A LIRE AU PAYS DES MERVEILLES - littérature jeunesse -

Littérature jeunesse. Choisir un livre pour enfant, une sélection de livres jeunesse.

09 novembre 2009

Ceux qui sauront - Pierre Bordage

51LtzkUqhTL__SS500_Jean et Clara devraient bientôt se séparer : elle regagnerait Versailles, il retournerait dans la clandestinité. Pourquoi êtes-vous allé à l'école ? demanda-t-elle.
- Je voulais apprendre.
- Et qu'avez-vous appris ?
- L'alphabet, l'écriture, l'arithmétique... comme tout écolier, je suppose.
- Vous comptiez en faire quoi ?
Il haussa les épaules.
- Je ne sais pas au juste. Ceux qui gouvernent savent, alors je pensais que c'était bien de savoir. Que ça améliorerait ma vie.

Et si le passé avait été différent, quel serait notre présent ?

Un monde scindé en deux. Les riches détenant le savoir, les pauvres condamnés à l'ignorance. Il y a ceux qui acceptent, s'oublient dans le silence. Mais il y a ceux qui se battent pour qu'une société plus juste émerge enfin.

- Flammarion - Collection Ukronie -

Voici ce que j'appelle un roman pour adolescent réussi à qui on peut pardonner ses quelques défauts. La trame historique est bien menée, le point de divergence intéressant, ces développements maîtrisés, l'alternative élaborée. Cet univers parallèle joue habilement du réalisme; la réécriture de l'Histoire se veut concrète, proche de son lecteur au quotidien;  j'ai envie d'écrire que l'histoire de cette Histoire est crédible.

Le postulat de cette uchronie est politique, ces conséquences sociales : Pierre Bordage imagine une France contemporaine sous une monarchie absolue. Après la Révolution de 1789, l'Empire de Napoléon et le parcours troublée de la République, l'espoir de la mise en application de ses préceptes fut mis en échec par une restauration qui perdure. Lors d'un coup d'état, le gouvernement de Gambetta fut renversé, les ministres fusillés, parmi lesquels Jules Ferry. L'accès à l'enseignement demeure le privilège des classes favorisées par la fortune et la naissance. Dans ce Royaume de France, c'est un délit sévèrement puni que de s'instruire - d'un camps de redressement pour les enfants, de mort pour les enseignants - lorsqu'on appartient au peuple. En abandonnant cette population, surnommée les cous noirs, cette multitude laborieuse qui expose sa peau au soleil, à la saleté, parce qu'elle travaille - paysans, ouvriers, saisonniers, lavandières...- , la royauté espère l'asservir et étouffer ainsi toute velléité de révolte en la privant de connaissances, des outils nécessaires à la circulation des idées : toutes les découvertes et le confort technologiques sont réservés à la Cour, comme l'électricité, les moyens de transport et de communication, réduisant ainsi le peuple en esclavage, tellement soumis à de rudes conditions de vie que son univers se limite à sa survie. Toutefois une résistance à cette dictature de l'ignorance s'organise : des leçons sont données aux enfants la nuit, des insurrections réprimées dans le sang menacent la monarchie, des terroristes harcèlent les représentants de cette royauté.

S'il y a de multiples péripéties dans ce roman, il n'y a pas vraiment d'intrigue. Le lecteur suit le parcours des deux héros adolescents, attachants certes, un peu caricaturaux aussi : celui du jeune cou noir Jean, ayant étudié secrètement, contraint de devenir clandestin pour échapper à l'arrestation - il découvrira un camps de terroriste ainsi que la guerre que se livre les mafias des quartiers pauvres profitant de la misère -, et celui de la fille d'une famille bourgeoise aspirant à la noblesse, Clara, qui étouffe dans le carcan superficiel et machiste de la Cour imposant à son sexe une éducation visant à emprisonner les femmes dans le rôle de gardienne de traditions après un mariage arrangé. Clara rêve d'échapper à sa cage dorée, de découvrir le monde; Jean espère améliorer sa vie, le sort de sa famille, pouvoir se tourner vers l'avenir.

Deux voix, deux chemins qui se rejoignent sur la route alors que leurs milieux sociaux et culturels ( c'est la cas de le dire ) respectifs les séparent. Si le scénario est linéaire, présentant toutes les caractéristiques du roman d'aventure initiatique, le suspens a la part belle, jouant des effets en fin de chapitre. La mise en scène aboutie de cette France parallèle, les personnages secondaires intéressants et bien campés accompagnent heureusement cette histoire qui n'épargne pas plus son lecteur que ses personnages : les répressions sont sanglantes, les polices politiques cruelles, les affrontements violents, le désespoir latent, le récit sombre, à tel point que j'ai douté un instant que l'épilogue soit positif. Tout de même, si le roman se termine sur une scène apocalyptique, l'espoir y nait, une nouvelle révolution est en marche.

Ceux qui sauront ne limite pas son propos aux grands principes républicains, à la nécessité et l'importance de l'instruction pour les préserver. Il interpelle son jeune lecteur, lui parle d'éducation au sens large, du poids des valeurs et des engagements familiaux, des droits et des devoirs citoyens, de l'importance de s'ouvrir au monde, à sa dureté, à ses possibles en lui racontant une page d'Histoire.

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" - Est-ce un crime de vouloir apprendre ? [ demande une enseignante arrêtée ]

- Selon la loi royale, oui. L'instruction est réservée à ceux qui sauront l'utiliser. Vous savez très bien que le savoir généralisé engendre l'anarchie. N'est-il pas précisé dans la Bible que l'arbre de la connaissance a causé la perte de l'humanité ? Vous êtes à la fois le serpent et la pécheresse de la Génèse. "

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- Le billet de SBM que je remercie pour le prêt et que je cite pour rappel :

" l'uchronie est un genre spécifique à la science-fiction qui, à partir d'un élément divergent, écrit l'Histoire telle qu'elle aurait pu advenir si... "

- Dans la collection Ukronie sur ce blog : Divergence 001 -

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- Crazy SF - Uchronie -


28 octobre 2009

Blue Cerises - Macadam Milan

51_FZ_yVzJL__SL500_AA240_518u7wNPfhL__SL500_AA240_Ils sont quatre : Zik, Satya, Violette et Amos. Quatre ados inséparables, aussi différents qu’unis. Unis dans leur vie d’ado, mais aussi par un secret qui pèse lourd. À chaque épisode sa voix.

