19 décembre 2009
Chemins de croix - Ken Bruen
Jack Taylor sème la souffrance et la mort dans son sillage. Ses proches en sont les premières victimes. Le seul espoir de rédemption qu'il lui reste, Cody, qu'il a récemment adopté comme son propre fils, est à l'hôpital, plongé dans le coma. Il y a toujours Ridge, la policière, son amie de longue date, mais leur relation n'a rien de particulièrement orthodoxe. Quand elle lui apprend qu'un jeune homme a été crucifié à Galway, il accepte de l'aider à retrouver le meurtrier. Son enquête plonge Jack dans les bas-fonds oubliés de sa ville natale. Il y rencontre des fantômes, morts et vivants. Tous veulent obtenir de lui quelque chose mais Jack n'est pas certain d'être encore en mesure de donner. Peut-être devrait-il partir pour de bon, prendre ce qu'il possède et quitter la ville comme tout le monde donne l'impression de le faire. Mais quand la soeur du garçon assassiné meurt à son tour, brûlée vive, Jack décide qu'il lui faut traquer l'auteur de ces crimes jusqu'au bout, même s'il doit pour cela faire justice lui-même...
- Gallimard Série Noire -
Ce roman noir porte bien son titre, il aurait même pu l'inscrire au pluriel.
Je ne peux pas écrire que j'ai apprécié ce livre à sa juste valeur, simplement parce que je découvrais la plume de Ken Bruen, l'enquêteur Jack Taylor. Le passif - et c'est bien le mot - du personnage m'a manqué dans la mesure où ce récit est celui de son héros. D'enquête, il n'y en a pas réellement. Pas d'intrigue, ni de suspens. Si le lecteur suit en effet le déroulement d'un double meurtre et en découvre peu à peu les motifs, Jack Taylor y est, quant à lui, peu impliqué, trop tourmenté par son histoire personnelle.
Car ce roman est celui de l'homme et de sa ville. Dans une atmosphère mortifère aux relents de fin de parcours, le récit s'attache aux pas de son personnage qui, s'il est sevré de l'alcool et de la nicotine, n'en reste pas moins torturé. Il nous entraîne dans son mal-être, ses dérives et ses cauchemars intimes, aller simple pour le purgatoire renforcé par l'usage d'une narration à la première personne, qui nous plonge dans le coeur sombre et triste de l'Irlande. Folies, guerres et défaillances, toutes religieuses, cynisme comme mode de pensée, agressivité comme mode de communication, l'ambiance est à la désespérance, à peine éclairée par les références littéraires et musicales qui ponctuent le texte. Malgré cette noirceur, à cause d'elle, ce roman est prenant parce que terriblement humain.
En récit parallèle, ce roman raconte la quête sans espoir de rédemption, ni même de consolation, d'âmes abandonnées de Dieu.
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- Je remercie sincèrement Guillaume de Babelio pour sa patience -
- Marie et Papillon présentent le premier titre de la série des enquêtes de Jack Taylor Delirium Tremens qu'il me faut maintenant lire, je n'ai que trop tardé. -
PRECISION : les chroniques publiées le samedi dans la catégorie " Ma Page Lecture " ne sont pas des livres pour la jeunesse. Ce sont, comme le titre l'indique, des lectures personnelles, les partenariats avec Babelio et BOB, les romans de la chaîne, les prêts, les challenges, les tentations, les compulsifs que je vous dois :)
EDIT : j'ai craqué pour le Swap Vampire de Crazyprof - Inscriptions jusqu'à ce soir -
05 décembre 2009
Le cadeau du froid - Velma Wallis
Née en Alaska, dans une tribu athabaskane, Velma Wallis a été élevée dans les valeurs traditionnelles de son peuple, bercée des légendes transmises de mère en fille depuis des générations. Parmi elles, Le Cadeau du froid, dont Velma a choisi d'écrire le récit des années plus tard, pour rendre hommage à son peuple d'Alaska. Avec des mots simples et justes, elle rappelle l'importance de l'entraide, la richesse de l'expérience et l'incroyable pouvoir de la solidarité et de la volonté. Par sa sincérité, elle a touché plus d'un million de lecteurs dans le monde entier, faisant de cette légende de courage et de survie un texte universel, qui sait nous rappeler l'essentiel.
