A LIRE AU PAYS DES MERVEILLES - littérature jeunesse -

Littérature jeunesse

03 juillet 2008

Incantation - Mary Hoffman

51ys5VsF9_2BL__SL160_AA115_Estrella et Catalina sont inséparables depuis leur tendre enfance. Elles se connaissent par coeur et sont persuadées que leur lien est indéfectible. Mais l'Espagne de l'Inquisition va faire tomber les masques et bouleverser leur vie à jamais. Alors qu'elles viennent de fêter leurs seize ans, le village est enflammé par les soldats. Les juifs sont pourchassés. Estrella découvre qu'elle n'est pas chrétienne, comme on le lui a toujours dit mais marrane, c'est-à-dire juive en secret. Sa famille a fait le choix de la conversion pour échapper à l'exil. Les arrestations se suc­cèdent et la peur grandit dans le petit village d'Encaleflora. Catalina voit son cousin, Andrés, qui lui était promis, tomber amoureux d'Estrella. Par vengeance, elle dénonce la famille d'Estrella dont le grand-père est lapidé, le frère battu à mort et la mère brûlée vive pour hérésie.
Aidée d'Andrés, Estrella fuit jusqu'en Hollande avec sa grand-mère où elle espère pouvoir vivre pleinement son identité et préserver la mémoire du martyre de sa famille et de son peuple
. - Scripto - Gallimard -

Ce roman historique aborde les réalités de l'Inquisition espagnole au XVIème siècle, les exactions et les crimes commis en son nom lors de cette chasse aux sorcières, mettant en évidence les persécutions dont les Juifs furent victimes.

C'est la première partie de ce livre qui est la plus intéressante, car elle présente la vie de ceux que l'on appelait les Maranes : Juifs contraints à la conversion au christiannisme, ces familles pratiquaient leur religion en secret. L'héroïne découvre ainsi tardivement sa judaïté - bien après son lecteur - alors même que les siens sont en danger. Le récit donne des indices en relatant ses habitudes de vie, les rites dissimulés, tandis que le quotidien d'Estrella est bouleversé par la révélation et qu'elle comprend ce que l'Histoire, la bétise et la cruauté humaine lui imposent comme différence. Cette construction du roman rend particulièrement forte et poignante l'injustice, l'incompréhension puis l'horreur que l'héroïne ressent face à l'intolérance - et face à l'avidité -  lorsqu'elle ne voit plus que le visage de la haine, une haine brute. La naissance du " monstre sorti du puit sur la place des bûchers ", comme elle le nomme, est finement décrite, la tension monte crescendo de l'autodafé à l'arrestation de la modeste famille voisine, le pillage de leur maison.

Ainsi, il est plus question d'identité et du chaos inhérent à la disparition du respect de l'Autre, dans ce roman, que de religion ( l'auteur souligne d'ailleurs, qu'à l'instar des Juifs non convertis obligés de vivre en ghettos pour ne pas être mélés à la population, les Mulsulmans ne subissaient pas meilleurs traitements )

Dans ce texte rapide ( l'écriture comme la durée de l'histoire ) et efficace, Alice Hoffman n'épargne pas son lecteur, tout comme dans son premier roman Prédiction. La seconde partie du texte est extrêmement violente, livrant les détails du massacre - dénonciation, tortures, exécutions - de la famille d'Estrella et de sa fuite, seulement adouci par le récit parallèle des premiers émois amoureux de l'héroïne. Mais la romance ne suffit pas à atténuer les scènes de jugements, même si cet épisode permet au roman un épilogue positif, dans lequel Estrella survivante en appelle au devoir de mémoire.

"C'est ce que je suis, corps et âme. Brûlez-moi. Noyez-moi. Mentez-moi. Je demeurerai celle que je suis."

- Merci à Clarabel pour le prêt -

- le billet de Lael -

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17 juin 2008

Phaenomen : plus près du secret - tome 2 - Erik Lhomme

51KuzlsEdgL__SL500_AA240_Handicaps ? Pouvoirs surnaturels ? Les troubles dont souffrent Violaine, Claire, Nicolas et Arthur en ont fait des marginaux. Persuadés qu'il existe un lien entre leur état et l'existence d'une vie extraterrestre, ils mènent l'enquête de Londres jusqu'en Patagonie. Mais quels intérêts supérieurs menacent-ils ? Quelle est cette mystérieuse organisation qui lance contre eux ses tueurs à gages ? Les quatre adolescents vont l'apprendre à leurs dépens : plus près du secret, c'est aussi plus près du danger... Le deuxième livre de la nouvelle trilogie d'Erik L'Homme : Attention, dossier ultrasensible ! - Gallimard jeunesse -

Dans ce second volet de la trilogie, les quatre héros-ados aux pouvoirs " surnaturels" ne sont plus soumis à une course -poursuite, mais une chasse au trésor. Ils s'enfoncent bien plus loin dans le temps et l'espace, cette quête est devenue la leur. Les méandres du secret, qui semblent bien concerner leurs origines, les entraînent à travers le monde sur la piste des Templiers et des preuves de vie extraterrestres. Après le thème du grand complot, voici celui des sociétés occultes, celles du passé, celle d'aujourd'hui, mais surtout celui de l'identité, si sensible à l'âge adolescent. C'est fort de leurs différences assumées et complémentaires que Violaine, Claire, Arthur et Nicolas ferons face aux épreuves.