- Editions Milan Jeunesse - Collection Macadam -

Blue Cerises est le nom donné à une formule originale de lecture revisitant le roman réaliste pour adolescent : Blue Cerises est le nom d'un groupe de quatre adolescents héros et narrateurs de quatre livres.

51D677E_2B3XL__SL500_AA240_51UXW55PjfL__SL500_AA240_Quatre histoires courtes sur une même période, celle des vacances de Toussaint pour cette première saison intitulée Octobre ( la deuxième saison, Novembre, vient de paraître ), à la façon de nouvelles d'une cinquantaine de pages, qui s'entrecroisent, comme se croisent les personnages.

Deux garçons et deux filles de seize-dix-sept ans liés par un secret, un épisode tragique survenu l'été de leur quatorze ans, racontent leurs vies d'adolescent, leurs problèmes, leurs émotions, leurs angoisses, leur amitié. Leur secret commun n'est pas révélé au lecteur, il se dévoile peu à peu, au fil des lectures; des images s'esquissent à chacun des récits.

Chaque livre développe des thèmes proche du lectorat adolescent, de son vécu, comme la musique, la solitude, le racisme et le métissage, le sens de la vie, les premières expériences amoureuses, sexuelles, l'amitié. Les portraits, le ton sont justes. L'écriture fluide, résolument inscrite dans son contexte contemporain et adolescent, parvient à dégager un effet d'oralité et d'empathie ( emploi du je, phrases courtes, dialogue, ce sont les personnages qui se racontent ) sans sacrifier au style. Ponctués de pointes d'humour, d'autodérision, de formules réjouissantes, les textes mêlent facilité et qualité de lecture.

Remarquable maîtrise narrative puisque chaque livre, chaque personnage, est celui d'un auteur jeunesse différent : Maryvonne Rippert pour Zik, Sigrid Baffert pour Amos, Jean-Michel Payet pour Satya et Cécile Roumiguière ( directrice de cette collection Blue Cerises ) pour Violette.

Le concept est une véritable réussite de forme et de fond : quatre voix, quatre regards adolescents posés avec pertinence sur le monde, leurs amis, eux-même; quatre petits livres à prix dérisoire ( quatre euros ) qui ressemblent à des carnets, à des journaux intimes, pouvant se lire seul et/ou dans n'importe quel ordre, une série qui n'en est pas une, une collection qui donne pleinement vie à ses personnages. Je suis impressionnée.

A visiter : le site Blue Cerises pour lire le résumé de chacune des histoires et découvrir le blog de chacun des personnages : blogs actifs puisque tous les quatre participent aux dimanches poétiques initiés par Celsmoon ( quoique ... Violette vient de tirer sa référence sous un fallacieux prétexte mathématique :), et qu'ils m'ont fait l'honneur de commenter sur ces pages. Il est arivé que de charmants auteurs et illustrateurs me laissent un mot doux sur ce blog, mais des personnages...je n'osais même pas en rêver ! ( message personnel : Zik, abandonne ce toit, ça me rend folle de savoir que tu grimpes là-haut ! )

Les Blue Cerises seront en dédicace au Salon de Montreuil le vendredi 27 novembre de 18H00 à 20H00 et le lundi 30 de 14H30 à 16H30.

A lire : l'interview de Cécile Roumiguière sur Ricochet

Je reprends ces mots : "Au niveau du format du livre, je voulais un livre qui rentre dans une poche de jeans, et qui coûte moins cher qu'un paquet de cigarettes, que les lecteurs qui les achètent puissent se les échanger aussi, que ce soit des livres vagabonds…"

Voilà pourquoi je vous propose ces quatre livres en livre-voyageur.

( réunis, ils atteignent à peine la dimension d'un livre de poche )

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- De Sigrid Baffert sur ce blog : Ces ouvriers aux dents de lait -


21 octobre 2009

Le bâtard de l'espace - Colin Thibert

511uJkpF7hL__SS500_Imaginez un programme de télé-réalité dans une station orbitale qui tournerait à la catastrophe et verrait confier l'avenir de l'humanité à un couple dont les QI additionnés équivaudraient à celui d'un hamster !

C'est à peu près le sort que nous réserve l'auteur de ce recueil futuriste à l'humour dévastateur. Clonage, trafic d'organes, divorce parents-enfants et voyages dans le temps... Dix récits de science-fiction délirants pour mieux parler de notre époque et nous prédire des jours... bien pires !

- Editions Thierry Magnier - Collection Nouvelles ( dirigée par Mikaël Ollivier )

Dix nouvelles d'anticipation dans ce livre, signées d'un écrivain qui manie un humour féroce ( ce qui n'est pas étonnant quand on sait que Colin Thibert est auteur de romans noirs ). Les thèmes développés sont tous d'actualité : banalisation de l'usage des armes par les jeunes, cloonage, traffic d'organes, dessous sordides des émissions de télé-réalité, le bonheur " écologique et aseptisé "obligatoire après une apocalypse nucléaire...variété des sujets, variété des textes, des contextes - des robots de la science-fiction au voyage dans le passé -  qui traitent tous de la dignité humaine.

Ces récits, le propos, sont efficaces, violents, cruels, pessimistes. Même si pour certains l'épilogue est annoncé et donc diminue l'impact de la chute, ils peuvent choquer les jeunes lecteurs particulièrement sensibles. Leur force vient évidemment de leur format court, mais aussi du choix de l'auteur de mettre en scène des adolescents - mais pas comme des héros au sens positif du terme - et de présenter chacune des histoires comme autant de faits divers. Cette description au quotidien des dérives possibles de notre société ajoute au réalisme, leur donnant une impressionnante dimension émotionnelle.

