A LIRE AU PAYS DES MERVEILLES - littérature jeunesse -

Littérature jeunesse. Choisir un livre pour enfant, une sélection de livres jeunesse.

09 décembre 2009

Canoë Bay - Patrick Prugne & Tiburce Oger

51P0F6MmD9L__SL500_AA240_Jack, un jeune orphelin acadien, se retrouve enrôlé de force par la marine marchande britannique. Il est, parmi des milliers, une victime du “Grand dérangement”, épisode douloureux de l’histoire américaine, au cours duquel les anglais déportèrent les habitants de l’Acadie vers leurs colonies de la côte Atlantique. Canoë Bay retrace l’histoire de cet enfant soumis au terribles conditions de la vie sur le “Virginia”, dont l’équipage, composé d’anciens bagnards emmenés par le bien nommé “Lucky Roberts”, se mutine bientôt. Devenus pirates, Jack et les siens devront apprendre à se méfier des Anglais, des Français, et de quelques “faux” frères de la côte...

- Editions Daniel Maghen -

Un très beau livre, une réussite graphique.

Canoë Bay est une bande-dessinée historique relatant le Nouveau Monde du XVIIIème siècle, un récit d'aventure qui n'est pas sans rappeler les atmosphères du roman de Stevenson L'île au trésor avec son personnage de pirate énigmatique et charismatique, son périple d'un garçon en quête de fortune et d'identité, lui-même narrateur, les références à Anne Bonny et Jack Rackman. Le scénario déroule les tribulations amérindiennes en plein conflit franco-anglais du jeune Jack entraînant le lecteur à travers un Canada encore sauvage, soulignant les réalités historiques, l'esclavage, la dureté des conditions de vie, les absurdités de cette guerre de colons.

Comme désignant des chapitres lors de changements de lieu ou de période de l'année, quelques pages aux planches sans texte dégagent et racontent à elles seules l'ambiance et l'époque de l'histoire, du pays.

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Parce que justement, il s'agit d'un album d'atmosphère servi magistralement par la qualité du travail d'illustration de Patrick Prugne : alternance des perspectives, beauté des aquarelles, minutie du trait à chaque vignette, soucis du détail ( la représentation des navires, des costumes, est impressionnante ), fondu de couleurs sublimant les paysages, jeux d'ombres et de lumières dévoilant de subtiles variations de tons sur la mer, le ciel, la végétation.

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Cette magnifique bande-dessinée - d'un généreux format, ce qui ajoute à son charme - se clôt en beauté par un carnet plus qu'intéresant, à la façon d'un artbook, dans lequel nous découvrons les croquis annotés, les recherches de Patrick Prugne sur les couleurs, les visages, l'allure des Indiens, les mises en scène, ses réflexions sur l'accompagnement de l'histoire par l'image, ainsi que quelques scènes pleine page. 

Preuve de son talent, j'ai retrouvé dans ses notes mon exact ressenti à la lecture de Canoë Bay :

- " Chaque cadrage doit dégager quelque chose " -

- " L'important  est d'abord de transcrire l'ambiance " -

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Patrick Prugne est le dessinateur de la bande-dessinée en trois parties : L'Auberge du bout du Monde - ( publiée aussi en intégrale )

- Le billet de Laetitia La Liseuse , celui de Mariel. -

CANOË BAY en partenariat avec ACTION CONTRE LA FAIM :
Pour chaque exemplaire de CANOË BAY vendu, 0,40 € seront reversés à Action Contre la Faim.

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24 novembre 2009

Sur les traces de Dracula - Yves H.

- 51uTgGUEHYL__SL500_AA240_L'intégrale et le guide -

Vous êtes un mordu de Dracula ? La vie tumultueuse de Vlad l'Empaleur, l'âme tourmentée de Bram Stoker et la terre de superstitions qu'est la Roumanie vous intriguent ? Les trois aventures signées Yves H. et mises en images par Hermann, Dany et Séra vous emmènent aux confins de l'histoire et de la légende, là même où est né le mythe. Chacune d'entre elles est prolongée par une postface originale, enluminée par des œuvres inédites des trois artistes. A la fin de l'ouvrage, un guide documenté et magnifiquement illustré vous convie à un voyage à l'intérieur du mythe, depuis les forêts profondes de la Transylvanie jusqu'aux cimetières de la Nouvelle-Angleterre, en passant par les brumes de l'Ecosse.