La quête se poursuit à grand renfort d'actions dans ce tome intermédiaire un peu décevant dans la mesure où l'évolution des protagonistes et la démonstration de leurs pouvoirs sont reléguées au second plan, d'autant qu'ils savent mieux maintenant en faire usage. Certes, les enfants murissent, mais seul le personnages de Clarence est approfondi. Tout au long de la lecture des courts chapitres, on n'a de cesse de s'interroger sur l'ambiguïté de son rôle de chasseur-sauveur, sur la relation énigmatique qu'il entretient avec les enfants, à laquelle Violaine est particulièrement sensible.   

Le roman porte tout de même bien son titre, livrant quelques réponses aux mystères, quelques révélations pour le final, de l'aventure, un peu plus d'émotion aussi, qui suffisent à susciter l'envie de découvrir les réponses apportées par le dernier tome.

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16 juin 2008

Phaenomen - tome 1 - Erik Lhomme -

51RCQ84X50L__SL500_AA240_Fous? Idiots? Bons à rien? Aux yeux du personnel de la Clinique du Lac, Violaine, Claire, Nicolas et Arthur sont un peu tout ça à la fois. Pas vraiment des héros. Et pourtant... Quand le seul médecin qui se soucie de leur sort disparaît, enlevé par de mystérieux agents, ses jeunes protégés n'hésitent pas : ils se lancent sur ses traces. Sans se douter qu'ils sont aussi sur la piste d'un des plus grands secrets du XXe siècle. Leur vie ne sera plus jamais la même. L'historie de l'humanité " non plus. Une course poursuite haletante, où quatre adolescents vont puiser dans leur handicap la source de pouvoirs surnaturels. Le premier livre de la nouvelle saga d'Erik L'Homme vous emporte dans un monde plus vaste que le nôtre. - Gallimard Jeunesse -

Ce premier tome, d'une trilogie plus que prometteuse, remplit parfaitement ses fonctions de présentation tout en accrochant son lecteur. Il met en scène quatre adolescents marginaux, reclus dans une clinique de la dernière chance, parce qu'ils présentent des troubles du comportement et de la perception. Leurs réactions étranges, leurs sensibilités particulières, exacerbées, en font des exclus. Leurs différences font d'eux des êtres à part : Violaine ne supporte pas qu'on la touche, Nicolas cache derrière des lunettes noires ses yeux hypersensibles à la lumière, Claire ne parvient pas à se déplacer sans trébucher ou perdre son équilibre, Arthur s'enferme dans des rituels autistes en dessinant en permanence le même motif, en laissant couler l'eau d'un robinet, uniques moyens pour lui d'apaiser son esprit.

En s'enfuyant de la clinique, ces enfants découvrent que leurs faiblesse sont en réalité des forces, des pouvoirs qu'ils apprennent à connaître, à maîtriser. C'est en cela qu'ils sont des " phénomènes ".

Ainsi Violaine voit " les dragons " de chaque personne et est capable d'entrer en contact et d'imposer sa volonté, Nicolas distingue les radiations infrarouges, voyant à travers la matière un monde de couleurs, Claire parvient à se déplacer tellement vite et légèrement que l'oeil ne perçoit pas ses mouvements, Arthur dispose d'une mémoire prodigieuse, son cerveau enregistrant malgré lui la moindre information.

Ce roman est une quête. Le quator, en cherchant à délivrer le seul médecin à leur avoir accordé de l'attention, recherche aussi des réponses aux questions que posent leurs différences, l'origine de celles-ci

Selon Claire, ils appartiennent à un autre monde, un monde fantastique, celui de Féerie :

" Je sais maintenant qu'il y a d'autres enfants volés au Petit Peuple. Des enfants enlevés à leur naissance au pied des arbres, des sources, des rochers. Arrachés à leur véritable existence. J'ai longtemps cru être la seule, pauvre sylphide perdue au milieu d'hommes essouflés. Et puis j'ai rencontré le fils d'un triton et d'une naïade, né pour vivre dans le silence des vagues, dense comme est dense la mémoire de l'eau. J'ai aussi trouvé un fils de farfadets, pénétré des secrets de la Terre, drôle et gai comme un lièvre de mai ! Enfin, j'ai croisé la route d'une fille de sorcier et de salamandre, dompteuse de ces dragons qui crachent la cendre..."

Bien jolie et poétique présentation qui rappelle aussi que chacun des enfants et ses dons répond à l'un des quatre éléments :

Le feu pour Violaine, l'eau pour Arthur, la terre pour Nicolas, l'air pour Claire.

Pour autant, le roman n'est pas un roman de fantasy. Certes, Erik Lhomme mélange les genres, mais il s'agit ici d'aventures fantastiques à la limite de la science-fiction. Le rythme est trépident, le récit se lit d'un souffle, bâti sur la théorie du grand complot - des instances occultent manipulent les populations en cachant découvertes et  informations qui transformeraient l'ordre du monde - , construit sur une course-poursuite au cours de laquelle les caractères s'affirment. L'intrigue est mise en place avec brio, l'apparition des principaux personnages habilement orchestrés. Le suspens est ménagé, chaque réponse apportant encore plus de questions. Goût des mystères et des énigmes sont à l'honneur : charade à élucider et déchiffrage de symbole à chaque étape du road movie des quatre héros à travers la France.