- Editions J-C. Lattès - Littérature étrangère -
Il m'est absolument impossible de résister à un conte, surtout s'il est publié dans une aussi jolie collection.
Toute la beauté d'un conte traditionnel s'invite sur ces pages. L'auteur, Velma Wallis, peut être fière de transmettre, de sauver une leçon de vie ancestrale. Pureté et force des mots, des paysages, des émotions qu'ils évoquent. Je me suis littéralement laissée envoûter par ce récit, pourtant linéaire, par le propos même du conte, sans surprise mais si riche.
Je ne présenterais pas cette légende pour en préserver la lecture ( si vous craquez, c'est là ). Je crois que si chaque lecteur sera touché par l'humanité qui se dégage de ce récit, ce ne seront pas les mêmes aspects, ni les mêmes thèmes qui interpelleront, laisseront songeur. C'est toute la magie du conte, si puissant dans sa simplicité, sujets universels et sujets intimes se mêlent. Les contes ne sont pas de gentillettes historiettes saturées de bons sentiments mièvres. Sous le bleu de cette couverture enneigée se racontent les exigences de la vie et le respect de soi. Ce titre, Le cadeau du froid, s'il n'est pas l'original - Two Old Women - traduit bien l'esprit de la légende.
Le texte est court, parsemé de dessins au crayon; le ton est juste et agréable, on y retrouve les accents et les rythmes de l'oralité, le charme et l'atmosphère des histoires écoutées à la veillée.
Un moment de lecture enchanteur.
- Le billet de Val, celui de Pimprenelle -
20 novembre 2009
Le livre des choses perdues - John Connoly
Inconsolable depuis la mort de sa mère, David, douze ans, se réfugie dans les livres pour fuir le remariage de son père et oublier la naissance de Georgie, son demi-frère. Une nuit, alors que depuis quelque temps, déjà, des phénomènes étranges se produisent, David croit entendre la voix de sa mère. Il la suit et découvre un passage caché derrière des buissons, au fond du jardin. Il le franchit et se retrouve alors propulsé dans un univers parallèle, un monde étrange et hostile peuplé de trolls, de Sires-Loups, de créatures hybrides et d’autres personnages issus de ses lectures et de son imaginaire…Grâce à l’aide du Garde-Forestier et de Roland, un preux chevalier, il va, après bien des épreuves – combats, énigmes à résoudre, pièges à déjouer… – rencontrer un vieux roi qui conserve ses secrets dans un volume mystérieux, Le Livre des choses perdues, sésame qui permettrait à David de regagner le monde réel. Mais l’Homme Biscornu, être maléfique qui épie David depuis son arrivée, ne l’entend pas ainsi. Il a pour lui bien d’autres desseins…
- Editions Archipel -
Ce Livre des choses perdues est un conte, un récit initiatique, un roman d'aventure, un livre sur les livres, leurs pouvoirs, un hommage à la lecture; c'est avant tout un merveilleux voyage en enfance, une histoire fantastique sur les réalités de l'enfant, ses angoisses, ses fantasmes, son univers imaginaire qui le construit, le grandit.
Est-il utile de préciser que cette chronique ne sera pas objective tant j'apprécie, j'admire, ses romans qui donnent vie aux contes, les réécrivant tout en les respectant, témoignant ainsi de leur richesse, de leur universalité, de leur extraordinaire interaction avec le monde d'un enfant.
Il ne s'agit pas, dans ce récit, de références littéraires jalonnant l'intrigue, mais plutôt de la création d'un monde merveilleux - au premier sens du terme - développé avec les éléments, personnages, les thèmes et étapes structurelles récurrents du conte traditionnel, réhabilitant ainsi leur rôle parabolique.
" Dans chaque histoire se cachait un enseignement à retenir "
Ce qui est frappant dans ce roman, c'est que sous couvert de merveilleux et de fantastique, le propos est extrêmement réaliste, jouant sur un parallélisme de violence éloquent : la guerre, celle des adultes, dans le monde réel mais lointaine et irréelle au regard de l'enfant, de ses douleurs.