- Casterman -

Le triptyque d'Yves H. consacré au mythe de Dracula est enfin réuni dans une intégrale en version augmentée. A la trilogie parue en 2006 s'ajoute des postfaces documentaires illustrées à la suite de chacun des albums ainsi qu'un guide historique et géographique d'une centaine de pages invitant au voyage sur le thème, alternant textes, cartes, photographies et dessins avec références de sites et adresses à la façon d'un livret touristique.

Trois albums, trois aspects du mythe, du personnage, trois dessinateurs autour du scénariste Yves H. :

Le premier album s'intitule Vlad L'Empaleur mis en images par Hermann. Il s'agit d'une BD historique, aux planches de crayon et d'aquarelle fouillées, relatant le destin de violence au XVème siècle du prince sans couronne de Valachie Vlad Dracul, celui que l'on surnomme le fils du dragon. Le dessinateur nous plonge dans une épopée médiévale cruelle et sanglante, une reconstitution guerrière à l'atmosphère sombre, celle d'une terre maudite en ces périodes de lutte territoriale et religieuse entre l'empereur germanique et le sultan turc durant lesquelles Vlad fit régner la terreur sur son peuple.

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Le second album, intitulé Bram Stocker mis en images par Séra, propose une lecture biographique du roman à l'origine du mythe littéraire du vampire - citant le texte original -, racontant la vie tourmentée de l'auteur avec un graphisme sombre et gothique, des pages sur fond noir toutes en jeu de lumière, en camaïeu de gris ponctué d'éclats de rouge.

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Le troisième album s'intitule Transylvania mis en images par Dany, au trait typique de la BD franco-belge, se déroulant à l'époque contemporaine, très classique pour la trame et la représentation en évocation des clichés du mythe, ce qui peut paraître un paradoxe de l'intrigue : un dessinateur se rend jusqu'en Roumanie, sur les lieux même consacrés à Dracula, afin de retrouver l'inspiration, renouveller la figure du vampire; une quête et des rencontres entre mystères occultes et érotisme, entre rêve et réalité.

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Trois époques, trois genres, trois univers graphiques réunis autour d'un mythe, telle est l'originalité de cette série, l'intérêt de sa version en intégrale.

- Sur le site Casterman : une interview de Séra - une interview de Dany -

- Le mini-site pour poursuivre le voyage ICI -

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02 novembre 2009

Billy Brouillard, le don de trouble vue - Guillaume Bianco

61lhLnsRfgL__SS500_Contrairement à beaucoup d’enfants, Billy voit moins bien avec ses lunettes. Sans elles, il est capable d’observer des choses qu’il est le seul à percevoir : des monstres au fond de son jardin ou des princesses dans des flaques d’eau. Quand Tarzan son chat, meurt, Billy part en voyage dans le bizarre pour retrouver son fantôme. En chemin, il nous conte des poèmes et des légendes de créatures un peu crado.

- Soleil Productions -

- Collection Métamorphose -

Je suis extrêmement perplexe avec la sélection 2009 de la catégorie Album pour le  prix Tam-Tam. D'autant plus perplexe que le prix Tam-Tam est l'un des prix de littérature jeunesse ( organisé par le Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil ) dont le jury est exclusivement composé d'enfants, en partenariat avec Bayard Presse ( information, sélection et bulletins de votes dans ses magazines jeunesse ).

A qui s'adresse cet album ?

Deux libraires consultés, deux classements : l'un côté adulte ( pour le thème, la collection, le prix ), l'autre au rayon jeunesse ( pour l'atmosphère et le héros enfantin ). Evidemment, une fois de plus, on en appelle aux ambiances en vogue rappelant celles des poèmes illustrées de Tim Burton, mais je n'y ai pas retrouvé la finesse, la tendresse et l'humour qui se révèlent dans ses films L'Etrange Noël de Monsieur Jack et Les Noces Funèbres. Et puis, j'avoue, j'ai du mal avec les images de vers grouillants et les dessins de fillettes un couteau en travers du corps. L'univers mis en scène par Guillaume Bianco est morbide. Triste. Si j'avais lu ce livre à l'âge requis par le prix Tam-Tam ( à partir de 9 ans ), j'aurais ressenti un réel malaise, du dégoût aussi. Alors ? Décalage générationnel de sensibilité et d'humour ? Je crois surtout que cet album ne s'adresse absolument pas aux enfants malgré les apparences, plutôt aux adolescents amateurs du genre noir et gothique ( d'ailleurs, un second volume est annoncé pour fin novembre ).

