années 80-90.
La structure de ce roman est aussi originale que réussie, l’intrigue habilement menée, se jouant de l’Histoire pour nourrir la fiction avec brio, le texte dense et documentée servi par la qualité de l’écriture. A la façon d’un thriller, on se laisse emporter par la lecture tout en se passionnant pour l’éclairage apporté sur les grands évènements de cette époque mêlant média et politique, castes et modes sociales.
Pour résumer, le style et la manière de revisiter des événements contemporains, de les évoquer à travers un roman mêlant les genres, m'ont conquise.
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Précision : les principes cités dans le titre sont deux principes de thermodynamique, le premier énonçant qu'un corps placé près d'un autre corps, froid celui-là, se refroidit - c'est la loi de conservation de l'énergie - , le deuxième que le désordre ne peut aller que croissant dans un système fermé - il s'agit de l'entropie -. L'auteur se joue de ces lois pour mettre en scène les relations entre personnages et les péripéties.
- Les billets d'Amanda,d'Antigone,d'Enna -
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Pour Ys
Découvrez David Bowie!
20 janvier 2009
Les Déferlantes - Claudie Gallay
La Hague... Ici on dit que le vent est parfois tellement fort qu'il arrache les ailes des papillons. Sur ce bout du monde en pointe du Cotentin vit une poignée d'hommes. C'est sur cette terre âpre que la narratrice est venue se réfugier depuis l'automne. Employée par le Centre ornithologique, elle arpente les landes, observe les falaises et leurs oiseaux migrateurs. La première fois qu'elle voit Lambert, c'est un jour de grande tempête. Sur la plage dévastée, la vieille Nan, que tout le monde craint et dit à moitié folle, croit reconnaître en lui le visage d'un certain Michel. D'autres, au village, ont pour lui des regards étranges. Comme Lili, au comptoir de son bar, ou son père, l'ancien gardien de phare. Une photo disparaît, de vieux jouets réapparaissent. L'histoire de Lambert intrigue la narratrice et l'homme l'attire. En veut-il à la mer ou bien aux hommes ? Dans les lamentations obsédantes du vent, chacun semble avoir quelque chose à taire.
- Editions du Rouergue -
Envoûtée ! Je connaissais la plume de Claudie Gallay par son livre Dans l’or du temps qui m’avait déjà impressionnée ( et que je recommande chaudement ). Celui-ci s’invite dans la catégorie grand roman. L’auteur y donne toute la mesure de son talent.
Il est simplement magnifique, cinq cents pages de délicatesse et de beauté. Claudie Gallay mêle descriptions et portraits avec une force et une pudeur impressionnantes, une émotion prégnante.
Atypique, à l’atmosphère intimiste, ce roman dense est une voix, une présence, un lieu, un amour. Les mots, pourtant bruts, parfois arides comme ces terres qu’ils subliment, parviennent à raconter les silences, les tourmentes, l’ineffable.
Il se dégage de ce texte une lumière subtile, une étrange poésie, un charme troublant, un rythme hypnotique.
Roman de la renaissance à la vie, il dépasse son intrigue tant la pureté du style emporte le lecteur.
Etourdie, émerveillée, j’ai tourné à regret la dernière page de ce livre précieux.
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" La Hague est une terre de légendes, un lieu de croyances. On dit que certains disparus reviennent la nuit, incapables de se détacher de cette terre. De s'en séparer.
J'ai longé le quai. Les mouettes s'étaient regroupées sur la digue. Certaines dormaient déjà, le bec replié sous l'aile. La brume absorbait le bruit de mes pas, celui de ma propre respiration. Le clocher de l'église au loin.
Les nuits de pleine lune, il paraît qu'on peut voir un homme qui parcourt la lande montée sur un grand cheval. Les femmes rêvent de le rencontrer. Elles sortent la nuit, s'éloignent des maisons. Elles s'enfoncent en suivant l'un des petits sentiers très étroits qui se perdent dans la lande. Elles rentrent au matin, personne ne peut dire ce qu'elles ont fait.