Le livre des choses perdues raconte les sentiments de solitude, d'abandon, les frayeurs irrationnelles, celles de disparaître aux yeux des autres, de perdre leur amour - symbolisées par la thématique omniprésente de la dévoration par le loup, éternelle peur mise en scène dans les contes ( image première des terreurs enfantines aux multiples représentations, interprétations et motifs qu'il serait un peu trop long à exposer ici ) - mais aussi la jalousie, la colère, le déni, l'appréhension de changer, de se transformer; toutes ses émotions qu'il faudra reconnaître et maîtriser, comme il faudra accepter et assumer la cruauté et les injustices de la vie pour devenir adulte.
Ce " passage " à travers contes, leur férocité, les tensions et les effrois qu'ils (res)suscitent et explorent rappelle la démarche d'Anthony Browne dans l'album Dans la forêt profonde avec cette même utilisation de la fonction cathartique, allégorique, du conte, qui, par ses histoires, sa violence et ses personnages représentatifs, expriment des sentiments profonds sans avoir à les formuler directement mais plutôt permettant de les incarner sous des formes et des situations issues d'un imaginaire à la fois collectif et intime, à la fois protecteur et révélateur, et d'ainsi y faire face.
Il ne faudrait pas, toutefois, que cette analyse prive cet excellent roman de ses qualités narratives, d'autant qu'il ne se limite pas aux contes, intégrant aux péripéties de nombreuses figures légendaires.
David, le jeune héros, se trouve plongé dans un récit foisonnant, captivant, servi par un univers merveilleux envoûtant, sauvage et barbare, original bien qu'inspiré des atmosphères originelles des contes. De courtes histoires enchâssées marquent des pauses entre les aventures, les épreuves qui grandissent en même temps que David : après les dangers et les rencontres auxquels sont confrontés traditionnellement les enfants des contes, après les Harpies, les Trolls et leur énigme, après la découverte ( réjouissante pour le lecteur ) des versions crues pour adulte du Petit Chaperon Rouge, de Blanche-Neige ou Boucle d'Or ( versions en formule " je ne dis pas la vérité aux petits parce qu'il faudrait expliquer la réalité du sexe, de la mort et.... des dérives du capitalisme ! " - pas oniriques, certes, mais franchement drôles, ces dernières ), notre héros affronte une chasseresse, une femme vampire ( je pense que tout le monde maîtrise le sujet et les symboliques :) ainsi que, plus émotionnel, le doute quant à une relation d'amitié, les questions sur la sexualité, l'homosexualité.
L'épilogue est à la hauteur, évitant l'écueil du happy-end convenu, puisque, même si le dénouement est positif, le jeune héros parvenant à vaincre ses peurs et donc à revenir à sa vie, il n'occulte pas les difficultés et les souffrances à venir de l'adulte et clôt le livre sur un très joli retour au merveilleux auquel on voudrait croire.
Un extrait des premières pages avant le passage du jeune héros dans le monde merveilleux :
" Les histoires sont différentes : elles se mettent à vivre dès qu'on les raconte. Sans une bouche humaine pour les lire à voix haute ou une paire d'yeux écarquillés sous les draps, les parcourant à la lumière d'une lampe de poche, elles n'ont aucune existence réelle dans notre monde. [...] Elles restent endormies, dans l'espoir de se réveiller un jour. Mais quand quelqu'un se met à les lire, elles commencent à se transformer. Elles s'enracinent dans l'imagination du lecteur et peuvent le métamorphoser. Les histoires veulent être lues, disait la mère de David dans un murmure. Elles en ont besoin. C'est pour cette raison qu'elles quittent leur monde pour se frayer un chemin jusqu'au nôtres. Elles veulent qu'on leur donne la vie. "
- Toutes les chroniques référencées sur BOB -
Double parution pour ce roman : une couverture rouge évocatrice en catégorie jeunesse pour adolescents ( pas avant 14 ans à mon humble avis ), une sobre couverture bleue en lecture adulte.
Sur le thème des contes, pour les plus jeunes lecteurs ( à partir de 9-10 ans ), je recommande particulièrement le roman de Lyn Gardner :
Les soeurs Eden et le maître des loups
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07 novembre 2009
Un soupçon légitime - Stefan Zweig
Un soupçon légitime est l'histoire d'un homme dont les passions vont causer le malheur de son entourage. John Limpley s'installe à la campagne avec son épouse et adopte un chien, Ponto. Adulé par son mare, l'animal se transforme en tyran... jusqu'au jour où il est délaissé, lorsque la jeune femme tombe enceinte. Le drame qui va suivre est d'autant plus tragique qu'il reste inexpliqué.