Inclassable, relevant plus de la BD, il présente plus de 140 pages d'une densité impressionnante. Sur le thème de la mort s'alternent des histoires courtes, certaines aux allures de contes, des extraits du journal La Gazette du Bizarre, des planches sur des êtres étranges ou des bestioles peu ragoutantes, une lettre au Père Noël, des poésies...Pas la moindre de couleur, le dégradé de gris d'un crayonné. Le choix de ce graphisme froid n'en facilite pas la lecture, il témoigne de l'univers sombre et surnaturel.

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Fantasmagorique, quelque peu satirique, mais émouvant aussi, cet album hésite entre le cabinet de curiosité et la galerie des horreurs. Le personnage de Billy est touchant, avec ses cauchemars et ses fantômes, dans sa quête pour comprendre la mort, ce garnement qui s'imagine voir un monde parallèle peuplé de revenants et de monstres. Il ne pose pas seulement des questions sur la mort, mais aussi sur la vie, la solitude, la peur, le pouvoir de l'imagination. Des poèmes et les pages de La Gazette du Bizarre apportent un peu de légèreté et beaucoup d'humour à ces angoisses enfantines macabres.

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"J'aime la solitude et la nuit, la pluie et la mélancolie. Mais la mort me fait peur. Pourquoi m'a-t-elle pris Tarzan ? Pourquoi m'a-t-elle pris mon chat ? Qui est-elle exactement ? Où nous emmène-t-elle le moment venu ? Ce soir, je percerai son secret, ce soir je retrouverai Tarzan. Je m'appelle Billy Brouillard. J'ai un super pouvoir, une sorte de don. Le don de trouble vue ."

Un album de qualité, certes, fascinant, d'une réelle profondeur, mais perturbant pour de trop jeunes et/ou trop sensibles lecteurs non préparés au thème ou à la lecture de ce type d'illustrations.

- Le billet de VanessaV -

Les trois autres titres de la sélection pour le Prix Tam-Tam catégorie Album confirment que la sélection s'adresse aux adolescents :

- Negrinha -

de Jean-Christophe Camus et Olivier Tallec

- Chroniqué ICI -

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- Rêves de robot -

de Sara Varon

( une BD sans texte sur les rêves et les sentiments d'un robot abandonné )

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- La fille du savant fou, l'équation inconnue ( tome 3 )

de Mathieu Sapin

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12 octobre 2009

Fleurs de fées - Ylric., Maëva et Marine Bourrat

51VS_2BcBHzFL__SS500_" Les fées sont de ravissantes créatures magiques, veillant sur toute chose, et sur tous les êtres vivants... Nous ne pouvons voir les fées que si nous croyions en leur existence, et très peu d'entre nous y croient encore. Elles continuent malgré tout de nous aider en secret. Voici l'histoire de l'une d'elles, qui n'était pas comme les autres... "

- Editions Clair de Lune - Collection Sortilèges -

Dans cette bande-dessinée, les illustrations de Maëva font rêver. Les portraits des fées sont somptueux, réalisés avec finesse, toutes de volutes de draperies et de boucles.

C'est cependant la seule qualité remarquable de ce " conte de fées ". La mise en couleur n'a pas la délicatesse du trait,  le scénario est simple et rapide, livrant une histoire bien jolie, certes, mais sans surprise, l'histoire touchante d'une " bonne " fée née la nuit, différente, rejetée, qui se sacrifie à la survie d'un village pour l'amour de deux enfants orphelins qui croient en elle.

Dans cette légende, les fées présentent bien des attributs du peuple des elfes, leurs physiques de sylphide, leurs mode de vie et valeurs écologiques. Elles naissent dans les arbres, leur magie dépend de la lumière du soleil, agit sur la nature, favorisant la croissance des plantes, apaisant les esprits.