Un excellent recueil à conseiller à partir de 14 ans -

Extrait de la nouvelle intitulée Rusty

" Après avoir été choyés, adulés et même glorifiés, les animaux domestiques avaient brutalement changé de statut lorsqu'un ministre hypocondriaque avait été mordu par un caniche. En l'espace de quelques années, nos amis à quatre pattes étaient devenus nos ennemis ! On les tenait désormais pour responsables de tous les maux, de toutes les affections respiratoires ou cutanées qui frappaient les enfants et leurs parents dans un monde chaque jour plus aseptisé.

Les campagnes d'information nationales et leurs slogans étaient encore dans tous les mémoires : " un animal à la maison, c'est 100% de risques d'infection ! " - " Vous élevez un animal ? Pas étonnant que vous alliez mal ! " - " Un chien ? deux chats ? Bonjour les dégâts ! ". En dépit de solides appuis politiques, les fabricants de croquettes n'étaient pas parvenus à empêcher un désastre annoncé. Beaucoup avaient fait faillite, les plus malins s'étaient recyclés avec succès dans l'industrie du biscuit apéritif et de la saucisse coktail.

Cédric avait appris, en cours d'histoire, qu'au début du XXIème siècle, une plante avait connu un sort identique à celui des animaux de compagnie. Après avoir été chiquée, prisée et fumée par d'innombrables générations, l'herbe à Nicot avait soudain été honnis, proscrite, vilipendée, accusée de causer toutes sortes de maladie. Aux irréductibles qui s'obstinait encore à goûter en cachette ce plaisir défendu étaient imposés de longs séjours en camp de réeducation...

On en était pas encore là pour les animaux, mais déjà des condamnations sévères avaient été prononcées à l'encontre de trafiquants qui avaient vendu sous le manteau des copies de films interdits tels Rintintin, Croc-Blanc ou Lassie, chien fidèle. "

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19 octobre 2009

Hunger Games - Suzanne Collins

41ru_6RaIOL__SL500_AA240_Peeta et Katniss sont tirés au sort pour participer aux Jeux de la Faim. La règle est simple : 24 candidats pour un seul survivant, le tout sous le feu des caméras ? Dans chaque district de Panem, une société reconstruite sur les ruines des États-Unis, deux adolescents sont choisis pour participer au Jeu de la Faim. La règle est simple : tuer ou se faire tuer. Celui qui remporte l'épreuve, le dernier survivant, assure la prospérité à son district pendant un an. Katniss et Peeta sont les « élus » du district numéro douze. Les voilà catapultés dans un décor violent, semé de pièges, où la nourriture est rationnée et, en plus, ils doivent remporter les votes de ceux qui les observent derrière leur télé... Tout est possible, et surtout tout est faussé au sein du Jeu de la Faim...

- Pocket Jeunesse -

Un excellent roman que celui-ci. Je suis une chroniqueuse heureuse, j'ai la sélection chanceuse en ce moment !

Ce roman me rappelle par bien des qualités Uglies de Scott Westerfeld. Je pourrais d'ailleurs lui appliquer la première phrase que j'avais écrite pour le chroniquer : " Premier volume d'une trilogie plus que prometteuse relevant du récit d’anticipation, celui-ci est aussi intelligent que passionnant, aussi riche en thèmes qu’en aventures ": des thèmes de réflexion contemporains, poussés à leurs extrêmes dans une société futuriste, tels que la télé-réalité, l'esprit de compétition pour devenir riche et célèbre, le prix à payer pour s'adapter à une société qui exige des  "survivants", la puissance et les enjeux du regard des autres, la perte d'identité, de repères culturels, de valeurs morales au profit d'une image, d'un rôle...toujours plus, plus loin, plus fort, pour stimuler l'attention, l'audimat.

Les sujets mêlés de ce roman, développés dans un univers fantastique si cher au lectorat adolescent, interrogent, à travers ses jeunes héros, sur la responsabilité citoyenne, la liberté de penser, ses conséquences, ses engagements.

Si la thématique de la télé-réalité n'est pas nouvelle pour les romans adolescents, Suzanne Collins leur en propose une vision pessimiste et dérangeante bien sentie, propre à aiguiser le sens critique. La critique est directe et explicite.

Sur le principe antique  " Du pain et des jeux ", l'auteur décrit un monde totalitaire doublement cruel : les maîtres en asservissent la population en leur imposant chaque année le sacrifice de deux de ses enfants envoyés dans " l'arène " ( l'auteur s'est inspirée du mythe du Minotaure ), et en mettant en scène ces meutres institutionnels par le biais d'une retransmission télévisée obligatoire : on y retrouve l'exact fonctionnement de ce type d'émissions qui se nourrit du voyeurisme et des sentiments primaires de ses spectateurs : manipulation de la personnalité physique et psychique des candidats à grand renfort d'un conseiller technique, d'un styliste, d'une " responsable des relations publiques " - qui se préoccupe principalement de son plan de carrière - pour les préparer aux parades et interviews, le but étant de susciter l'intérêt, la sympathie de ce public - et des parieurs - et de décrocher ainsi des sponsors prêts à investir de l'argent qui se matérialisera en don - de nourriture, outils, armes, médicaments - lors du " jeu " augmentant ainsi les chances de survie.

Par cet aspect, Hunger Games est plus haletant, plus agressif que Uglies. Le contexte est à la violence, même si celle-ci est parfaitement gérée : pas de gore gratuit et malsain - c'est le système qui est pervers -, pas de scènes trop sanguilolentes, des combats, des blessures, évidemment, mais aussi des alliances, des ruses, des questions, des angoisses, de la peur. La violence de ce roman me paraît bien plus psychologique tant on se sent révolté à cette lecture. C'est effrayant, le lecteur devient un voyeur forcené à son tour, puisqu'il faut bien avouer que le scénario plus qu'efficace empêche d'abandonner ce livre avant son épilogue ( qui, s'il conclut l'histoire, n'en termine pas avec la confrontation des héros à la dictature )

Le récit est captivant, mené avec brio : le rythme est soutenu, la tension et l'émotion omniprésentes, les personnages ont une réelle épaisseur, ils évoluent, il doutent, se découvrent - au lecteur autant qu'à eux-même -, l'univers fantastique suffisamment approfondi pour dépasser son rôle de toile de fond.