Si la trame n'est pas originale, le procédé narratif l'est : chaque chapitre s'ouvre sur un mot ou une expression latine situant le contexte, ainsi que sur un court passage intimiste en italique dans lequel l'un des personnages prend la parole en relatant un souvenir, une expérience, une réflexion personnelle, permettant au lecteur de mieux les connaître au fil des pages, autrement que ses actions dans le récit, de mieux cerner les personnalités. Et chaque chapitre se termine sur un extrait de document - citation, journaux, lettres, archives...- ajoutant à l'effet dossier secret du livre.

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11 juin 2008

Uglies- Pretties - Specials - de Scott Westerfeld

- GRAND PRIX DE L'IMAGINAIRE 2008 ( catégorie jeunesse )-

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Tally aura bientôt 16 ans. Comme toutes les filles de son âge, elle s'apprête à subir l'opération chirurgicale de passage pour quitter le monde des Uglies et intégrer la caste des Pretties. Dans ce futur paradis promis par les Autorités, Tally n'aura plus qu'une préoccupation, s'amuser... Mais la veille de son anniversaire, Tally se fait une nouvelle amie qui l'entraîne dans le monde des rebelles. Là-bas, elle découvre que la beauté parfaite et le bonheur absolu cachent plus qu'un secret d'État : une manipulation. Que va-t-elle choisir? Devenir rebelle et rester laide à vie, ou succomber à la perfection? Véritable phénomène aux États-Unis, ce premier tome de la série Uglies a reçu plus de vingt récompenses, dont celle du Meilleur livre pour jeunes adultes 2006 de l'American Library Association. - Pocket Jeunesse -

Je ne suis pas étonnée que Uglies ait remporté le Grand Prix de l'Imaginaire, j'en suis même plutôt ravie car j'avais trouvé ce roman excellent.

C'est pourquoi je l'avais sélectionné dès sa parution en 2007. Voici la chronique enthousiaste que j'avais écrite :

Lorsqu’un auteur de science fiction tel Scott Westerfeld se mêle de littérature de jeunesse, il signe un roman magistral d’une qualité rare. Premier volume d'une trilogie plus que prometteuse relevant du récit d’anticipation, celui-ci est aussi intelligent que passionnant, aussi riche en thèmes qu’en aventures.

Dans un monde voué au culte de la beauté physique, obligatoire et codifiée, l’esprit se soumet aux diktat de cette perfection corporelle, présentée comme l’ultime bonheur, sans s’inquiéter des motifs et du prix à payer en retour. Sacrifices aux apparences, au désir de plaire, à celui d’une jeunesse de plaisir dans une société artificielle, à toute une idéologie glamour chassant le complexe et l’individualité à coup de bistouris … tous ces mots résument à peine le roman, dont les sujets ne se limitent pas à la quête identitaire et à l’importance du regard - celui que l’on porte sur soi, celui que nous renvoient les autres -. Il raconte aussi le fascinant pouvoir qu’exerce la beauté et traite d’écologie et des risques de l’ultra protectionnisme. Il parle, évidemment, de choix, de responsabilités et de liberté. Sur le mode de l’utopie crédible qui cible parfaitement son lectorat, la série s’offre à une écriture militante, critique, ouvrant le débat. C’est tout l’apanage du genre. L’intrigue est très bien menée, habilement gérée entre réflexion et actions, balisée comme il se doit pour une lecture adolescente, entre mystères et amitié, rébellion et doutes, cascades et relations amoureuses. Les états d’âme des personnages féminins sont  finement rendus, l’univers fantastique suffisamment approfondi pour dépasser son rôle de toile de fond. On retrouve Barjavel et, bien sûr Le meilleur des mondes d’A. Huxley dans cette société hiérarchisée sans pensée. Rien d’étonnant donc à ce que Uglies soit un phénomène éditorial aux Etats-Unis où plusieurs prix littéraires lui ont été attribué, où une adaptation cinématographique est déjà en cours.

Le second tome - Pretties -  tiendra ses promesses :

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Tally est enfin devenue une sublime Pretty. Elle a de grands yeux pailletés, un visage et un corps parfaits ; tout le monde l'apprécie, et son petit copain est craquant. Ses rêves les plus fous sont devenus réalités. Mais au cœur de cette vie de fête, de luxe high-tech et de liberté, perce un sentiment de malaise : quelque chose ne va pas, quelque chose d'important. Un jour, Tally reçoit un message, écrit de sa propre main lorsqu'elle était Ugly... A mesure qu'elle le lit, les souvenirs reviennent : sous la beauté parfaite et le bonheur absolu des Pretties se cache une effroyable vérité. Désormais pour Tally un choix cruel s'impose: oublier à tout prix cette vérité ou fuir la cité pour sauver sa peau.