Un cri tranchant soudain, et puis rien. Le silence, à nouveau.
Un lapin a détalé devant moi, sur le chemin. J'ai marché. Marché encore, cette nuit-là comme les premières nuits, quand je voulais te distancer. J'ai marché, marché jusqu'à épuiser mon corps. Même quand il a été épuisé, j'ai marché encore.
J'ai fait cela.
Cette nuit-là, encore.
J'ai mal dormi, empêtrée dans mes draps. Ou dans mes rêves."
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- le billet d'Enna, celui de Lael qui propose un florilège de liens. -
30 décembre 2008
C'était notre terre - Mathieu Belezi
Le domaine de Montaigne, quelque part en Kabylie : 600 hectares de collines, de champs de blé, d’orangers, d’oliviers et de vignes. La terre de la famille de Saint-André depuis un siècle Au cœur de ce petit royaume, une maison de maître et ses dépendances entourées de palmiers, d’acacias, de pins et de figuiers. Six personnages : le père, la mère, les trois enfants (dont un a embrassé la cause du FLN) et la domestique kabyle. Tout au long du roman, leurs voix s’interpellent et se répondent, se prennent pour ce qu’elles ne sont pas, tempêtent, supplient, invectivent des fantômes, se souviennent. Le passé, c’est le quotidien du colon dans sa colonie, cette façon de régner en maître sur un pays qu’il a « fait » et des gens à qui il « apporte la civilisation ». Le présent de ces voix, c’est la difficulté et l’amertume de l’exil dans une France hostile, bien peu disposée à ouvrir les bras. Et c’est aussi la souffrance d’un déracinement insurmontable. Saga des de Saint-André –avant, pendant et après l’indépendance de l’Algérie-, composé de scènes fortes - guerre, sexe, sentiments exacerbés, haines viscérales-, ce roman, comme ceux de Faulkner, traduit le chaos de la grande histoire, se dit à travers les passions de ceux qui font la petite. Le souffle qui porte de bout en bout cette saga, la profonde originalité de sa structure polyphonique et de son rythme incantatoire donnent à l’œuvre un caractère unique : on croit entendre, en la lisant, le chant funèbre des déracinés de tous les temps. - Albin Michel -
Je viens d'apprendre que ce roman fait partie de la prochaine sélection du Prix des Lectrices ELLE.
Appartenant au jury de Février, je l'ai lu, ainsi que deux autres, pour la pré-sélection. Je suis ravie que ce soit celui-ci qui ai été choisi.
C'est une belle lecture, difficile, marquante, par son sujet, par son écriture, une lecture passionnante.
Ce roman sur la décolonisation de l’Algérie nous livre un récit profondément humain, presque intime, dans lequel les histoires racontent l’Histoire. La fiction joue pleinement son rôle. Les destins croisés des six personnages, leurs souffrances dans lesquelles se mêlent haine et amour, leurs violences, leurs souvenirs se répondent pour dresser le portrait d’une Algérie déchirée, complexe, véritable personnage à part entière.
Mais ce roman est bien plus qu’une énième saga sur le sujet, il ne faut surtout pas s’arrêter à cet aspect, au côté un peu caricatural des personnages permettant à l'auteur de couvrir les différents et multiples points de vue sur la tragédie que fut cette période de décolonisation.
L’écriture y est impressionnante, éprouvante, parfois suffocante par son rythme circulaire particulier négligeant souvent la ponctuation. Alternant récit et monologue intérieur, la plume devient incantatoire. Ce style polyphonique n’a rien d’épique malgré la fureur qui l’imprègne, c’est un chant funèbre, obsédant.
Un chœur qui touche au cœur.