Dans cette nouvelle angoissante, inédite en français, on retrouve le style inimitable de Zweig et sa finesse dans l'analyse psychologique. Comme dans Lettre d'une inconnue ou Le joueur d'échecs, il dépeint avec virtuosité les conséquences funestes de l'obsession et de la démesure des sentiments.
- Grasset -
Cette nouvelle à la si jolie couverture risque de décevoir. Plus conventionnelle, moins profonde, moins émouvante que Voyage dans le passé, on y ressent un peu trop clairement justement la structure narrative de la nouvelle ainsi que l'épilogue annoncé.
Je ne suis cependant pas déçue, mon désir de lire, de relire, des pages de Stefan Zweig étant celui de retrouver la saveur particulière de ses mots, la finesse, la pureté de sa plume, sa qualité, son exigence.
" La lune voguait haut dans le ciel, force sereine, comme poussée par un vent invisible à travers un corridor de nuages qu'éclairait sa lumière argentée, et chaque fois qu'elle surgissait, pure et opalescente, tout le jardin s'illuminait comme drapé de neige."
Je regrette simplement de ne pas y avoir retrouvé les émotions marquantes des lectures de Lettre d'une inconnue, Ivresse de la métamorphose, Amok, Le joueur d'échec et de Vingt-Quatre Heures de la vie d'une femme que j'ai eu la chance d'apprécier sur scène peu après.
- Le billet d'Annie, celui de Bladelor -
Un grand merci à Virginie qui a offert ce livre si spontanément à la fervente admiratrice de Stefan Zweig, à la collectionneuse que je suis, peu m'important ( comme pour la suite officielle de Dracula ) les stratégies marketing éditoriales.
" Notre vie possède des courants plus profonds que les éléments extérieurs, qui nous rapprochent et nous séparent. Une intense magie de la vie, accessible à notre seule émotion et non pas à nos sens, gouverne nos destins, même quand nous croyons les diriger nous-mêmes. "
- Introduction aux quatres récits parus en 1904 regroupés sous le titre du premier L'amour d'Erika Ewald -
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30 octobre 2009
Dracula L'Immortel - Dacre Stocker & Ian Holt
En 1888, un groupe de six intrépides a réussi à détruire Dracula aux portes de son château de Transylvanie. Vingt-cinq ans plus tard, ils se sont dispersés mais le souvenir de cette périlleuse aventure où l’un d’eux a laissé sa vie les poursuit. Combat quasi mystique contre les forces du mal, vengeance d’amoureux endeuillés ou inextinguible jalousie : les raisons mêlées de leur acte continuent de perturber leur existence et la disparition du prince des ténèbres n’a pas apaisé leurs tourments. Une mort inexpliquée devant un théâtre parisien et un deuxième assassinat d’une effroyable cruauté au cœur de Londres vont réveiller la peur. Du Quartier latin à Piccadilly Circus, l’ombre de Dracula semble à nouveau planer… Les héros d’autrefois devront faire face à un ennemi insaisissable aux attaques sournoises ou d’une violence inouïe, mais aussi à leurs propres démons. De quoi brouiller les pistes et troubler les esprits, dans une intrigue menée avec maestria qui ressuscite le fantasme et la malédiction de l’immortalité.
- Editions Michel Lafon -
Ce roman est à la fois une suite, une réécriture et un épilogue.
Thriller contemporain, on n'y retrouve pas l'écriture, le style de Bram Stocker : pas de lettre ni d'extrait de journaux; l'art de la suggestion laisse place à des scènes violentes, sanglantes; les nobles sentiments se teintent d'amertume et d'inavouable. Comment pouvait-il en être autrement ? Les vampires y sont sensuels, cruels et avides; sexe et sang sur les pages, Eros et Thanatos, quel hommage au mythe.
L'auteur l'explique très bien dans sa préface, il a voulu conserver l'esprit du roman original. Dracula ayant été considéré comme un récit d'horreur lors de sa parution, Dacre Stocker a donc fait de même en adaptant le genre à notre époque, tout en préservant tout de même la typique atmosphère victorienne des rues de Londres et le contexte historique.