Pour le second tome en français, il faudra attendre mai 2010.

Un film est déjà prévu, l'adaptation sera réalisée par l'auteur.

Le site officiel français de Hunger Games ICI -

Les billets de Clarabel, Fashion, celui de Laurence du Biblioblog qui propose en extrait la présentation des Hunger Games.


25 septembre 2009

La Charmeuse de bêtes - Nahoko Uehashi

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- Le livre des Tôda -

Erin a un don : elle parle aux bêtes. Et pas n'importe lesquelles : les ôjû, animaux sacrés, mi-oiseaux mi-créatures. Nul ne peut les maîtriser. Sauf Erin. La mère d'Erin, jugée responsable de la mort des tôda, a été exécutée par les hommes de l'Arhan. Elle doit alors abandonner ce qu'elle a de plus cher. Au bout du voyage, elle trouvera pourtant un bien encore plus précieux : son don.

- Editions Milan Jeunesse -

Ce livre est issu d'une collection particulière : elle ne propose que des romans fantastiques japonais sous un format et un graphisme pour l'illustration des couvertures imitant ceux des mangas.

Avant la parution de celui-ci, les éditions Milan n'éditaient que la série Les douze royaumes dans cette collection, série d'heroic-fantasy que Virginie et moi nous lirons évidemment un jour puisque nous avons toutes deux compulsivement cédé à la tentation de ces petits livres...

La Charmeuse de bêtes s'inscrit donc dans cette tradition et cette culture du récit fantastique que l'on qualifie de Fantasy, dans la mesure où il raconte un monde différent, parallèle, rappelant un Japon médiéval, celui des castes, des esprits, dans lequel la relation à la nature et le respect de son équilibre sont lois sacrées; nature peuplée de créatures fantastiques puissantes, majestueuses, sauvages : les todas, si impressionnants serpents qu'ils en paraissent des dragons; les ôjû, qui ressemblent à des loups ailés, animal divin consacré à la reine.

Ces aspects du roman, ainsi que la mention d'une population nomade accusée de sorcellerie parce que détentrice d'un savoir ancestral sur ces animaux me rappellent l'atmosphère de la série de Lian Hearn Le Clan des Otori. Cependant, la comparaison s'arrête là. La Charmeuse de bêtes relève bien plus clairement de littérature de jeunesse. De plus, le rythme y est plus lent, ce volume présentant tous les éléments caractéristiques d'un premier tome : mise en place de l'univers, de l'intrigue, des enjeux, apparitions des personnages secondaires dont on devine qu'ils joueront un rôle déterminant dans la suite, origine et évolution de l'héroïne, parcours de formation...L'accent est mis sur l'initiation, sur le propos particulièrement humaniste, "écologique " au premier sens du terme et se rapproche des thèmes de prédilection des films d'animation de Hayao Miyazaki, comme le précise d'emblée l'éditeur.

Le résumé de ce tome 1 :

Érin n’a que dix ans lorsque sa mère est sauvagement exécutée sous ses yeux pour avoir failli dans sa charge de soigneuse de Tôda de combat. Désormais orpheline, Érin est recueillie par Jônn le vieux professeur passionné d’apiculture, qui l’élève comme sa propre fille. Au contact de cet ancien soigneur de Ôjû, les animaux royaux, Érin se remet peu à peu de ses blessures ; grâce à l’éducation que Jôn lui prodigue et à ses talents exceptionnels, la fillette se découvre elle aussi une vocation de soigneuse et intègre bientôt l’école qui lui permettra de faire de sa passion un métier. Une passion qui la conduira pourtant au coeur d’un terrible conflit...

Ce Livre des Todas n'est pas un roman épique. A travers la nature, ses règles, ses fonctionnements intimes, l'héroïne découvre le monde, s'interroge, apprend. Sa situation difficile et précaire - orpheline, enfant métisse d'une communauté rejetée - la transforme. Comme hors du monde en compagnie de l'apiculteur Jon, ancien enseignant, elle observe, grandit. Le roman alterne les passages descriptifs sur la nature, le monde des abeilles, les réflexions d'Erin sur les réactions animales avec des chapitres consacrés à des personnages d'importance pour ce royaume divisé entre deux règnes, deux modes et conceptions de vie. Ainsi, nous retrouvons les thématiques chères au genre ainsi qu'aux romans adolescents : quête identitaire d'une héroïne appelée à un destin exceptionnel dans un contexte de lutte de pouvoirs et complots politiques, dénonciation de la violence, respect de la différence et de la vie sous toutes ses formes.

Pas de magie dans cette série, mais des légendes, des codes d'honneurs, des traditions, une présence du sacré tangible qui relèvent d'une touche d'originalité le scénario classique et nourrissent une trame complexe bien menée tout au long de ce volume d'exposition. La lecture est prenante, les développements se révèlent intéressants, le rythme paisible, fluide, de la narration très agréable, équilibré et maîtrisé, tout à fait dans l'esprit du récit. Une série plus que prometteuse.

Je regrette simplement l'épilogue qui n'en est pas un : la fin est abrupte, on s'apprête à tourner la page lorsque l'on découvre un A Suivre décevant, l'impression déplaisante d'interrompre sa lecture au milieu d'une phrase.

La parution du second tome Le livre des Ôju est prévu pour le 15 octobre 9782745933393_couverture_tailleNormale

Le procédé semble de rigueur dans cette collection d'après le témoignage d'une jeune lectrice du premier volume de la série Les Douze Royaumes...

J'ai en effet constaté que les titres de ces séries se divisent en partie appelées Le Livre de..., eux-même souvent en deux tomes qu'il est préférable de se procurer ensemble si l'on préfère éviter de subir le courroux de l'adolescent frustré.