EDIT QUIZ DE NOËL
le tirage au sort du gagnant aura lieu le 05 janvier
N'hésitez pas à tenter votre chance pour gagner le somptueux album Toi, Lumière de ma nuit
18 décembre 2008
La lamentation du prépuce - Shalom Auslander
Iconoclastes et incroyablement touchants, les mémoires d'un jeune juif du New Jersey élevé dans la plus stricte tradition orthodoxe. Entre Chaïm Potok, Woody Allen et Philip Roth, un régal de drôlerie et d'émotion, un vrai morceau de bravoure contre tous les fondamentalismes religieux. Quand il était petit, le jeune Shalom croyait aveuglément la parole des adultes : s'il allumait la télé pendant Shabbat, Dieu ferait perdre les Rangers, et tous ceux qui mangeaient du porc périraient dans d'atroces souffrances. Et puis, Shalom a commencé à douter. De son père qui se saoule au vin casher et fait du Shabbat un véritable enfer. De sa mère qui le force à porter une kippa à la piscine. Et de Dieu Lui-même qui, télé ou pas, s'obstine à faire perdre les Rangers. Alors Shalom s'est rebellé. Il a mangé des hot-dogs, lu en cachette les magazines cochons de son père, convoité de plantureuses shiksées blondes, et attendu, tremblant, l'inéluctable châtiment divin...- Belfond -
- PRIX LECTRICES ELLE : PRE SELECTION du JURY DE FEVRIER, CATEGORIE ROMAN -
Non seulement cette lecture m’a déçue, mais elle m'a mise extrêmement mal à l’aise.
D’abord, il n’est pas évident qu’il s’agisse d’un roman. A chaque page, on se demande s’il ne s’agit pas d’un document autobiographique puisque l’auteur emploie le je et que le narrateur porte le même nom.
Ensuite, les amalgames que fait S.Auslander dans ce récit me dérangent. Qu’il ait subi des « violences religieuses « est indéniable ( je pense à une scène terrible - choquante - durant laquelle le narrateur enfant visionne, avec ses camarades, des scènes de la Shoah tandis que le rabbin leur raconte que le problème de ces juifs étaient qu'ils s'étaient assimilés !!! ), mais pourquoi les rattacher constamment à ses fantasmes, à ses problèmes sexuels ? Il mélange allégrement les genres, s’étendant sur l’alcoolisme et la violence de son père. C’est exactement ceci qui m’a gênée, ces amalgames douteux. Que l’auteur est souffert d’être élevé dans un milieu intégriste et qu’il en témoigne est intéressant, mais ses diatribes vulgaires contre Dieu n’apportent rien au récit, le rendent malsain, pas très sérieux d’autant que l’humour est particulièrement de mauvais goût . Rien à voir avec le recul et la finesse d’un Woody Allen.
Ce livre ne m'a pas fait rire ( mis à part, je l'avoue, une scène de concours de prières alimentaires au cours de laquelle j'ai manqué de m'étouffer avec d'excellents macarons qui me vaudront l'enfer, c'est sûr ). A moins que je n'ai l'esprit moins ouvert que je ne l'espère, mais voilà, dire qu'il faut les mêmes fournitures pour construire l'Arche sacrée de la synagogue et la niche du chien de l'Américain moyen me laisse plus perplexe qu'amusée.
Suis-je passée à côté de l'enjeu de ce roman, à côté de la fonction cathartique de cette agressivité ?
Tout de même - je me répète - si dénoncer le fondamentalisme religieux est plus que nécessaire surtout lorsqu'il s'agit de manipulation d'enfants, je ne perçois pas l'intèrêt de l'associer à la vulgarité, à l'alcoolisme, à la violence, aux perversions sexuelles. Cela fausse complètement le témoignage, renvoyant une image caricaturale, alors que la réflexion est bien plus importante et grave. De plus, l'auteur ne semble pas avoir résolu cette question : rejette-t-il son éducation juive extrémiste ou sa religion ? Ce point me paraît essentiel tant le flou est entretenu. Que condamne-t-il vraiment ? Et je me suis inquiétée, au fur et à mesure de ma lecture, de ses propos sur les Juifs, de la façon dont ils pouvaient être interprétés, mal replacés dans leur contexte. Si l'enfance de Shamon Auslander l'autorise - plus qu'un autre - à un discours anti-religieux, puisqu'il a souffert de la rigidité, de l'endoctrinement et de la solitude, il me paraît évidemment qu'au contraire il devrait précher la tolérance - encore plus qu'un autre -, lui qui se souvient que son prénom signifie paix, lui qui le donne à son fils sous sa forme latine Pax.