J'a dévoré ce roman, je n'ai pas cherché à le juger, à m'interroger sur la légitimité de cette " suite officielle ", mon intérêt et mon plaisir n'ayant pas faibli à la lecture des ces 500 pages.
Si l'écriture n'a rien de remarquable - elle s'en tient à tous les codes du genre - et même si certaines caractéristiques traditionnelles du vampire sont occultées, le récit est foisonnant. Dacre Stocker introduit deux nouveaux personnages : la légendaire et sanguinaire Elizabeth Barthory ainsi que l'inspecteur Cotford, enquêteur sur les meurtres de Jack L'éventreur, créé puis délaissé par Bram Stocker ou son éditeur. L'intrigue se déroulant un quart de siècle après la première confrontation avec Dracula, le fils de Mina, Quincey Harker, tient son rôle à part entière, cherche les vérités cachées et subit le poids des secrets. Bram Stocker lui-même intervient, jouant le rôle de l'écrivain raté essayant de monter sur scène son roman gothique en guise de seconde chance.
Ce roman propose une nouvelle version, une autre lecture de l'oeuvre originale, en fournissant des détails sur l'histoire antérieure des célèbres protagonistes, les circonstances de leurs rencontres, en interprétant les situations, les sentiments lors de leur lutte contre le vampire. Certaines scènes du livre premier réapparaissent sous un autre regard, c'est passionnant. L'evolution des personnages du classique m'a particulièrement interpellée. Ils se livrent profondément humains, faillibles, passionnés, mortels. Le portrait de Mina, est excellent, toute en ambiguïté, torturée et volontaire, si femme, si mère, dans le respect de sa personnalité décrite dans le titre classique.
Les admirateurs du Dracula de Bram Stocker risquent justement la déception, voir le choc, à la lecture de scènes sordides cassant totalement l'image héroïque des personnages. Soyez prévenus. Le docteur Seward est devenu morphinomane tandis que l'alcoolique Jonathan préfère agenouiller une prostituée devant lui dans une ruelle sombre plutôt que d'affronter les tourments de son épouse. Je n'en dévoilerais pas plus, voici pour les révélations des premières pages entre le bain de sang de la Barthory ( au sens propre ) et l'horreur d'un meutre spectaculaire. Car la violence dans ce livre n'est pas seulement physique, l'âme y est en danger, troublée, soumise aux souvenirs, aux pulsions. N'est-ce pas aussi justement ça l'abîme de la fascination vampirique ?
Une postface permettant d'en savoir plus sur l'écriture de Dracula L'immortel clôt ce livre qui m'a plus que satisfaite, peu m'important de connaître le degré le parenté entre l'auteur et Bram Stocker ou l'ampleur de la promotion mondiale. Je doute qu'il convienne aux puristes.
- La critique de Maître Vlad , le billet de Tamara -
- Le site officiel du livre -
23 octobre 2009
La mort lente de Luciana B. - Guillermo Martinez
Dix ans ont passé depuis qu'il a vu Luciana B. pour la dernière fois. A l'époque, il était tombé amoureux d'elle. Bien qu'elle fût la secrétaire personnelle du célèbre auteur de romans policiers Kloster, il l'avait engagée pour taper en cachette les pages de son propre livre. Aujourd'hui, il ne reste plus rien de la jeune fille gaie et séduisante qu'il a connue. Que s'est-il passé? Luciana se raconte : elle a vu, tour à tour, mourir la plupart de ses proches dans des circonstances qui semblent forcer le hasard. Survenue avec une régularité méthodique, cette série d'accidents serait l'oeuvre de Kloster. Sa grand-mère, sa petite soeur, ou bien elle-même pourraient être les prochaines sur la liste. Au bord du désespoir, elle s'adresse au seul homme susceptible de la croire. Qui sait, en tant qu'écrivain, peut-être sera-t-il à même de percer à jour les ténèbres de Kloster? Les Carnets d'Henry James et un volume de la Bible seront ses clés pour un voyage sans retour dans les plus obscures régions du cerveau humain...
- Editions NIL -
Soyons honnête, j'ai lu ce roman d'une traite avec plaisir et intérêt, MAIS je vais chipoter...