Après le succès du premier roman Uglies, voici la suite attendue des aventures de Tally Yougblood. Dès les premières pages, on regrette l’usage abusif des mots foireux et intense émaillant les conversations, sensés symboliser le jargon des Pretties. Passé ce désagrément, la lecture de ce deuxième volume ne déçoit pas. Le débat se poursuit sur les thèmes de l’apparence physique et de la liberté de penser. L’auteur ne change rien au rythme de son récit qui mêle habilement actions et réflexions. Des révélations, des rebondissements, un rôle accru pour les brigades des Specials Circumstances laissent présager du troisième volume, tandis que les questions soulevées se veulent plus philosophiques – quel est le prix du bonheur, l’humanité  n’est-elle qu’instinct de violence et de destruction ? Doit-on la brider, la contrôler pour son bien ?-. La thématique est toujours aussi riche, largement développée, abordée sous différents aspects, permettant aux lecteurs adolescents de mieux l’appréhender. Scott Westerfield pointe du doigt la facilité avec laquelle les jeunes peuvent tomber dans les sectes ou les pratiques destructrices – les scarifications -  lorsqu’ils sont désespérément en quête de réponses, et dénonce le colonialisme subtil que génère la supériorité technique d’une civilisation sur une autre. Dans Pretties, accéder à la beauté et vivre dans un monde policé et superficiel ne suffit plus au personnages. En cherchant par tous les moyens à rester « intenses », ils expriment leur volonté d’être parfaitement conscient, de refuser la prison dorée qu’on leur impose. Leur rébellion, le périple de Tally, alimentent la réflexion propre à l’âge adolescent tout en témoignant des travers de notre société, dans un univers fantastique cher à ce lectorat.

Quant au troisième tome, il élargit la reflexion en ouvrant des frontières géographiques :

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Les Specials : ce nom faisait frissonner Tally lorsqu'elle n'était qu'une Ugly insoumise et repoussante. Et voilà qu'après une nouvelle opération, elle est devenue une Special à son tour ! Pourtant, la jeune fille ne peut s'empêcher de penser à son ancienne vie. Alors, le jour où les Autorités lui demandent d'éliminer les rebelles de La Nouvelle-Fumée, un choix douloureux s'impose à elle : doit-elle écouter la petite voix de sa conscience ou mener à bien la mission cruelle pour laquelle elle a été conçue ? Quelle que soit sa décision, le monde de Tally ne sera plus jamais le même...

Dans ce volume, l'action est à l'honneur, conséquence logique de la dernière " transformation " de l'héroïne Tally en Specials. Ce qui est particulièrement intéressant, c'est que, dans ce roman, Scott Westerfeld pousse la réflexion sur le regard de l'autre en sortant ses personnages de leur univers. Maintenant, il ne s'agit plus de convenir aux critères d'une société réglementée, mais bien de se confronter à l'Autre, à celui qui vient d'ailleurs, qui ne comprend pas et ne respecte donc pas les règles. On parle enfin de différences au sens culturel et non uniquement physique, même si elles en sont les symboles.

Pour reprendre le langage pretties, ce tome est plus " intense " : une réflexion plus appronfondie sur toujours plus d'actions en cascades et poursuites.

Depuis ces critiques, la série Uglies n'est plus une trilogie : un quatrième tome est prévu pour cet été -  Extra

- les billets d'Elfique, celui de Fashion -

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05 juin 2008

Mary Tempête - Alain Surget

41lcP7LKrHL__SL500_AA240_"Depuis sa plus tendre enfance, Mary est fascinée par la mer. Elle aimerait tant se laisser emporter au gré des vagues et du vent, partir à l'aventure ! Elle sait pourtant qu'il n'y a pas de place pour une fille sur un bateau. Mais Mary Read est prête à tout pour accomplir son rêve, même à se glisser dans la peau d'un garçon et défier les pirates les plus terribles... "- Flammarion -


Quant Alain Surget s’intéresse à la piraterie, il ne fait pas semblant ! Signant parallèlement la série Pavillon Noir dans la collection Premiers Romans de Castor Poche pour les plus jeunes, il offre ici un roman historique d'envergure grand format aux adolescents en faisant renaître sous sa plume deux femmes pirates du XVIIIème siècle, l'héroïne anglaise Mary Read, ainsi que la célèbre Anne Bonny.

Sous la somptueuse couverture de l’illustratrice Rébecca Dautremer, c’est l’appel de la mer dès les premières pages. Ce livre se lit d'un souffle, celui de l'aventure au féminin, d'un destin extraordinaire. Le rythme est trépidant, le roman passionnant.

Le prolixe auteur présente un véritable récit de piraterie, donnant la part belle à la découverte de la navigation, aux moindres recoins d’un navire : le vocabulaire est volontairement technique ( d'ailleurs rappelé et défini par thème dans un glossaire ).

Avec ses terribles abordages et la sombre menace du gibet, une guerre traversée dans un corps de cavalerie, ses duels et ses batailles sous l’exotisme des Caraïbes, le récit est violent, cruel, viril.

Mais pas seulement : dépassant la grande tradition des aventures maritimes, Alain Surget donne une nouvelle dimension à ce roman en s’attachant à la vie d’une femme contrainte de se grimer en homme sa courte vie durant, d’abord pour survivre, puis pour vivre libre – pas de fille à nourrir, pas de femme à bord -. Son héroïne, volontaire, audacieuse mais déchirée de ne pouvoir assumer sa féminité, ses sentiments et ses désirs, fait face à la férocité de son époque et de la flibuste, prise au piège de sa double identité, de son corps de femme à la destinée masculine.