Deux extraits :
" Ensuite, les anges m'emmèneraient dans une vaste maison de prières ou se presseraient des centaines de milliers de juifs en train de prier et d'étudier, juifs qui seraient venus au monde si je ne les avais pas tués, gaspillés, épongés avec une chaussette sale au cours de ma répugnante et inutile existence. ( Une éjaculation contient environ cinquante millions de spermatozoïdes. A peu près neuf Holocaustes à chaque branlette. Lorsqu'on m'a dit ça, je venais d'atteindre la puberté - ou la puberté venait de m'atteindre -, de sorte que je commettais en moyenne trois ou quatre génocides par jour.) " page 14
" Maltraitance théologique : c'est une expression qui est entrée recemment dans le vocabulaire courant. Elle désigne des adultes qui racontent à leurs victimes mineures, proches ou non, que le monde est gouverné par un Cinglé dont le seul but est de les fliquer, et d'attendre qu'elles enfreignent l'une de Ses lois.
Dieu est ici, Dieu est là, Dieu est partout, Un point c'est tout.
Alors fais gaffe, petit.
D'autres variantes parlent " d'attouchements spirituels déplacés ", de " harcèlement religieux " ou de " comportement indécent d'un ange sur la voie publique ".
" C'est quoi ce délire ? Il ne peut pas tirer son coup et il se débrouille pour mettre ça sur le compte de Dieu ? "
Exactement." Page 115
J'ai longtemps hésité à publier cette chronique, mon opinion étant particulièrement engagée, et la polémique n'étant pas mon activité favorite.
15 novembre 2008
7 d'un coup !
Voilà ce que je pourrais m'exclamer, tel Le Vaillant Petit Tailleur !
Faisant partie du jury de février pour le Prix des Lectrices ELLE, j'ai reçu ce mois-ci sept livres : trois romans, deux documents, deux policiers.
Il s'agit d'établir la sélection proposée aux autres jurés pour le mois de février, à partir des notes et critiques de mon groupe, à la façon d'une pré-sélection.
Voici les titres :
CATEGORIE ROMAN
La lamentation du prépuce - Shalom Auslander - ( Belfond )
Iconoclastes et incroyablement touchants, les mémoires d'un jeune juif du New Jersey élevé dans la plus stricte tradition orthodoxe. Entre Chaïm Potok, Woody Allen et Philip Roth, un régal de drôlerie et d'émotion, un vrai morceau de bravoure contre tous les fondamentalismes religieux. Quand il était petit, le jeune Shalom croyait aveuglément la parole des adultes : s'il allumait la télé pendant Shabbat, Dieu ferait perdre les Rangers, et tous ceux qui mangeaient du porc périraient dans d'atroces souffrances. Et puis, Shalom a commencé à douter. De son père qui se saoule au vin casher et fait du Shabbat un véritable enfer. De sa mère qui le force à porter une kippa à la piscine. Et de Dieu Lui-même qui, télé ou pas, s'obstine à faire perdre les Rangers. Alors Shalom s'est rebellé. Il a mangé des hot-dogs, lu en cachette les magazines cochons de son père, convoité de plantureuses shiksées blondes, et attendu, tremblant, l'inéluctable châtiment divin...