Une belle BD sans prétention pleine de bons sentiments qui ne s'adresse pas au lectorat adulte comme le suggère pourtant l'éditeur. Elle me paraît plutôt destinée aux lectrices de la série La Rose Ecarlate de Patricia Lyfong, à savoir les jeunes adolescentes qui auront un plaisir évident à se laisser émerveiller.

Il est possible de voir des pages de cette BD illustrée par Maëva sur son site ICI


24 mars 2009

Humphrey Dumbar le croquemitaine & Jimmy l'apprenti croquemitaine - E.Civiello

51mO2u16wEL__SS500_Humphrey Dumbar est un croquemitaine extrêmement zélé. Chaque nuit, il choisit les enfants qu'il tourmente de manière aussi efficace que son métier l'exige. Une fois encore, il jette son dévolu sur l'orphelinat de miss Doloby. Mais ce soir-là, le jeune Jimmy en a marre. Il décide d'agir et se cache dans le chaudron du vilain bonhomme. Sans le savoir, Humphrey Dumbar repart chez lui en compagnie de l'intrépide garçon. Un voyage au pays merveilleux qui va bouleverser leurs destinées...

- Delcourt Jeunesse -

J'aime les contes, j'ai craqué pour cette BD, résolument jeunesse, pour le scénario, les dessins, les couleurs de E.Civiello. Un coup coeur, sans aucun doute.

E.Civiello met son talent de dessinateur au service des jeunes lecteurs, mettant en scène le monde merveilleux, un monde magique et fascinant, jouant avec la peur sans générer la moindre angoisse.

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Car il nous parle de la peur, de cet affreux croquemitaine qui se réjouie de tourmenter les enfants la nuit, reveillant les cauchemars et faisant sortir de sous les lits les horribles créatures qui mordillent les orteils.

Civiello nous raconte l'aventure d'un courageux petit Jimmy qui s'oppose au croquemitaine, essayant de se faire passer pour la voix de sa conscience, l'incitant à ne plus effrayer les enfants, ou alors seulement ceux qui sont méchants. Mais la situation n'est pas si simple. En détournant Humphrey Dumbar de son rôle, il bouleverse l'ordre universel de l'enfance, celui des contes où chacun doit assumer son rôle, si ingrat soit-il. Pour grandir, il faut surmonter ses peurs.

Le récit est court, comme un épisode. La fin paraîtra abrupte et convenue aux adultes que nous sommes, mais elle inscrit le récit dans le conte, rassurante par son happy end, sa morale sous-jacente.

De la tendresse et de l'humour dans le trait épuré, adapté au jeune lectorat, soigneusement travaillé quant aux expressions des visages; des couleurs profondes qui livrent déjà toute une atmosphère, un relief étonnant aux personnages, aux décors. Cette lecture est une initiation à la BD, elle n'a rien de linéaire : Civiello multiplie les perspectives, les dimensions des planches, rythmant ainsi le récit sans recours au texte qui se veut succint, limité aux bulles de paroles.

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J'ai adoré ces pages, le haut de forme tordu d'Humphrey, la citrouille bavarde, les portraits d'enfants, celles présentant les êtres magiques - Père Noël, vieille sorcière et marchants de sable - en colloque dans la forêt enneigée, chacun assis sur un champignon.

A l'épilogue, Jimmy propose au croquemitaine, qu'il est parvenu à dégoûter de sa fonction d'affreux nocturne, de le remplacer :

" A partir de ce jour, Humphrey réalisa son rêve...Entouré de dizaines d'enfants, il leur racontait des histoires où les gens étaient gentils et drôles. Tout naturellement, les enfants lui offrirent leur joie, leurs rires et leur amour...

Quant au petit Jimmy, grâce aux bonx conseils d'Humphrey, les rues, les ruelles, les maisons et les chambres d'enfants furent à nouveau remplies de cris de frayeur et de peur.

Un nouveau croquemitaine était à l'oeuvre et il n'effrayait que les enfants méchants ! "

Une très jolie histoire d'une belle qualité graphique en hommage à l'enfance, une fantaisie en féerie.

Une histoire qui peut se suffire à elle-même, mais comment résister au second volume ?