Mary Tempête est l'un de ces beaux livres qui se dévorent sans limite d'âge, qui se démarque de la vague piraterie de la littérature pour la jeunesse par le talent de son auteur et son traitement aussi original que documenté du sujet.

Historiquement fameux, romanesque à souhait.

- Le billet d'Eolune, qui n'a pas pu le lâcher une fois commencé...-

       

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30 mai 2008

10 façons d'assassiner la planète - nouvelles réunies par Alain Grousset

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Pollution, surpopulation, guerre atomique... nombreux sont les scénarios catastrophes qui pourraient mener la Terre à sa perte. Depuis longtemps, les grands noms de la science-fiction, de Philip K. Dick à Pierre Bordage, se sont essayés à l'exercice. Et si les hommes finissaient par assassiner leur planète... 10 façons d'imaginer le pire. - Tribal Flammarion -

Avec ce recueil de nouvelles " au titre volontairement provocateur ", Alain Grousset propose un livre militant à l'attention des adolescents. L'émérite auteur fantastique pour la jeunesse explique son propos et sa démarche dans l'introduction, dans l'espoir que les récits qu'il a sélectionnés soit à jamais de la science-fiction et non de l'anticipation.

" La science-fiction est la seule littérature qui remet notre monde en question ainsi qu'elle même par l'occasion. Aussi, je pense qu'elle s'associe parfaitement avec l'écologie pour tenter d'appréhender notre futur.

En explorant dix possibles, souvent très noirs, les dix grands auteurs de cette anthologie ont la volonté d'attirer l'attention sur ce qui risque à coup sûr d'arriver si l'on ne réagit pas dès aujourd'hui. Et certains depuis longtemps !

Je souhaite de tout coeur qu'après avoir lu ce livre, vous regardiez votre monde d'une autre façon et que vous le choyiez bien plus que ne l'on fait les générations avant vous.

Le futur vous appartient, prenez-en soin ! "

Chacune de ces nouvelles correspond à un thème - terriblement d'actualité - lié aux risques écologiques de destruction qui menacent notre planète :la glaciation, les inondations, la pollution, la surpopulation, la guerre atomique, la disparition de la faune et de la flore, pandémie et manipulations génétiques, la guerre contre les machines, contre les insectes, les déchets. Très courtes, elles sont cruelles et effrayantes, alarmantes et pessimistes, elles font froid dans le dos. Ces scénarios sont vraiment les pires.

Le choix des textes est particulièrement varié et intéressant, d'autant qu' Alain Grousset s'attache à les présenter, à les situer dans leur contexte, car il ne s'agit pas seulement d'auteurs jeunesse et de nouvelles récentes ( certaines remontent aux années 40 ).

Une démonstration efficace, une plaidoirie magistrale.

Pour en savoir plus sur Alain Grousset

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14 mai 2008

La malédiction d'Old Haven - Fabrice Colin

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Il est un trait qui nous distingue, nous les Wickford, du commun des mortels : nous ne savons pas nous soustraire au destin. " 1723. Gotham. Orphelinat de la Sainte-Charité. Mary Wickford, jeune orpheline à la beauté flamboyante, quitte le couvent et les sœurs qui l'ont recueillie dix-sept ans plus tôt. En route vers l'est, la jeune fille s'arrête dans le vieux village d'Old Haven où règne une atmosphère lourde de secrets. Sans jamais être venue, elle connaît ces paysages de brumes et de ténèbres... C'est ici, à Old Haven, que fut brûlée vive, quarante-deux ans auparavant, une sorcière du nom de Lisbeth Wickford... Descendante de cette longue lignée, Mary est-elle née maudite ou est-elle destinée à sauver un monde en péril ?

Parue dans l'excellente collection Wiz, la Malédiction d'Old Haven  a tout de l'épopée fantastique. Sur plus six cents pages, nous retrouvons la thématique qui a fait le succès du genre depuis Harry Potter et Eragon - une orpheline héritière d'un pouvoir lutte contre les Forces du Mal, entre société secrète, ennemi puissant et impitoyable au passé mystérieux, dragons, pirates, amulette et hideuses créatures des profondeurs - ce qui ne gâche en rien le plaisir et l'intérêt de la lecture.

Les exigences romanesques adolescentes sont comblées. Quête identitaire et spirituelle, magie, mais aussi actions, révélations, beaucoup de rythme et de rebondissements, des sentiments exacerbés, ainsi qu'une réflexion sur la religion, son pouvoir et ses dérives, sont servis par les indéniables talents de conteur de Fabrice Colin. Aux frontières de l'héroic-fantasy, l'auteur prolifique, adepte du fantastique, signe avec ce titre un foisonnant roman à l'atmosphère sombre et gothique : le lecteur frémit, l'ambiance est aux secrets, aux superstitions, aux manoirs, aux bûchers qui se dressent dans des forêts envoûtées.

" Le sang qui coule dans mes veines est un don, autant qu'une malédiction "

Sur cette trame devenue classique, La Malédiction d'Old Haven renouvelle le genre en jouant les dimensions parallèles, situant son récit dans une Amérique du XVIIIème siècle dont l'auteur réécrit l'histoire, s'inspirant du Moyen-âge auquel il ajoute quelques inventions technologiques, mêlant ainsi légendes et science fiction. De nombreuses références historiques ( telles l'inquisition ou les machines volantes de Léonard de Vinci ) rendent ce roman, déjà dense, parfois complexe. Présentant de nombreux personnages et plusieurs niveaux d'intrigues, des scènes de violences ( exécutions, tortures ), il ne conviendra pas aux lecteurs avant 14 - 15 ans.  On regrettera seulement l'épilogue hâtif après le duel final en apocalypse.