C'était notre terre - Mathieu Belezi - ( Albin Michel )
Le domaine de Montaigne, quelque part en Kabylie : 600 hectares de collines, de champs de blé, d’orangers, d’oliviers et de vignes. La terre de la famille de Saint-André depuis un siècle Au cœur de ce petit royaume, une maison de maître et ses dépendances entourées de palmiers, d’acacias, de pins et de figuiers. Six personnages : le père, la mère, les trois enfants (dont un a embrassé la cause du FLN) et la domestique kabyle. Tout au long du roman, leurs voix s’interpellent et se répondent, se prennent pour ce qu’elles ne sont pas, tempêtent, supplient, invectivent des fantômes, se souviennent. Le passé, c’est le quotidien du colon dans sa colonie, cette façon de régner en maître sur un pays qu’il a « fait » et des gens à qui il « apporte la civilisation ». Le présent de ces voix, c’est la difficulté et l’amertume de l’exil dans une France hostile, bien peu disposée à ouvrir les bras. Et c’est aussi la souffrance d’un déracinement insurmontable. Saga des de Saint-André –avant, pendant et après l’indépendance de l’Algérie-, composé de scènes fortes - guerre, sexe, sentiments exacerbés, haines viscérales-, ce roman, comme ceux de Faulkner, traduit le chaos de la grande histoire, se dit à travers les passions de ceux qui font la petite. Le souffle qui porte de bout en bout cette saga, la profonde originalité de sa structure polyphonique et de son rythme incantatoire donnent à l’œuvre un caractère unique : on croit entendre, en la lisant, le chant funèbre des déracinés de tous les temps.
Pour Vous - Dominique Mainard - ( Editions Joëlle Losfeld )
Encore adolescente, Delphine a compris de quoi les êtres humains ont besoin : de réconfort, d'illusion, de mensonge même, de tout ce qui peut rendre la vie supportable. Elle a trente-cinq ans et vit grâce à l'agence qu'elle a créée, Pour Vous, un lieu destiné à satisfaire les désirs et à panser les plaies des hommes et des femmes suffisamment riches pour y avoir recours. Mais comment peut-on jouer tous les rôles, adopter toutes les identités, sans se perdre ? De nombreux personnages ponctuent le roman : une vieille femme, grande lectrice de livres à l'eau de rose ; un adolescent autiste vivant dans le monde des jeux virtuels ; un homosexuel malade dont Delphine accompagnera les derniers mois et, enfin, l'amant de celui-ci, qui éveillera en elle des sentiments inconnus. Comme dans les précédents textes de Dominique Mainard, les histoires et les fables constituent l'un des fils conducteurs de Pour Vous, mais son thème principal est le cheminement par lequel Delphine s'ouvre à la compassion et à la vie.
CATEGORIE DOCUMENTS

Séraphine de Senlis - Françoise Cloarec - ( Phébus )
Elle porte un prénom d'ange, chantant, ardent. Pourtant, le destin qui attend Séraphine Louis, née dans une famille pauvre de l'Oise à l'automne 1864, est des plus terre à terre. Orpheline, Séraphine entame une vie de domestique, comme celle de Félicie, l'héroïne d'Un Cœur simple de Flaubert. De cette terne réalité, il s'agit de s'évader. Séraphine communie avec la nature, Séraphine rêve, Séraphine prie. Et, un jour, cédant à un ordre impérieux de la Vierge, Séraphine peint. L'exaltée de Senlis est moquée pour ses toiles chatoyantes où les arbres, les fruits et les fleurs deviennent sensuels ou inquiétants. Mais le jour où un collectionneur parisien, Wilhem Uhde, découvreur de Picasso, de Braque et du Douanier Rousseau, croise la route de la talentueuse femme de ménage, il l'infléchit singulièrement...
Moi, Sampat Pal, chef de gang en sari rose - ( Oh ! Editions )
" Sampat Pal peut nous aider " Dans les hautes montagnes et les champs inondés de l'Uttar Pradesh, une des plus miséreuses régions de l'Inde, la rumeur court : une femme s'est levée, seule, face à la loi du plus fort. Elle se nomme Sampat Pal, et elle rétablit la justice, à coups de bâton s'il le faut, pour les épouses battues, les pauvres spoliés de leurs biens, les intouchables maltraités par les brahmanes. Comment cette petite fille, issue de la modeste caste des Gadarias, les gardiens de troupeaux, est-elle devenue une telle combattante ? Une rebelle de la justice ? C'est son histoire qu'elle raconte ici. Enfant, elle a appris à lire cachée derrière un pilier de l'école inaccessible aux pauvres. Mariée à douze ans, elle s'est d'abord défendue elle-même contre l'injustice de sa belle-famille, puis elle a défendu un voisin, l'amie d'une amie... Mais il est dangereux de défier les puissants : des dadas, des tueurs à gages, ont été payés pour la tuer. Avec ses enfants, Sampat Pal a dû tout quitter, sa maison, son village. Elle a alors compris quelque chose : toute seule, elle ne pourrait pas lutter longtemps. Mais si d'autres femmes se joignaient à elle, cinq, dix, cent... alors elle pourrait vraiment aider les gens. Aujourd'hui, son Gulabi Gang réunit trois mille femmes vêtues de saris roses et armées de longs bâtons. Véritable héroïne, Sampat Pal a changé la vie de centaines de personnes autour d'elle, et son combat ne fait que commencer.