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Les journées au Pays magique sont remplies de jeux et de fous rires mais pour le petit Jimmy, l'heure de la formation a sonné. En effet, devenir croquemitaine n'est pas chose aisée, d'autres avant lui s'y sont cassés les dents ! Jimmy aura-t-il assez de confiance et de courage pour réussir les terribles épreuves ? Et succéder ainsi à son grand ami Humphrey Dumbar dans le rôle du croquemitaine...

Dans cette BD, Civiello se fait plus émouvant, approfondissant son thème, puisque cette fois, c'est Jimmy qui doit affronter sa plus grande peur, celle qu'il refuse de s'avouer, celle qu'il doit apprendre à nommer, connaître et maîtriser.

Jimmy raconte ce voyage initiatique avec toujours beaucoup de tendresse sur les pages et ce drôle d'apprentissage ouvre sur le rôle de l'imagination. D'aussi belle composition graphique que le premier volume, celui-ci est peut-être moins remarquable dans la mesure où il s'échappe du conte pour rejoindre le récit d'aventure, plus impertinent aussi, ce qui n'est absolument pas une déception.

- A partir de 8 ans - 


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07 mars 2009

Negrinha - Jean-Christophe Camus & Olivier Tallec

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Rio de Janeiro, 1953. Maria, métis de 13 ans, est élevée comme une jeune bourgeoise blanche
de Copacabana. Or sa mère, qu’on prend pour sa bonne, est noire, analphabète, femme de ménage… Et prête à tous les sacrifices pour que sa fille ne vive pas l’injustice de la négritude. Mais on n’échappe pas si facilement à sa condition. La vie de Maria est bouleversée quand un jour elle pénètre dans la favela où vit le reste de sa famille
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- Editions Gallimard - Collection Bayou -

Mon regard a d'abord été attiré par les couleurs chaudes de la couverture et le nom d' Olivier Tallec. Je ne savais pas que cet illustrateur jeunesse ( célèbre pour la série Rita et Machin ) était aussi dessinateur de BD. Et pour cause, il s'agit de sa première réalisation dans ce domaine.

L'auteur de ce récit, le franco-brésilien Jean-Christophe Camus, nous raconte une histoire inspirée de celle de sa famille. Une histoire émouvante, une histoire qui fera voyager et réfléchir les adolescents.

Cette rencontre entre deux mondes, quand la couleur de peau suffit à séparer et inscrire dans une classe sociale, est racontée simplement, comme une chronique de vie quotidienne et pourtant ce récit est foisonnant. De nombreux aspects de la thématique sont développées, et ce à travers les différents personnages, autant adultes qu'adolescents, de cette BD. La thématique en elle-même n'est pas vraiment le racisme même s'il fait partie du sujet, il s'agit plutôt ici d'intégration, d'évolution de mentalités et d'acceptation des origines multiethniques et multiculturelles donc d'une société.

Le récit n'a rien de pesant, de didactique. Au contraire, il montre, c'est tout et c'est fort.

J'ai été particulièrement émue par le personnage de la mère, Dona Olinda, qui sacrifie ses origines, son histoire, pour que sa fille vive du bon côté de la ville, celui des beaux quartiers pas des favelas, elle qui est née avec " la chance " d'avoir la peau claire. Sa fille est une morena, une brunette, pas une negrinha, littéralement une petite négresse. Et sa maman entend bien qu'elle profite des avantages de ce hasard de naissance. Ce n'est pas tant les sacrifices financiers permanents de la mère qui m'ont interpellée ou le fait qu'elle soit prête à se faire passer pour la nounou de sa fille pour la préserver des regards méprisants, mais sa farouche volonté que son enfant ne subisse pas une vie tracée et gâchée par ses ascendances d'esclave au mépris de sa propre famille, de ses revendications, de sa dignité, se faisant ainsi complice elle-même de ce système colonialiste. Faudrait-il la condamner ? Parfaitement consciente de ses choix et de leurs implications, de nombreuses planches présentent cette femme à genou, priant discrètement pour que ceux de son coeur soient protégés, pour que soit pardonné son attitude, pour qu'il n'arrive rien, par exemple, au petit vendeur des rues, alors qu'elle interdit à sa fille de le fréquenter. Ce sont ces scènes là qui m'ont convaincue et bouleversée.