Tout d'abord, et cela va vous paraître anecdotique, mon choix s'est porté vers cet auteur parce qu'il est argentin ( et pas pour la couverture qui me ferait plutôt fuir ). J'ai eu la chance de voyager jusqu'en Argentine, j'apprécie la littérature sud-américaine, j'attendais donc de retrouver ces atmosphères si particulières. Nada ! Mis à part l'inversion des saisons, aucun élément du récit, du contexte, ne nous raconte l'Amérique latine. Ce roman pourrait se passer dans n'importe quelle ville d'Europe ou d'Amérique, c'est dommage. C'est pourquoi, d'ailleurs, j'ai été très étonnée cette semaine, alors que je le croisais en librairie, de le voir classé en littérature sud-américaine très loin du rayon policier ( oui, j'étais encore dans une librairie il y a quelques jours, pas la peine de ricaner, je peux tout expliquer ).
Ensuite, l'épilogue est décevant : la fin est ouverte, au lecteur d'y apporter son interprétation. En fait, ce roman est divisé en deux parties, présentant chacune un témoignage : celui de Luciana qui se croit victime de la vendetta d'un auteur psychotique, celui de cet auteur, Kloster, qui se croit victime d'une jeune femme névrosée. C'est aussi pour cela que ce roman se dévore, le temps du récit y est très court. Chacun des protagonistes raconte sa version au narrateur, personnage neutre qui se garde bien d'agir et de penser, se contentant d'exprimer son malaise et son admiration-jalousie professionnelle et sentimentale pour le grand écrivain mis en cause. En cela, le texte de quatrième de couverture en rajoute un peu. Le fait que ce personnage " intermédiaire " soit lui-même auteur n'ajoute pas grand chose à l'intrigue. Il ne prend aucune part à ce " duel de crédibilité ". Le roman se termine sans explication satisfaisante pour le narrateur et pour son lecteur, ce que je ne m'explique pas dans la mesure où la maîtrise de la narration est évidente, puis gâchée par le dénouement, cet effet de flou complètement décalé par rapport à l'ambiance confinée.
Plus roman psychologique que thriller, il ne s'agit pas non plus d'un roman qui interroge la création littéraire. Si l'écriture tient un rôle réel dans le déroulement des évènements, elle n'en est pas le moteur, même s'il est vrai que l'intrigue développe tout un jeu entre la réalité et la fiction, celui des intentions et des " correspondances ", flirtant avec la mise en abyme du roman dans le roman.
En conclusion, je dirais que ce roman policier est efficace, prenant, intellectuel. Bien que cette trame confrontations-contradictions soit sans originalité, les monologues des deux personnages incriminés, les tensions entre les membres de ce trio, sont rendus avec force et dégagent une véritable tension qui exigeait une révélation et non un doute en dernière page.
Une ambiguïté finale qui serait parfaite au tomber de rideau d'une adaptation théâtrale à laquelle se prêterait remarquablement ce texte.
Je remercie BOB en partenariat avec les éditions NIL pour l'envoi de ce livre et pour m'avoir sérieusement fait cogiter pour écrire ce billet.
- Le billet de ma copine chipoteuse Brize ( bientôt ) -
- Celui de Mango et celui de Thaïs, plus enthousiastes -
15 octobre 2009
Mon enfant de Berlin - Anne Wiazemsky
En septembre 1944, Claire, ambulancière à la Croix-Rouge française, se trouve à Béziers avec sa section, alors que dans quelques mois elle suivra les armées alliées dans un Berlin en ruine. Elle a vingt-sept ans, c'est une très jolie jeune femme avec de grands yeux sombres et de hautes pommettes slaves. Si on lui en fait compliment, elle feint de l'ignorer. Elle souhaite n'exister que par son travail depuis son entrée à la Croix-Rouge, un an et demi auparavant. Son courage moral et physique, son ardeur font l'admiration de ses chefs. Ses compagnes, parfois issues de milieux sociaux différents du sien, ont oublié qu'elle est la fille d'un écrivain célèbre, François Mauriac, et la considèrent comme l'une d'entre elles, rien de plus. Au volant de son ambulance, quand elle transporte des blessés vers des hôpitaux surchargés, elle se sent vivre pour la première fois de sa jeune vie. Mais à travers la guerre, sans même le savoir, c'est l'amour que Claire cherche. Elle va le trouver à Berlin.