CATEGORIE POLICIER
Meurtres en bleu marine - CJ Box - ( Seuil )
S 'ils n'étaient pas allés à la pêche en ce début de printemps, Annie Taylor, douze ans, et son frère cadet, William, n'auraient pas dû fuir à toutes jambes après avoir vu trois hommes en exécuter un quatrième. Et leur mère, Monica, ne mourrait pas d'inquiétude en ne les voyant pas revenir. Plus grave encore, les assassins, d'anciens flics de Los Angeles à la retraite, ne pourraient pas persuader le shérif de ce coin perdu de l'Idaho de... les laisser mener l'enquête ! Heureusement, Jess Rawlins, un rancher au bord de la faillite, recueille les deux enfants et, après pas mal d'hésitations, décide de croire ce qu'ils lui disent avoir vu et de les protéger au péril de sa vie. Rêves brisés par le manque d'argent, mais aussi courage et droiture d'individus qui savent dominer leur peur quand il faut défendre des innocents, Meurtres en bleu marine nous fait découvrir un monde en proie à un conflit entre des flics pourris et un cow-boy intègre.
L'océan de la stérilité - tome 1 Lolita Complex - Romain Slocombe - ( Fayard )
Fauché, dépressif et divorcé, le photographe gaffeur Gilbert Woodbrooke végète au bord du suicide lorsqu'un job inespéré lui tombe du ciel : interprète pour Emiko Yûki, une romancière japonaise de dix-neuf ans, en voyage promotionnel à Londres. Tout irait bien si leur route ne croisait celles d'une petite Roumaine prostituée par les gangs albanais et d'un célèbre " Young British Artist " complètement déjanté, obsédé par les momies égyptiennes et le crime élevé au rang des Beaux-Arts... Hommage au film fantastique britannique, satire des milieux de l'art contemporain et attaque violente contre le néo-libéralisme à la Tony Blair, Lolita complex met en lumière la fascination érotique actuelle pour la femme-enfant en illustrant notamment une de ses dérives : l'esclavage moderne de jeunes adolescentes importées de l'Est et le traitement infligé à ces enfants devenues prostituées.
En connaissez-vous certains ?
L'ironie du sort veuille que je sois de pré-sélection durant la période de l'année la plus prenante, la plus passionnante professionnellement pour moi..je lis, je lis, je lis et je ne m'en plains pas !
- Copie à rendre impérativement avant le 19 décembre -
02 novembre 2008
La ballade de Baby - Heather O'Neill
C'est l'histoire de Baby, une môme des villes qui grandit trop vite et comme elle peut dans un environnement hostile et solitaire. Il y a bien Jules, son père intermittent, trop gamin pour lui assurer la stabilité d'un foyer et trop junky pour la protéger des dangers du dehors. A chaque rechute, ils déménagent, d'hôtels borgnes en appartements miteux, dans les quartiers les plus sombres de Montréal. Alors, quand la lumière s'éteint, Baby essaie de s'inventer. Mais c'est dur dans la rue d'éviter les pièges pour une gamine de douze ans parce que " les autres essaient sans cesse de vous arracher à l'enfance à coups de pied ". Volontaire et résistante, Baby ne veut surtout pas passer de l'autre côté, pourtant, en toute innocence, elle va se laisser aspirer vers des expériences de plus en plus extrêmes. La Ballade de Baby est une méditation sensible sur le royaume de l'enfance, le pouvoir de l'esprit et la part de liberté que chacun porte en soi.