Sur cette double page, on voit en parallèle Dona Olinda effectuer le ménage chez une famille privilégiée tandis que sa fille assiste à un cours de danse dans lequel elle côtoie des jeunes filles issues du milieu de la famille qui emploie sa mère.

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Mais cette BD, ce n'est pas seulement l'injustice, c'est aussi et surtout le Brésil, ses couleurs, ses musiques, ses danses, ses gourmandises, sa religion, sa chaleur, ses mots qui ponctuent le récit ( au point qu'une double page finale présente un lexique, mais tous ces mots ou expressions ne gènent pas la lecture, au contraire )

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Et je vous avoue que c'est avec surprise que j'ai tourné la dernière page, un peu frustrée. Il y avait encore tant à raconter. C'est pourquoi j'ai débuté ce billet par le mot chronique, un moment de vie à partager en compagnie de la palette lumineuse, du pinceau d'Olivier Tallec, son trait sensible et éloquent.

- le billet de InColdBlog -

- Midola, cette BD entre parfaitement dans ta thématique relation mère-fille -


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01 mars 2009

Dimitri Bogrov - Marion Festraëts & Benjamin Bachelier

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Kiev, 1911. Le Ier ministre du Tsar est assassiné. Tué par balle par un certain Dimitri Bogrov, jeune héritier promis à un brillant avenir d’avocat. Mais pourquoi un homme de sa condition a-t-il commis un tel crime ? Pour comprendre ce geste, il faut remonter au jour où Dimitri a rencontré la belle Loulia. Loulia, rousse, envoûtante, flamboyante, et... bolchevik. Loulia qui vit avec son frère, terroriste notoire...

- Editions Gallimard - Collection Bayou -

C'est une histoire d'amour tragique et romantique dans le Kiev du début du siècle que met en scène cette BD. L'atmosphère et l'âme slaves y ont la part belle.

Cette première BD de la journaliste Marion Festraëts s'inspire de son histoire familiale inscrite dans l'Histoire russe. Elle raconte une version romanesque du destin de Dimitri Bogrov, l'assassin de Piotr Stolypine ( en plein opéra de Kiev en 1911 ), premier ministre du Tsar Nicolas II, adversaire convaincu des révolutionnaires et partisan d'une vaste réforme agraire qui risquait de porter préjudice à la fois aux riches propriétaires terriens comme aux activistes socialistes ( en les privant d'arguments pour la Révolution ).

Tout ce contexte historique va certainement manquer aux lectorats adolescents. Ceci étant, cela ne gène pas la lecture, malgré les nombreux personnages, qui offre suffisement de repères et développe plus l'aspect belle romance que la cause historique. De plus, l'album se termine sur plusieurs pages explicatives, présentant les enjeux de l'époque et le mystère qui entoure encore les motivations et le passé de Dimitri Bogrov.

Des pages parfois sombres, d'autres aux couleurs vives, le trait vif, le crayon appuyé de Benjamin Bachelier soulignent l'intensité dramatique du récit, l'atmosphère de cette période trouble, des caves où se réunissent les socialistes aux riches demeures de la bourgeoisie.

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La passion amoureuse transcende les idéaux politiques, car cette BD ne se limite pas à cette dimension de tragédie historique. On savoure les rencontres, les conversations de Loulia et de Dimitri, leurs jeux de séduction. Deux aspects du récit que l'on retrouve dans les choix du dessinateur qui varie les tons et les éclairages, les ambiances.

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Du bleu, du rouge, les traits de crayon noir, les planches de Benjamin Bachelier m'ont surprise. Son univers graphique est très riche et colle parfaitement au style de cette BD qui mérite relecture, tant pour l'historique que l'esthétique.

Un rappel de la couverture parce qu'elle correspond parfaitement à l'atmosphère particulière ( et parce que vraiment, en petit, on ne la voit pas )

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Le blog de Benjamin Bachelier : http://www.benjaminbachelier.com/ 


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27 février 2009

La Rose écarlate - Patricia Lyfong

51jiMM8_51L__SL500_AA240_51ZETRG2J7L__SL500_AA240_Maud, jeune fille rêveuse et éprise de justice, vit en France au XVIIIe siècle. L'assassinat incompréhensible de son père l'oblige à rejoindre Paris où vit son grand-père, un noble dont elle ignorait jusqu'à l'existence. Elle y croise la route du Renard, un brigand des grands chemins qu'elle admire. Mais elle ne sait encore rien du secret que lui a légué son père et que convoite un mystérieux individu.