Mais surtout, ce sont les références littéraires qui m'ont impressionnée : je n'en croyais pas mes yeux lorsque j'ai lu les noms de Arkham, Derleth, Necronomicon et enfin Cthulhu qui me confirma mon heureuse surprise. Fabrice Colin bâtit son roman en référence à H.P. Lovecraft. Il ne s'agit pas ici d'une simple allusion, mais bien plutôt d'un hommage à l'univers de l'auteur fantastique - dans tous les sens du terme -. Je ne m'attendais pas à rencontrer un tel maître dans un roman jeunesse. Et la référence à l'oeuvre littéraire est parfaitement maîtrisée, habilement menée. Fabrice Colin tire merveilleusement partie des créations étranges et effrayantes de Lovecraft, nous offrant l'occasion rêvée d'initier les adolescents, férus des récits de fantasy, aux grands auteurs du genre, de les guider judicieusement dans ce monde littéraire fantastique en leur proposant en pagaille Pullman, Tolkien, Dan Simmons, Franck Herbert, Raymond E.Feist, Robin Hobb et maître Lovecraft, en leur permettant d'affiner leurs goûts et leur sens critique.

Merci monsieur l'auteur et chapeau bas.

A lire l'interview de Fabrice Colin sur le blog de Lily

Pour en savoir plus sur H.P. Lovecraft

Vous êtes nombreux à avoir déjà lu La Malédiction d'Old Haven, n'hésitez pas à mettre les liens vers vos billets en commentaires.

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01 mai 2008

L'écho des cavernes - Pierre Davy

Ou comment l'homme de cro-magnon a inventé la grammaire

51XVAc4UxkL__SL500_AA240_Il ne fut pas long, en effet, à découvrir qu'en mariant ces nouveaux sons à ses " ou ", ses " i " et autres " a ", il ouvrait un champ infini de combinaisons qui ne tardèrent pas à lui donner le vertige. Il n'était pas loin de la panique, lorsqu'il articula un inimaginable " keskimariv ". Sapiens prend un jour conscience des limites du misérable " wroumpf " qui lui sert à communiquer avec sa tribu, et décide d'inventer le langage... Depuis ses premières vocalises jusqu'à la mise au point du subjonctif, en passant par l'invention de la préposition et des familles de mots, c'est toute la grammaire française, mais aussi le lien entre le langage et la pensée, que Pierre Davy revisite dans ce petit traité jubilatoire. - éditions Syros -

Jubilatoire, le terme est un peu fort. Drôlatique, réjouissant et divertissant, rapide et facile à lire, d'accord.

Car ce texte ne donne pas de leçon. Cette évocation de la naissance de la communication orale, de la constitution du langage, de son évolution avec la grammaire, au travers de la population préhistorique est burlesque - l'ouvrage n'est pas à mettre entre les mains d'un historien -

Le parti-pris fantaisiste donne lieu à de nombreuses inventions et impertinences, aux expressions familières, aux jeux de mots, et réserve la plus belle place à l'humour. La linguistique est à l'honneur, les structures de la langue mises en évidence au coeur d'un récit dynamique et cocasse mêlant trivialité de la vie de Sapiens, considérations sur les situations de communication et références culturelles ( les personnages principaux se nomment Adam et Eve...).

Ce mélange de genres, de tons, rend le texte ludique, prenant à contre-pied la réputation austère de la grammaire. Vous l'aurez compris, L écho des cavernes n'a rien de commun avec le conte poétique et pédagogique d'Erik Orsenna La grammaire est une chanson douce. Le propos -  bien qu'explicite : on passe des onomatopées au langage complexe par tous les éléments constitutifs du français moderne -  est moins didactique, et l'on rit franchement.

Bien qu'édité en jeunesse, ce  livre s'adresse aux adultes. Je ne suis pas certaine qu'un adolescent y trouverait son compte s'il n'est pas en lecture accompagnée. En commençant par les bases de la phonétiques, l'auteur aborde toutes les notions grammaticales, et ce en quelques lignes, à partir d'exemples concrets issus des événements jalonnant la vie de la tribu crô-magnon. Là réside peut-être l'intérêt pour le réfractaire à la grammaire, dans le concret des situations de langage, sachant tout de même que cette lecture reste récréative.

Un extrait :

" Sorcier s'égarait dans l'ésotérisme et polluait le lexique de ses propres créations; l'Artiste détournait sciemment le langage de sa fonction purement communicative et, depuis quelle était mère, Eve semblait régresser ou du moins se désintéresser de la chose linguistique. En revanche, l'une de ses jeunes cousines se montrait particulièrement curieuse de la forme et du sens.

Un soir, à la veillée, Sapiens qui avait, il faut bien le reconnaître, de plus en plus tendance à pérorer, avait senti son regard peser sur lui. Il l'avait observée à la dérobée et s'était aperçu que, tandis qu'il parlait, ses lèvres à elle dessinaient les mots qu'il prononçait. Elle buvait littéralement ses paroles. Comment résister à ça ?