- Gallimard -
Quelle déception ! Le Berlin d'après-guerre, des lettres, un récit biographique, ce livre avait tout pour me plaire. Et je me suis perdue dans une romance mièvre ! Ni l'écriture, ni le sujet n'ont éveillé en moi le moindre intérêt, la moindre émotion. Ce livre me paraît bien complaisant. Il manque cruellement d'âme et de profondeur.
Les passages romancées entre les lettres de Claire Mauriac sont d'une fadeur et d'une platitude déconcertantes que je me refuse à qualifier de sobriété. Où est Berlin, la souffrance de sa population ? Dans quelques clichés de ruines. Où est la passion ? Où est l'humanité ? Quant à la dégradation des relations Est-Ouest, à l'immense travail et les difficultés des personnels de la Croix Rouge au service du rapatriement des victimes de guerre ( soldats, STO...), ils sont à peine évoqués, au moins autant que l'élégance de l'uniforme...Difficile de croire, à la lecture des extraits de son journal intime, que Claire est presque trentenaire. Que d'alternoiements, de minauderies et d'égoïsmes puérils, et toujours ce besoin de reconnaissance et cette incapacité à accéder à une indépendance familiale longuement ressassés, paradoxe de cette jeune femme qui ne cesse de gémir qu'elle n'est que " la fille de..."
Déçue d'être déçue. Comme InColdBlog ( qui propose une excellente chronique analysant bien cette déception, ainsi qu'un florilège de liens ), ce n'était pas le livre que je voulais lire. Peut-être ce livre ne devrait pas être considéré comme un roman.
Vous conviendrez que je suis donc obligée de m'en offrir un autre pour me consoler ( d'autant que celui-ci n'est même pas passé par la case PAL )
J'envoie une carte postale virtuelle bien désappointée à Enna
pour son challenge Lire autour du monde avec ce roman
dont l'histoire se passe dans une ville de notre continent,
mais pas notre pays.
28 septembre 2009
Le libraire - Régis de Sa Moreira
Vous l’avez lu ? Oui, dit le libraire. Moi aussi, répondit le jeune homme. Le libraire lui sourit. Le jeune homme prit confiance : Mais je l’ai offert à quelqu’un… à qui je n’aurais pas dû l’offrir. C’est difficile d’être sûr de ces choses-là, répondit le libraire. Oui, dit le jeune homme. Ne désespérez pas, dit encore le libraire. Certains livres sont à retardement…
- Livre de Poche -
Il est des livres qui restent des énigmes. Ce fut le cas de celui-ci pour moi, une question : qu'est-ce qui dans cette lecture m'a échappée ? Une émotion ? Une connivence ?
Je suis restée totalement hermétique à ces mots, je suis littéralement passée, non à côté, mais au travers. Je n'y ai rencontré qu'un vide étrange, un manque certain de chaleur et d'humanité. Sûrement est-ce une fable, une allégorie, une poésie. Peut-être ce libraire et moi n'aimons-nous pas les livres de la même façon.
Il m'est impossible de vous parler d'un livre que j'ai l'impression de ne pas avoir lu.
Je vous renvoie au billet de Leiloona qui exprime bien mieux que moi ce " non-ressenti " à cette lecture ainsi qu'à tous les avis, mitigés ou coup de coeur, recensés par Blog-O-Book.
Pour ceux qui ne l'ont pas encore lu, Le libraire peut devenir un livre-voyageur
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EDIT : les colis swap Mémoire d'Enfance de Theoma et Argantel sont ENFIN arrivés :))
11 septembre 2009
Morts et Remords - Christophe Mileschi
Au soir de sa vie, Vittorio Alberto Tordo, écrivain italien né à la fin du XIXe siècle, entreprend de raconter sa vie. Il est tenaillé par l'angoisse d'avoir laissé une œuvre qui, bien que considérable, a passé sous silence ce qu'il considère comme l'essentiel. L'essentiel, c'est sa participation active à des engouements collectifs meurtriers (guerre de 14-18, fascisme, guerres coloniales, lois raciales...). Tordo est ici le représentant de toute une génération d'artistes et d'intellectuels italiens. Mais la cruelle autocritique qu'il conduit déborde les frontières de l'Italie pour poser la question des rapports entre les mots et les faits, entre la littérature et l'histoire.