- Editions Delcourt - 4 tomes -

Cette série BD s'adresse aux jeunes adolescentes. Elle ne brille pas par les qualités de son scénario classique, exploitant plus l'aspect romantique que historique du XVIIIème siècle français. De la période historique ne sont retenus que les décors et les costumes - qu'il faut reconnaître très réussis -, les dorures et frivolités du contexte. maud

Si les illustrations et le titre rappellent La Rose de Versailles ( Lady Oscar en dessin animé ), la comparaison s'arrête là, dans ce style du dessin inspiré du style de ceux des mangas - grands yeux, expressions des visages exagérés, lignes de fuite marquées pour souligner la vitesse, petits coeurs parsemant certaines pages...-, tout en respectant la tradition graphique franco-belge. Ce qui fait l'originalité de ces BD qui plairont à coup sûr au lectorat ciblé.

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L'aventure mêlant humour, amour, mystère et péripéties rocambolesques en compagnie d'une héroïne aussi attachante et passionnée qu'effrontée et rebelle - secondé par un séduisant Robin des Bois - font oublier les facilités de l'intrigue et les personnages stéréotypés. Ce récit de cape et d'épée avec secret de famille, vengeance et chasse au trésor  est particulièrement servi par le charme de ses illustrations aux couleurs vives et lumineuses.

Romanesque à souhait ( les sous-titre en témoignent : 1 Je savais que je te rencontrerais 2 Je veux que tu m'aimes 3 J'irai où tu iras 4 J'irai voir Venise ), drôle, fraîche et légère, cette série a tout pour se rendre addictive. Elle ravira les jeunes lectrices à partir de 10-11 ans qui dévoreront les tomes avec enthousiasme. J'en tiens le pari, il n'y a pas de raison qu'elles boudent leur plaisir.



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30 janvier 2009

Le Prince de la Nuit - Yves Swolfs

*** FESTIVAL DE LA BD D'ANGOULEME ***

- le site officiel -

51H1KM6MQQL__SL500_AA240_Le Prince de la Nuit - Le cycle des Rougemont - 5163KEJ8Y8L__SL500_AA240_

Depuis la nuit des temps, les membres de cette famille maudite se voue corps et âme à une quête unique : retrouver et tuer le vampire Vladimir Kergan, responsable de la malédiction qui pèse sur les leurs. Que ce soit au Moyen âge ou dans le Paris des années trente, l'angoisse reste la même face à ce monstre intemporel. Le Prince de la nuit rôde... et nul ne lui échappera !

- Glénat - Collection Grafica - 6 tomes -

Cette excellente série est incontournable, une référence du genre.

Le thème du vampirisme y est exploité avec brio, parfaitement maîtrisé, présentant tous les aspects classiques du mythe gothique dans toute sa gloire. Ce vampire est maléfique, effrayant, intelligent, cruel et pervers, séducteur et aristocrate, véritable Prince des Ténèbres craignant le jour, les crucifix, l'ail et les pieux enfoncés dans le coeur.  La saga revisite le mythe sans le renouveller,  au plus proche des codes établis par le Dracula de Bram Stocker.

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Chaque volume présente deux histoires : celle de Vincent Rougemont, dernier héritier - pendant les années 30 à Paris - et celle d'un de ces ancètres. Depuis le Moyen-Age, ils sont voués à pourchasser Kergan le vampire, génération après génération. Les périodes historiques sont celles des heures tragiques de l'Histoire, propices à l'immortel sanguinaire : l'Inquisition, la Terreur, la déferlante nazie...et les lieux consacrés : des régions sauvages de l'est de l'Europe. 51064WMJWXL__SS500_

51SD3FHYPNL__SL500_AA240_A travers ces personnages, l'auteur aborde les thèmes de l'enfance, des secrets de famille, de la transmission, de la haine qui peut transformer le chasseur, qui fait de lui celui qu'il chasse s'il ne préserve pas son humanité...