- Editions 10/18 -
SELECTION NOVEMBRE : CATEGORIE ROMAN
Quand on sait qu’il s’agit d’un premier roman, on ne peut que saluer ce livre touchant, troublant. L’écriture en est fluide, prenante, faite de moments, d’images, telle une voix qui raconte, lucide, désolée et pourtant claire et fraîche. L’émotion est prégnante. Sans mélo, sans désespoir ce récit d’adolescente de la rue, môme solitaire et mal aimé qui grandit tant bien que mal dans le milieu sordide des junkies, dévoile les errances, les dérives d’un monde adulte qui n’a pas les bonnes réponses, de proxénète en famille d’accueil jusqu’au centre de détention pour délinquant juvénile.
Roman social à la façon d’un témoignage, hommage à l’enfance sacrifié, à tous ses possibles, ce roman est cruel, juste et beau.
Une lecture aussi pure et dure que l’enfance de Baby.
" Je me suis assise à ma place et j'ai sorti mes règles et mon papier millimétré. Pendant une heure, nous avons essayé de reconstruire l'univers, d'y trouver un sens. Par chance, presque tous nos dessins finissaient à la corbeille. Lucifer était s'en doute assis là, déguisé en l'un de nous, en train de tracer un plan énigmatique et ambitieux. C'était le seul gosse qui croyait encore au bien et au mal. c'était le seul qui ne s'était pas encore aperçu que faire le mal ne vous procure pas la moindre joie. "
01 novembre 2008
Zulu - Caryl Férey -
Enfant, Ali Neuman a fui le bantoustan du KwaZulu pour échapper aux milices de l'Inkatha, en guerre contre l'ANC, alors clandestin. Même sa mère, seule rescapée de la famille, ne sait pas ce qu'elles lui ont fait... Aujourd'hui chef de la police criminelle de Cape Town, vitrine de l'Afrique du Sud, Neuman doit composer avec deux fléaux majeurs : la violence et le sida, dont le pays, première démocratie d'Afrique, bat tous les records. Les choses s'enveniment lorsqu'on retrouve la fille d'un ancien champion du monde de rugby cruellement assassinée dans le jardin botanique de Kirstenbosch. Une drogue à la composition inconnue semble être la cause du massacre. Neuman qui, suite à l'agression de sa mère, enquête en parallèle dans les townships, envoie son bras droit, Brian Epkeen, et le jeune Fletcher sur la piste du tueur, sans savoir où ils mettent les pieds... Si l'apartheid a disparu de la scène politique, de vieux ennemis agissent toujours dans l'ombre de la réconciliation nationale...
- Editions Gallimard - Série Noire -
Né en 1967, Caryl Férey s'est imposé comme l'un des meilleurs espoirs du thriller français avec la publication de Haka, et Utu ( Prix Sang d'Encre 2005, Prix Michel Lebrun 2005 et Prix SNCF du Polar 2005 ).
- SELECTION NOVEMBRE : CATEGORIE POLICIER -
Les qualificatifs se bousculent pour définir ce roman noir : violent, désespéré, engagé, puissant, saisissant, angoissant; en un mot excellent.
Sans concession, il ne laisse aucune chance à son lecteur, happé par ce polar qui le poursuit, frappe au cœur, prend aux tripes. Sérieusement documenté, Caryl Ferey livre un roman intense, passionnant, mêlant habilement le contexte historico-politique de l’Afrique du Sud à une intrigue complexe. Les personnages sont ciselés dans du bois brut, l’intrigue parfaitement maîtrisée, l’écriture efficace, les images nées des mots – tant paysages que métaphores - superbes. L’auteur nous projette - nous jette - sans ménagement dans les townships par le seul talent de sa plume. Terrible plume, terrible rencontre, un retour aux racines du polar : témoigner des ombres d’une société par la fiction. Je n’ai plus qu’une hâte, lire le deux titres précédents : Haka et Utu.
- le billet d'Amanda, celui d'Enna -