- A partir de 13 ans -

- Une série animée tirée de ce roman est diffusé depuis le début de l'année au Japon -

- Le billet de Bene -


14 septembre 2009

Les étranges soeurs Wilcox - Fabrice Colin

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1. Les vampires de Londres

Londres 1888. Qui sont ces deux orphelines qui s'aventurent la nuit dans les rues mal famées ? Ignorent-elles qu'on peut y rencontrer Jack l'Eventreur ? Que des créatures plus terrifiantes encore, goules et vampires s'y livrent une lutte sans merci ? Mais Amber et Luna Wilcox ne sont pas des jeunes filles comme les autres. Sous leur frêle apparence se cache un terrible secret. C'est pour cela qu'elles ont été choisies. Par qui ? Impossible d'en dire plus. Sinon que la survie de l'empire britannique repose désormais sur les très étrangers soeurs Wilcox...

- Gallimard Jeunesse -

Ce premier tome de cette nouvelle série fantastique signée Fabrice Colin m'a réservé une surprenante déception.

Ce roman n'a rien de commun avec la richesse, la profondeur et la verve de l'excellent roman La Malédiction d'Old Haven, récompensé à juste titre du prix des Imaginales 2008 catégorie jeunesse.

La lecture est plaisante, certes, l'intrigue fouillée et habilement mise en scène, distillant peu à peu les informations entre les nombreuses scènes d'actions au cadre gothique à souhait, mais, que voulez-vous, lorsque je lis un énième roman ado avec vampires dans le Londres fin XIXème en premier tome de série, je deviens difficile. Celui-ci m'a paru extrêmement convenu, sans surprise de récit, de style, ne renouvellant ni le genre, ni la thématique.

Tout y est pour plaire et captiver, et d'une certaine façon, c'est tant mieux, parce que le plaisir de lecture, c'est essentiel : deux orphelines dont le père a mystérieusement disparu découvrent leurs pouvoirs au sein d'une organisation secrète qui combat les vampires depuis plusieurs siècles et dont elles représentent le dernier espoir pour s'opposer aux fatales ambitions d'un certain comte Dracula...

De nombreux personnages se croisent dans ce roman, des héros, des célébrités tenant les seconds rôles : Sherlock Holmes et le docteur Watson, A. Stocker, Jack l'Eventreur...Autant dans La Malédiction d'Old Haven, ce jeu de références était approfondi et ouvrait sur d'autres univers littéraires, autant dans ce roman, ces reprises  me paraissent superficielles, simple enjeu du décor; figures littéraires et historiques en couleur locale de l'Angleterre victorienne sur un thème à la nouvelle mode ado comme label. De nombreuses allusions, certes, à l'histoire de ces " personnages " apparaissent régulièrement dans le récit ( le passé de détective de S.Holmes, les projets d'écriture de B.Stocker, l'arrêt mystérieux des meurtres de Jack L'Eventreur ...), mais elles me semblent bien insignifiantes, ne prenant aucune part réelle au récit. Je m'interroge quant à l'intérêt de leurs présences : comment le lectorat adolescent peut-il s'y retrouver, d'autant que les personnages sont nombreux, l'action rapide, centrée sur l'évolution et les découvertes des soeurs ? Va-t-on vraiment voir sourire une lectrice de 13 ans à la description de la casquette à carreaux de Holmes ?

Peut-être, oui, les jeunes lecteurs se précipiteront sur les oeuvres complètes de C.Doyle et sur la version originale du Dracula après la lecture des aventures de ces Etranges Soeurs Wilcox, peut-être. Je crois plutôt qu'ils attendront impatiemment le second volume !

J'avoue que j'espérais beaucoup mieux sous la plume du talentueux Fabrice Colin.

- A partir de 12 ans -

Comme je me doute que je vais être bien seule avec ma déception, voici les billets enthousiastes de Clarabel et Lael -

Du même auteur sur ce blog : La malédiction d'Old Haven chroniqué ICI


Posté par Emmyne à 16:00 - ROMANS adolescents - Commentaires [18] - Permalien [#]
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09 septembre 2009

No pasaran, le jeu - Christian Lehmann

no_pasaranThierry et Eric n'avaient jamais fait attention à cet insigne sur le blouson de leur copain Andreas, une décoration métallique parmi beaucoup d'autres. Jusqu'au jour où, dans une boutique de jeux, le vendeur avait pointé l'index vers l'insigne. C'était un vieil homme. Il s'était mis à crier, livide. Ensuite, il leur avait donné le jeu. En fait, il leur avait ordonné de jouer. Il n'y avait rien sur la boîte. A l'intérieur, une simple disquette, même pas un CD-Rom. Et pourtant, ce qu'ils voyaient sur l'écran de l'ordinateur ne ressemblait à rien de ce qu'ils auraient osé imaginer. "Choisissez votre mode de jeu", dit la voix. Mais il ne s'agissait pas vraiment d'un jeu. Il s'agissait plutôt d'un passeport pour l'enfer...

- Ecole des Loisirs - Collection Medium -

Un roman incontournable et nécessaire sur l'ascendant des jeux video, celui des mondes virtuels, sur certains adolescents, prétexte à mettre en évidence et dénoncer la guerre, le fascisme, la banalisation de la violence déversée au quotidien par les médias, celle historique, lointaine, sans réalité concrète, ni dimension humaine.

Par cette longue phrase d'introduction, je vous laisse imaginer la densité des thèmes et des références, l'intelligence et l'efficacité de ce roman qui s'inscrit dans le genre fantastique dans la mesure où ce jeu ( No Pasaran en référence à Guernica, à la guerre civile espagnole ) présente des qualités technologiques extraordinaires et semble s'adapter à chacun des joueurs, à leur personnalité, en toute autonomie alors même qu'il n'existe pas, n'affichant aucun octet sur le disque dur de l'ordinateur et réalisant des connexions en réseau sans branchement de modem.