- La Fosse aux ours -
Ce livre choisi par Goelen, dans le cadre de la chaîne organisée par Ys, est un coup de coeur que je partage.
Comme Leiloona, à qui nous devons la lecture de Palermo Solo, ce fut pour moi une seconde belle et émouvante lecture d'un roman publié par cet éditeur que je ne connaissais pas.
Morts et Remords, c'est d'abord une écriture exigente qui se joue du style, un style qui rencontre et dévoile ses limites, nous raconte l'ineffable, l'intime, lorsque la phrase se brise et s'abandonne à son impuissance. Ressentir maintenant qu'il n'est plus temps ni possible de dire.
Morts et Remords, c'est l'histoire érudite et intransigeante d'une page blanche, de livres et de mots qui oublient leur vérité. Dense et intense, confession et plaidoyer, ce roman laisse le goût amer de la lucidité, de l'honnêteté intellectuelle et la tête pleine de questions et réflexions sur les idéaux qui nous portent, leur force quand ils se mêlent de littérature.
Premier roman, j'ai été impressionnée et saisie par le propos et la plume.
" Il [ le roman ] aurait dû enquêter sans tricher sur la Première Guerre, sur ses carnages inutiles, sur l'accoutumance de toutes nos générations à l'extermination de masse, sur le ravalement du corps humain au rang de matériel, de chose, de matière brute. Il aurait dû dire, sans complaisance pour mes propres lâchetés transmuées en glorieux emblèmes, qu'un Etat en guerre est toujours un Etat tyran, et que ce n'est pas le fascisme qui a produit la guerre, mais la guerre qui a engendré le fascisme, parce qu'on a englouti dans le silence le hurlement d'effroi, d'agonie, de rage, des millions d'innocents, condamnés à être massacrés, à massacrer, dans le silence et le vacarme de la grande littérature nationale. Il aurait dû dire que les mots tuent, que l'obéissance aveugle qu'exige l'officier qui commande le combat est l'anéantissement de la conscience, de la liberté, de la culture, de toutes les valeurs que je croyais défendre dans cette guerre."
" J'écris, je crie [...]. Mon seul livre. Celui que je n'ai pas écrit. "
Morts et Remords poursuit sa route, il part rejoindre Yohan
05 septembre 2009
La douce empoisonneuse - Arto Paasilinna
Une maisonnette rouge flanquée d'un petit sauna en bois gris, non loin d'Helsinki. Linnea, la douce veuve du colonel Ravaska, mène une existence paisible à soigner ses violettes et son chat. Pourtant chaque mois, le jour où elle touche sa pension, un trio maudit, conduit par son neveu, s'invite sous son toit pour la détrousser. Lorsque ses visiteurs ne se contentent plus de sa maigre retraite et exigent un testament à leur avantage, c'en est trop. Elle est résolue à en finir. Comprenez : à se suicider. Mais, surprise, concocter un poison mortel se révèle une activité beaucoup plus passionnante que tricoter. Et les noirs desseins de Linnea, par une suite précipitée d'événements cocasses, se retournent en sa faveur...
Une découverte, pas vraiment une rencontre. Je n'ai pas eu la révélation Paasilinna, je l'avoue, même si j'ai souri à de nombreuses reprises lors de cette lecture et apprécié le portrait ambigue de Linnea. Je reconnais à l'auteur le sens de la formule et la pratique avertie du cynisme et de l'ironie, mais cela se fait au détriment du récit, de l'intrigue qui m'a semblé lente et gentiment convenue, plus fable que satire.
Quoiqu'il soit, je remercie Pascale pour son choix car j'avais hâte de découvrir la plume de Paasilinna.
Sans aucun doute, je renouvellerai l'expérience. Quel titre me conseillez-vous ? Dans ma Pal m'attend Le fils du dieu de l'Orage, j'imagine que le style sera certainement différent.
- Lu dans le cadre de la chaîne des livres 2009 organisée par Ys -
La douce empoisonneuse poursuit sa route, déjà arrivé chez Yohan