Sapiens la rencontra sous le pommier fatidique, en fin d'après-midi. Il s'arrêta près d'elle et dit d'air dégagé :

- Adam chercher Eve ki partir

Elle cligna des yeux, et sans hésitation répondit :

- Adam trouver Cousine ki attendre.

Sapiens fut enchanté : sans contestation possible, il y avait bien là proposition relative."

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16 avril 2008

Fascination - Stephenie Meyer -

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Après toute la blogosphère littéraire, je succombe au phénomème Stephenie Meyer !

"J'étais à peu près certaine de trois choses. Un, Edouard était un vampire; deux une part de lui - dont j'ignorais la puissance - désirait s'abreuver de mon sang; et trois j'étais follement et irrévocablement amoureuse de lui. "

Ce court extrait de quelques lignes suffit à résumer l'intrigue de ce roman. Il s'agit d'une histoire d'amour extraordinaire dans tous les sens du terme. Une passion mêlant romantisme et sensualité avec brio, rendant à ses lectrices leur coeur de quinze ans. On imagine sans peine l'émoi  - avec trémolos et palpitations - que doit générer cette lecture sur les adolescentes, à travers le personnage tellement humain de Bella. Sa vie de lycéenne, entre des parents divorcés, s'essayant à gérer les affres de l'amitié ainsi que - et surtout - les limites et hésitations de sa relation physique avec Edouard, ce jeu de désirs et d'interdits, en font une figure adolescente parfaitement empathique.

Entre tension et émotion, Stephenie Meyer sait planter son décor et ferrer son lecteur. La narration en focalisation interne - Bella raconte son histoire sans le moindre recul -  renforce le trouble qui accompagne sa rencontre avec le chevaleresque Edouard, sa découverte de sa nature réelle et le magnétisme du vampire. On ne compte plus les pages consacrées à sa beauté, aux pulsations cardiaques affolées de la lycéenne.

Aucun poncif du genre n'est épargné, le texte est répétitif et convenu, le mythe du vampire à peine renouvelé, mais il faut reconnaître que la récit de cette " fascination " est habilement mené. L'angoisse quasi permanente qui transpire de l'histoire agrémenté d'une touche d'humour - les dialogues entre Bella et Edouard et l'opposition entre l'incapacité physique de l'une face aux talents de l'autre sont particulièrement réussis- en font une lecture prenante et agréable.

Même si Fascination ne vaut pas La chronique des vampires d'Anne Rice ( dans laquelle on retrouve le personnage du séduisant vampire culpabilisant  - Brad Pitt à l'écran tout de même - ), il faut reconnaître le total plaisir qu'apporte cette lecture. Il n'y aucune raison de le bouder, de renoncer à donner envie de lire aux adolescents.

C'est un véritable bonbon fondant, très sucré avec juste ce qu'il faut d'acidité pour stimuler l'excitation et susciter l'envie de croquer...

- Hachette Jeunesse -

Le récent billet de Clarabel.

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12 avril 2008

La Musicienne de l'aube - Christian Grenier

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" Lorsqu’un fracas de fin du monde réveille Michaël, dit Mika, au petit matin, le jeune homme n’imagine pas qu’il est appelé à vivre la plus improbable des aventures… La veille, Mika est venu enterrer son oncle Edouard, qui l’a élevé après la mort accidentelle de ses parents. Edouard Nigerre, écrivain et chercheur excentrique, vivait en ermite dans ce coin peu fréquenté du Périgord. Or, la veille des vacances d’été, le maire l’a découvert mort devant l’un de ses ordinateurs. Et voilà qu’une masse gigantesque, sorte de pierre ponce géante, vient de s’abattre sur un pré juste à côté de la maison de l’oncle Edouard. Virginie, la fille d’un fermier voisin, a disparu : aurait-elle été engloutie par la chose ? Lorsque Mika et ses amis, Sophie et Sylvain, s’en approchent, il découvrent des cavités qui s’ouvrent et se referment, des sortes de tunnels « vivants ». Décidés à retrouver Virginie, ils y pénètrent… et se retrouvent dans l’envers du Multimonde ! Lors de quatre « voyages » à l’intérieur de cet espèce d’organisme, ils devront libérer la Musicienne de l’Aube, rétablir la ville de Venise dans son véritable espacetemps, échapper aux redoutables chasseurs d’un cyberparc et remettre de l’ordre sur la planète Mê-Moria. Quelle est donc la nature de cette Chose, véritable porte ouverte sur d'autres mondes ? Tout cela est-il bien réel ? N’ont-ils pas simplement exploré un imaginaire délirant légué, via son ordinateur, par l’extravagant oncle Edouard. "  Bayard jeunesse

Ce copieux résumé de l'éditeur effleure à peine la richesse de ce roman de Christian Grenier. Il s'agit d'un roman d'aventures - avec un grand A - fantastique en quatre parties qui s'enchaînent à la façon d'une saga, publié précédemment en quatre livres : La Musicienne de l'aube, Les Lagunes du temps, Cyberpark, Mission en mémoire morte, parus en 1996-97.  Quatre aventures, donc, dont la première donne son titre à l'ouvrage complet, reliées par une intrigue dont le dernier volet est le dénouement.