"Tu as certainement plus de sang sur les mains que je ne pourrais en avaler en un siècle"

Entre sensualité et épouvante, le scénario est remarquable, particulièrement prenant, mêlant à ravir suspens et frissons, voyage dans le temps et fantastique. Tomes après tome, siècle après siècle, nous découvrons le terrible destin des Rougemont. L'originalité de ce récit en flash-back est servi par un travail magnifique sur les ambiances d'époque, les décors, les costumes.

Le dessin, le style de Yves Swolfs est magnifique, les pages somptueuses. Les planches livrent des atmosphères sombres, des paysages fouillés. Les couleurs contrastés, les jeux de lumières en clair-obscur - que l'on doit à Sophie Swolfs -  avivent l'érotisme et la violence de certaines scènes. 

Cette série se compose de deux cycles. Les tomes 1 à 3 forment le premier cycle, les albums 4 à 6 le second.

- A partir de 15 ans -

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"Les démons que vous pourchassez sans relâche sont peut-être tapis dans quelque recoin de vôtre âme… "


19025973**** RAPPEL****005

Ce week-end derniers jours pour

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29 janvier 2009

AmeriKKKa - N.Otéro & R.Martin

*** FESTIVAL DE LA BD D'ANGOULEME ***

- le site officiel -

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Quand la Justice est impuissante, quand la police est complaisante, les associations de lutte contre le Ku Klux Klan font appel à deux agents très spéciaux : Angela Freeman et Steve Ryan. Leur première aventure les mène à la frontière texane, où des immigrées mexicaines ont disparu... Basée sur les dossiers du grand spécialiste mondial du Klan, une enquête réaliste et haletante

- EP Editions -

Réaliste, violente et virulente, extrêmenent documentée sur les groupuscules racistes, leurs méthodes, et les organisations qui les combattent, cette série relève de la BD documentaire. Beaucoup de noms, de sigles, de personnages, beaucoup d'actions et d'insultes, de coup de poing et de coup de feu, et surtout d'une terrible crédibilité.

Le scénario est signé par le spécialiste français du Ku Klux Klan, l'écrivain antifasciste Roger Martin  , auteur d'essais et d'enquêtes ( dont Amerikkka Voyage en Amérique fasciste ). Chacune des histoires racontées est inspirée de faits avérés. Les noms des héros eux-mêmes, tout comme ceux des associations citées, sont réels : Steve Ryan et Angela Freeman sont  des militants actifs de l'Anti-Klan Network; le premier fils d'un des fondateurs enlevé l'année - et jamais retrouvé - de la création de l'association  ( appelé aussi le Centre pour un renouveau démocratique ), la seconde est nièce d'un autre fondateur mort à 24 ans dans l'incendie criminel d'une église.

" Partout où l'on signale des activités imputables au Klan et à l'ultra-droite, ils viennent apporter leur expérience, engrangent les preuves afin de permettre au Centre pour un renouveau démocratique de porter de nouveaux coups à l'hydre sans cesse renaissante. " - extrait de l'introduction -

Ainsi, leurs enquêtes les entraînent à travers les Etats-Unis. A chaque tome un nouvel état, à chaque tome les personnages gagnent en profondeur, le premier volume se contentant de présenter leur action.

Roger Martin nous plonge dans les activités et l'organisation du Klan, des manifestations officielles à la structure paramilitaire. Le constat est effrayant, inquiétant, car outre les exactions, les agressions, l'auteur met en scène une cruelle chronique de la haine ordinaire parfaitement inscrite dans son contexte sociologique, alors même que la BD se lit comme une fiction, un récit d'aventure.t_amerikkka3

Le crayon du jeune dessinateur Nicolas Otéro se veut suffisement réaliste pour accompagner la force de ce récit engagé tout en préservant une certaine distanciation; les visages sont très marqués, les paysages et les décors finement travaillés.

Six tomes parus, la série comptera dix volumes. Le dernier sera consacré à la naissance du Klan en 1866.

- Une interview de Roger Martin sur BD Sélection dans laquelle il présente Amerikkka et explique avoir choisi le genre de la BD parce qu'il lui a paru "le vecteur le mieux adapté pour en parler aux jeunes" -


Posté par Emmyne à 08:45 - BD - Commentaires [6] - Permalien [#]
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