La force du récit tient à son paradoxe : hyper réalisme à travers le virtuel. Le jeu confié par un vieil homme dans une boutique de Londres entraînent les trois héros dans des reconstitutions historiques de batailles dans lesquelles ils sont actifs, se confrontant à l'horreur des conflits en totale immersion - l'expérience ultime, troisième et dernier niveau du jeu - parmi les Poilus sacrifiés, les Brigades Internationales dans l'Espagne de 1937...partout où les peuples se sont déchirés. Peur, dégoût, haine et cruauté, la prise de conscience sera terrifiante et douloureuse, d'autant que l'un des adolescents, Andreas, déjà fasciné par la violence et la mort, adepte forcené du jeu Doom, bascule dans l'idéologie fasciste - en cela déjà préparé par un père raciste et activiste - dans sa logique de destruction, dans l'idéal mortifère de supériorité et puissance par les armes et la terreur qu'il suscite. Prises de conscience au pluriel serait plus juste : des vies humaines face aux stratèges, des combattants sans idéologie s'abandonnant aux pires instincts, du rôle essentiel du passé, de le connaître, de le comprendre, pour l'avenir.

L'atmosphère du récit est oppressante, emplie de questions, de doutes, d'inquiètude; l'univers des jeux video rendu avec un réalisme technique évident - noms des jeux, marques, matériels - donnent justement tout un ton de véracité et de possible à l'histoire. Le malaise est diffus, les thèmes s'entrecroisent à travers les personnages principaux, leurs expériences; thèmes contemporains à travers les personnages secondaires, un frère soldat français en Bosnie, une camarade de classe serbe réfugiée en France.

Aussi magistral que Be Safe de Xavier-Laurent Petit ( chroniqué ICI ), si ce n'est l'épilogue qui m'a paru hâtif et convenu, jouant du moral retournement de situation : Andreas, ayant choisi le rôle d'un SS au cours de la Rafle du Vel d'Hiv lors d'une reprise du jeu, se voit arrêté et déporté avec les familles juives - personnes parmi lesquelles il reconnaît le vieil homme à l'avant-bras tatoué de chiffres de la boutique alors jeune homme d'à peine quinze ans -, confondu pour usurpation d'identité, et donc soupçonné d'avoir une raison de se cacher, puisque seule la police française était active ce matin là.

En extrait : l'attraction des jeux video avec la visite dans le magasin spécialisé :

" Muets de stupeur, Eric, Andreas et Thierry avancèrent comme des automates vers la facade illuminée. Dans la vitrine, les boites de jeu aux couleurs vives, les posters somptueux accrochaient leur regard. Ici, sous le logo MECCHWARRIOR 2, un robot désintégrateur haut comme un immeuble de dix étages émergeait d'un océan de flammes et d'explosions. Là, un guerrier du chaos vêtu d'un simple pagne, le corps zébré de griffures sanglantes, fendait d'un revers d'épée à deux mains les crânes difformes d'une demi-douzaine d'orcs aux gueules luisantes de bave. Ici encore, deux adorables créatures loufoques à chevelure verte, animées par un ressort invisible, montaient et descendaient la vitrine, agrippées à un parapluie multicolore.

- C'est trop géant... gémit Andreas d'une voix d'enfant. En général, c'est à ce moment-là que je me réveille.

Ce n'était pas un rêve. La poignée était solide, résista même une seconde. Eric poussa de tout son poids, et la porte céda enfin. Il reconnut l'odeur de la boutique, inexplicablement. L'odeur des matins de Noël, des emballages en cellophane luisant sous le papier cadeau déchiré, des paquets ouverts exhalant le propre et le neuf, l'inconnu. Ils restèrent groupés sur le seuil un instant, comme hésitant à rompre la magie de l'endroit. Puis se séparèrent, timidement. Thierry ôta sa casquette, son écharpe. Du coin de l'oeil, Eric le vit faire, songea que c'était probablement à cause de la chaleur. L'effet évoquait plus sûrement un croyant pénétrant dans une église. Il se concentra sur l'étalage devant lui, leva lentement la main vers une boite de jeu, repoussant l'instant du contact. C'est idiot, songea-t-il, ce ne sont que des jeux sur ordinateur, pas le Sacré Graal...mais cette pensée ne fit que traverser son esprit, et il glissa la boite hors de son logement avec précaution, presque avec révérence. A l'intérieur de la boutique, le temps alors n'eut plus cours."

- A partir de 13 ans -

Christian Lehmann a signé une suite intitulée Andreas, le retour : la chronique sur Ricochet


01 septembre 2009

Wonderlandz - Jean-Luc Bizien

51SWT3GygFL__SS500_" Dehors, la nuit est opaque. Il fait froid, c'est idéal pour voler au-dessus des immeubles : les Parisiens engoncés dans leurs manteaux pressent le pas, il s'en trouve peu pour flâner le nez en l'air. J'éclate de rire, je me transforme et je m'envole. Le vent glacial chante dans le cuir de mes ailes. Je vais retrouver celui qui a essayé de m'avoir, je vais lui faire payer tout ça. Ça devrait m'occuper un moment. Tout ça tombe très bien ! Je manquais d'exercice, ces derniers temps... "

Malgré les apparences, Wayne est un dragon. Son plaisir : l'odeur de peur que les humains sécrètent avant la mort. Sa loi : ne jamais se révéler à eux. À moins de s'assurer de leur totale adhésion... ou d'un silence définitif. Pour traverser les millénaires, il se nourrit de l'imaginaire des écrivains.

- Editions Archipel - Collection Archimaginaire -

Ce roman est foisonnant, il revisite le mythe du dragon faisant la part belle à l'imaginaire et à la création littéraire.