Chaque périple des jeunes héros se déroule dans un univers particulier, totalement différent du précédent, de notre réalité.

- La Musicienne de l'aube s'ouvre sur un monde mythique et sauvage, peuplé de Troglodytes, d'Ondins et de Sylvains, dans lequel les premiers veulent la disparition de la Musicienne ayant seule le pouvoir de réveiller le jour en jouant inlassablement de la flûte.

- Les lagunes du temps nous entraînent dans une Venise d'une dimension parallèle, parce que son histoire s'est trouvée modifiée au IXème siècle, lorsque la relique de Saint Marc aurait dû y être ramenée. On y croise pêle-mêle les grands maîtres italiens, tels Léonard de Vinci, Goldoni, Vivaldi, sous leurs masques de carnaval.

- Cyberpark présente une société pervertie par l'usage intensif du virtuel. La planète est devenue une terre de cauchemar où chacun se cloître dans une cellule souterraine et participe au " grand jeu de réalité non virtuelle ", consistant à traquer et tuer les humains marginaux rejetés à la surface par le système pour gagner un maximum de points échangeables contre tous les produits de confort. La notion de réalité et d'identité a disparu. Dans cette humanité divisée, les cybernautes sous pseudonyme chassent à grands renforts de moyens techniques des individus réduits à la condition primitive de proie.

- Mission en mémoire morte relate une expédition dans l'espace jusqu'à l'étrange planète Mê-Moria, lieu de toutes les réponses.

Le rythme des romans est effréné, servi par une écriture fluide, toujours parfaitement adaptée à son lectorat. Ces aventures soumettent les héros à des épreuves autant physiques que psychologiques, transformant leur périple en véritable quête initiatique révèlant les personnalités. Ajoutons à cela que chacun de ces " épisodes " fournit des éléments de compréhension sur le pourquoi et le comment du déroulement des événements, sur l'origine et les mécanismes de cette " Chose ", ce qui donne aux textes des allures de polar. Avec de nombreux personnages récurrents ( un astrophysicien, un médecin, un journaliste, un colonel, un ministre de la Défense répondant au doux nom d'Eve Colombe...) en plus des protagonistes adolescents, du suspens, de multiples péripéties, beaucoup l'action et de mystères, de l'amour et de l'humour, le jeune lecteur de Christian Grenier est gâté. Il risque d'être aussi submergé que subjugué...( et là, j'ai envie d'ajouter tant mieux ! )

En effet, chacun des textes est foisonnant de références culturelles, et reprend un genre différent de la science-fiction. On y trouve d'abord un récit de fantasy, un autre jouant le jeu de l'uchronie, ensuite un récit d'anticipation pour finir avec du space opéra; chacun développant une thématique qui lui est propre.

Mais le propos ne se limite pas à cette hommage à la science-fiction. Le roman propose, au travers de l'intrigue principale, une réflexion sur le travail d'écriture et d'imagination de l'écrivain ( avec en filigrane celle sur la relation entre jeux virtuels et livres ). Les personnages de Michaël et Edouard Nigerre doivent beaucoup à Christian Grenier lui-même  ( on remarquera que Nigerre est l'anagramme de Grenier  ). Ils nous invitent, lors des explorations du Multimonde, à un voyage dans l'univers d'un auteur.

Voici un extrait qui a semblé pertinent à la lectrice de science-fiction que je suis devenue :

" Mika avait interrogé Edouard sur l'avenir de la Terre.

- Tu sais, avait d'abord répondu son oncle, ce n'est pas parce que j'écris des romans de science-fiction que je suis plus apte qu'un autre à prophétiser le sort de notre planète ! Mes histoires sont imaginaires. Dans un décor futuriste, elles jouent avec des hypothèses qui se nourrissent des technologies du présent.

- Mais tu as une petite idée ? avait insisté Mika.

- Oh, j'en ai beaucoup ! Mais, à mon avis, aucune ne décrit l'avenir réel de la Terre. Ce n'est d'ailleurs pas là mon objectif. Au contraire : il m'arrive d'écrire des fictions inquiétantes pour faire comprendre au lecteur qu'il s'agit là de futurs à éviter !

Mika, qui préférait entendre son oncle raconter ses histoires plutôt que de les lire, s'était précipité dans cette nouvelle brèche :

- eh bien, justement : quels sont les avenirs que tu redoutes ?

Edouard, devenu soudain sombre, avait soupiré :

- A quoi bon en parler ? Évoquer le futur est aussi vain que de jeter des cris d'alerte. Les lecteurs boudent les récits qui décrivent les conséquences des erreurs qu'ils commettent. Vois-tu, Mika, Cassandre est la plus impopulaire et la plus méconnue des héroïnes de la mythologie ! "

Un récit passionnant, une réflexion intéressante.

Les quatre tomes de La  Musicienne de l'aube ont reçu le Grand Prix de l'Imaginaire en 1998.     

***  pour les inconditionnels de Logicielle : sa dernière enquête, intitulée Cinq degrés de trop, est parue le 1er  Avril  ***

Pour en savoir plus sur Christian Grenier, vous pouvez lire mon billet sur son essai Je suis un auteur jeunesse et visiter son site.

Posté par Emmyne à 07:00 - ROMANS adolescents - Commentaires [6] - Permalien [#]



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