Il nous révèle que les dragons ont toujours existé, qu'ils se nourissent des rêves humains qui leur fournissent force vitale et pouvoirs. Guerriers du fond des âges, ils prennent parfois l'apparence humaine pour survivre. Leur but : rencontrer un humain créatif, s'introduire dans son monde onirique, en repousser les frontières. Ils recherchent donc particulièrement les auteurs de romans fantastiques, ultimes créateurs d'univers complexes leur accordant réalité, de préférence l'esprit ouvert mais résistant, avides de découvertes. Le dragon dévoile alors son existence à l'artiste, explorant son monde intérieur, l'enrichissant, s'en nourrissant. Cette collaboration se veut exceptionnelle, elle est parfois fatale.

Malgré les apparences, ce roman est un concentré d'actions, de combats, certaines scènes sont sanguinolentes. La violence du dragon, son âme guerrière, son mépris millénaire pour les humains en font une créature terrifiante, dangereuse. Seuls l'intéressent les rêves dont sa survie et sa puissance dépendent. Dans Wonderlandz, le dragon Wayne s'attache à Sarah, jeune auteur de roman policier frustrée de ne parvenir à écrire un vrai roman de fantasy, de ceux qui l'ont faite rêver adolescente. Elle est la proie désignée, Wayne ayant été séparé par la mort de l'écrivain avec lequel il entretenait une plus que satisfaisante " amitié ". Ses forces s'amenuisent, il est poursuivi par un noir et cruel rival. Sarah, terriblement attirée par ces territoires fantastiques qui s'ouvrent à elle, par sa crainte de sombrer dans la folie, par ce guide inquiétant et tourmenté, devient l'enjeu de la haine. Trop souvent le rêve devient cauchemar.

Evidemment, le titre interpelle par sa référence évidente à l'oeuvre de Lewis Carrol. Dans ce roman, l'univers d'Alice au pays des merveilles est celui crée par Wayne en voyage dans le monde onirique du célèbre écrivain ( on y retrouve aussi les Snark, hybrides issus d'un jeu de mot avec snake-serpent et shark-requin, créés pour un poème ). De nombreuses scènes s'y déroulent, racontant le passé du dragon. Il est donc l'univers de référence à double titre, Wayne s'y ressourçant, cherchant encore et toujours à revoir Alice, femme et non enfant dans son pays rêvé.

Ce roman est celui d'un duel, d'un amour perdu, il est celui de la puissance des rêves, celui de belles pages sur la métamorphose des dragons. Il mêle les genres, un rythme de thriller et des scènes typiques d'heroic-fantasy s'ajoutent à la dimension fantastique, alors qu'il se joue du monde, réaliste celui-ci, des écrivains, de l'édition.

Mais surtout ce roman diffère radicalement de la production éditoriale actuelle quant aux romans fantastiques pour adolescents : pas de quête identitaire, pas de héros prédestiné à sauver le monde. Les protagonistes sont adultes, inutile de chercher de personnages incarnant des valeurs positives. Le narrateur étant Wayne le dragon lui-même, le récit n'accorde aucun répit, aucune concession, il est particulièrement prenant. Certainement un effet du regard hypnotique du dragon sur les humains...

Cette différence tient au fait que ce livre n'a pas été écrit pour une parution en littérature de jeunesse. Ce roman est l'édition revue et corrigée adaptée à ce nouveau lectorat ( avec bonus de couverture en relief...) de la publication originale parue aux éditions du Masque en 2002, version qui fut récompensée par le prix Fantastic'Arts ( attribué lors du festival du roman fantastique de Gérardmer ).

Jean-Luc Bizien est créateur de jeux de rôle et un auteur prolixe, signant des romans policiers, des albums autour de Féerie, de romans jeunesse fantastiques ( la trilogie des Empereurs- Mages ) ainsi qu'une quinzaine de titres pour enfants dans la collection de livres jeux Vivez l'aventure aux éditions Gründ ( Le paquebot aux 100 suspects, le monastère aux 100 démons, La pyramide au 100 mystères...)

Wonderlandz est parfaitement recommandable à partir de 14 ans.

- Une interview de Jean-Luc Bizien ICI -

Sur Mes Imaginaires de SBM, deux livres jeunesse de JL Bizien chroniqués :

- le roman Les mines de Lang-Dülun

- L'album Dragons et autres maîtres du rêve  ( sur lequel je partage l'avis de SBM, ce qui explique que je ne l'ai jamais présenté malgré ma folle passion que je vous avoue là pour Féerie en général et les dragons en particulier )


27 août 2009

[Mu] Le feu sacré de la Terre - David Klass

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La Trilogie du Gardien - Tome 1

La mort est sur mes talons. Je me sens constamment épié, traqué, pisté, par un ennemi invisible et inconnu, par une armée des ombres sans visage et sans nom. Faire confiance à personne...

Dans le premier Livre de la Trilogie du Gardien, David Klass crée un univers époustouflant, où les apparences sont trompeuses et mortelles. [Mu] Le feu sacré de la Terre est une électrisante aventure de survie hantée par les questions de l'identité et de l'écologie.

- Editions Intervista -

Sur une intrigue plus que déjà lue - un adolescent désigné par une prophétie, destiné à vaincre les forces obscures et sauver le monde - ce premier tome dépasse heureusement la thématique de la quête identitaire et du récit d'apprentissage, entre roman d'aventure et fantastique, pour présenter un roman écologique engagé .

Jack, jeune héros, sportif, brillant, lâchement tourmenté par ses hormones, apprend un soir, en catastrophe, qu'il n'est pas ce qu'il croit être, à savoir un adolescent américain sans histoire souriant à la vie. Il est pourchassé par des êtres effrayants et étranges car il est l'héritier, l'étincelle d'espoir, celui qui peut empêcher la destruction du monde qui s'achemine vers le suicide environnemental, en retrouvant Mu.

Qu'est-ce que Mu ? De qui Jack est-il l'héritier ? D'où vient-il ?

Les informations sont distillées chapitre après chapitre au jeune héros malmené - à ses lecteurs - faisant la part belle à l'action. Relatant une traque, le rythme se veut frénétique servi par une narration efficace de phrases courtes, un héros narrateur qui donne d'autant plus vie et dynamique au récit, du suspens, un ton résolument humoristique mais sans finesse, pour une histoire haletant de course-poursuite et combats.

Premier volume d'une trilogie, se met en place dans ce roman l'intrigue et le contexte, apparaissent chacun leur tour les personnages secondaires, dont un hilarant chien intellectuel et télépathe, prétentieux et poltron nommé Gisco, le Haut-Canin, et Eko la ninja-girl...( complètement ninja girl selon les critères et fantasmes contemporains ! ). Le lecteur assiste à la période de formation de Jack, à la découverte de ses origines et de sa mission. La dimension fantastique développée s'appuie sur les voyages dans le temps : l'auteur imagine des personnes du futur revenant à notre époque, point crucial dans l'avenir écologique de la planète, pour tenter de réparer les erreurs du passé, contre les ambitions d'autres, constituant une Armée des Ombres regroupant aussi bien humains que cyborgs et créatures modifiées génétiquement, tirant profit des conditions de vie dans un environnement naturel sacrifié.

Agréablement surprise par cette lecture, qui, certes, reprend toutes les ficelles attendues pour plaire au lectorat adolescent, mais pas vraiment convaincue -  les romans à vocation écologique pullulant en littérature de jeunesse actuellement, il convient d'être de plus en plus sélectif - j'avoue avoir été intéressée par la formule sans être séduite. Je reste toutefois curieuse du second volume intitulé [Zêta] le souffle du ciel, dénonçant la déforestation, [Mu] le feu sacré de la terre témoignant du pillage barbare des fonds marins. A suivre.

Le troisième tome est prévu pour novembre 2009 :  [Phi] la clé du temps

Un extrait :

" Joyeux Halloween. Heure spectrale. Juste avant l'aube. Lune jaune, comme un sourire de farfadet émergeant de la brume. Campagne virginienne, sombre et silencieuse. Trolls en herbe, apprenties sorcières et nains facétieux sont encore dans leurs petits lits douillets. Pas besoin de masque cette année. J'ai quelque chose de mieux. Bouh ! Je viens du futur. Bouh, Homo-chauve-souris. Bouh, chiens télépathes. Tu veux vraiment avoir les foies ? Bouh ! Gorms et écorchage neural. "

- A partir de 14 ans -

- Prix des Incorruptibles 2009 classes de 3ème/2nde

( la liste des livres gagnants du prix dans les autres catégories ICI )

- Le billet de SBM que je remercie pour le prêt, celui de Saxaoul -

18 août 2009

Divergences 001 - présenté par Alain Grousset

51V8v7FCqPL__SS500_Eté 1945. Plusieurs missiles sont propulsés depuis l'Allemagne. Face à Hitler, le gouvernement des Etats-Unis finit par capituler. New York, 1963. En sortant du restaurant, ils firent un tour sur les quais. Depuis le ponton, on distinguait la statue plantée dans la baie de New York. Miss Liberty avait laissé place à une gigantesque Walkyrie casquée, portant glaive et bouclier, conçue par l'architecte du Reich. Rod porta son regard sur un zeppelin qui flottait avec paresse au-dessus des buildings. La ville était puissante et calme, à l'image du régime.

Et si Noé n'avait pas été le seul homme à survivre au Déluge ? Et si Hitler avait gagné la Seconde guerre mondiale ? Autant de questions qui nous montrent que l'Histoire n'est pas figée, qu'il suffit d'un moment, d'une divergence, pour changer le cours du Temps. Neuf grands auteurs de science-fiction ont accepté, l'instant d'une nouvelle, de devenir les maîtres du Temps.

- Flammarion - Collection Ukronie -

Ce livre est une anthologie, la première sur le genre de l'uchronie, la première d'une nouvelle collection des éditions Flammarion.

Alain Grousset a réuni dans cet ouvrage neuf nouvelles inédites d'auteurs français, plus une d'un écrivain anglais. Pour rappel, une uchronie désigne un texte qui reécrit le passé en changeant un postulat de départ : " un temps imaginaire, une autre Histoire que celle que nous connaissons ", le fameux ET SI...appelé point de divergence qui transforme notre société en ce qu'elle aurait pu devenir. Ainsi l'ukronie mêle récit historique et science-fiction. Et comme l'écrit Alain Grousset en préface , ce genre représente  " un moyen sensationnel pour que les jeunes se passionnent pour l'Histoire. " Je modère tout de même son propos en soulignant qu'il nécessite un minimum de connaissances historiques pour en apprécier la lecture, la " divergence ".

Les nouvelles sont présentées par ordre chronologique historique, chacune sa période, sa thématique. Comme pour tous recueils de nouvelles, le lecteur préfèrera certains textes à d'autres, selon sa sensibilité et ses " intérêts historiques "

Pour ma part, j'avoue avoir préféré celle de Pierre Pelot revisitant l'évolution du monde chrétien en modifiant l'histoire de l'Arche de Noé ( Après le Déluge ), et celle de Fabrice Colin reécrivant le destin de Cléopatre, bouleversant ainsi toute l'histoire et les relations de l'Europe et de l'Afrique ( Le serpent qui changea le monde ) - ce qui n'a rien d'étonnant à la lecture des noms des auteurs -. Toutefois, l'ensemble du recueil est intéressant du fait de sa variété.

En postface, Eric B. Henriet, considéré comme le spécialiste de l'uchronie en France, livre une présentation du genre ainsi qu'une bibliographie permettant de poursuivre la lecture par des romans si la découverte a été motivante.

Divergences 001 est bien un ouvrage d'introduction, le choix de l'anthologie offre des textes courts et différents qui se lisent sans difficulté tout en présentant de nombreuses informations sur cet aspect de la science-fiction.

- Le billet d'Edelwe qui présente chacune des nouvelles -

Sur ce blog :

- un autre recueil de nouvelles de science-fiction proposées par Alain Grousset : Dix façons d'assassiner la planète

- son roman : La guerre des livres


Posté par Emmyne à 10:30 - ROMANS adolescents - Commentaires [8] - Permalien [#]
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