16 juillet 2009
Lulu et la grande guerre - Fabian Grégoire
Saint-Julien, un village français, le 1er août 1914. Comme tout le monde, la petite Lucienne prépare la fête du village. Mais tout à coup, il règne une atmosphère étrange. Le curé et le maire traversent la place à grands pas, le visage sombre. Et soudain, le clocher de l’église se met à sonner le tocsin. Les habitants accourent pour lire les grandes affiches que le garde champêtre est en train de coller sur les murs: mobilisation générale. Charles, le frère de Lucienne, a vingt-deux ans. Il vient de finir ses trois années de service militaire. «Je vais devoir partir, ma Lulu. Je vais aller me battre contre les Allemands», dit-il à sa petite sœur. Les journaux prétendent que les Allemands seront rapidement vaincus et que la guerre ne durera pas. Mais les lettres que reçoit Lulu de son grand frère disent le contraire.
Et c’est à travers lui, et à travers l’amour qu’elle lui porte, qu’elle aura à affronter, elle aussi, le vrai visage de la guerre.
- Ecole des Loisirs - Collection Archimède -
Cet album tient de la chronique, relatant une histoire individuelle prétexte à raconter l'Histoire.
Dans les lettres de Lulu et de Charles apparaissent tous les aspects de la Grande Guerre, sa terrible réalité, ses conséquences au quotidien, que ce soit du côté des soldats que de celui des populations. Les bouleversements qui frappent la vie du village comme les descriptions évocatrices de l'enfer des tranchées sont restitués avec simplicité et justesse. L'âge de la fillette ainsi que la narration à la première personne accentuent encore l'identification, permettant une approche concrète du sujet au jeune lecteur à la manière d'un témoignage.
Bien plus, bien mieux qu'un documentaire, l'album évoque la France de ce début de siècle, l'atmosphère des campagnes alors que le monde bascule.
A la fois auteur et illustrateur, Fabian Grégoire signent des illustrations réalistes soignées. Textes et images participent avec la même force au récit, à sa vérité.
Un dossier complémentaire clôt l’album, replaçant le récit dans son contexte historique : de nombreuses informations, photographies et reproductions de documents d’époque.
Sur le même thème, de la même qualité un autre album dont le récit est fait de correspondances :
Horizon Bleu de Dorothée Piatek ( éditions Petit à Petit )
- La chronique Ricochet ICI
- Sur ce blog, une interview de Dorothée Piatek ICI
07 juillet 2009
Ibou Min' et les tortues de Bolilanga - Franck Prévot & Delphine Jacquot
Min’ est une jeune femme à la gentillesse et au courage peu ordinaires : toujours souriante et disponible pour aider les autres, chacun dans le village la surnomme Ibou, « la mère ».
Mais un jour, alors qu’elle et son fils sont partis pêcher, ils disparaissent en mer tous les deux.
Peu de temps après leur disparition, des villageois stupéfaits aperçoivent sur l’île de Bolilanga une tortue bienveillante, au visage semblable à celui d’Ibou Min’ et suivie par une autre jeune tortue. Bientôt, alors que la famine touche durement le village, les habitants constatent que les tortues autrefois si rares sont de plus en plus nombreuses autour de l’île. Ils comprennent alors que les enfants que le village a perdu sont là, autour d’Ibou Min’ qui veille sur eux…
Depuis, plus un seul pêcheur de Bolilanga ne touche aux tortues. Elles sont sacrées.
Magnifique légende sur un album qui relève du beau livre, par la qualité de l'édition et celle de l'illustration.
Le récit est émouvant. Il raconte l'histoire d'une femme généreuse - Ibou Min' signifiant Mère Min' - qui, transformée en tortue de mer à l'heure de sa mort, prend soin des enfants décédés qui deviennent alors eux-même tortue et la rejoignent dans son sanctuaire.
La lecture n'en sera pas facile pour les plus jeunes, le sujet est grave même sous forme de légende. Cet album s'adresse aux lecteurs à partir de 7 ans. Sa conception graphique de choix artistique sublime le texte avec brio mais n'en simplifie pas l'approche. Sur un format en hauteur, il présente des pages sur lesquelles le texte est coupé par les illustrations très soignées, foisonnantes de détails, de symboles, de couleurs feutrées déclinant des camaïeux de bleus, de verts rehaussés de rouge et de jaune, toutes en hommage à la culture indonésienne : les paysages, les coutumes... Chaque image ressemble à une peinture traditionnelle, riche de sens et d'émotions, tout en préservant la part d'onirisme de la légende.
Un album de collection.
Il est possible de lire la légende de Ibou Min' en format roman - au contexte contemporain : protéger le sanctuaire des tortues sacrées des projets touristiques de promoteurs - aussi écrit par Franck Prévot sous le titre Les tortues de Bolilanga.
A découvrir le mini-site créé par les éditions Thierry Magnier pour ces deux ouvrages :
un clic ICI pour visionner l'animation à partir des illustrations de Delphine Jacquot
04 juin 2009
Histoires comme ça - Rudyard Kipling - illustré par Justine Brax
Comment l'éléphant a eu sa trompe, comment le chameau a eu sa bosse, comment le léopard a eu ses tâches...
A la fois drôles et poétiques, voici des Histoires comme ça, suivis d'autres textes de Rudyard Kipling.
- Milan Jeunesse -
Nouvelle publication des Histoires de Kipling, aux éditions Milan cette fois, qui font le choix judicieux du recueil illustré dans la collection qui porte parfaitement son nom Albums Classiques.
Album de qualité, grand format, papier épais, il se classe volontairement par sa conception dans la catégorie beau livre de la bibliothèque familiale.
On y redécouvre L'enfant Eléphant, le chameau et sa bosse, le rhinocéros et sa peau, la baleine et son gosier, le léopard et ses tâches, superbement illustrés par Justine Brax qui décline une palette de couleurs profondes. Sur les camaïeux de bleu, de vert, d'ocre et de rouge, le trait est fin, le dessin raffiné, les compositions modernes tout en respectant les représentations traditionnelles. L'image participe pleinement à l'univers merveilleux de ces contes, accompagne et prolonge l'atmosphère à la fois fantaisistes et poétiques des textes.
A noter : dans cette belle édition, les Histoires comme ça sont complétées par la poésie IF ainsi que par le court récit Mowgli. L'anthologie comme qualité supplémentaire de cet album.
- Le billet de Morgan -
29 mai 2009
Petit Dragon - Christoph Niemann
Une histoire d'aventures, d'amitié et de caractères chinois
Lin et son petit dragon sont inséparables. Un jour, cependant, ce dernier disparaît. Lin se lance alors à sa recherche en un voyage plein d'aventures...et de caractères chinois très "parlants". Une très belle histoire et une véritable initiation à l'univers fabuleux des caractères chinois.
- Gallimard Jeunesse -
J'ai remarqué cet album pour l'originalité de son contenu et le traitement de celui-ci.
A travers la quête d'une petite fille chinoise à la recherche de son dragon, l'auteur emmène son jeune lecteur au pays de l'écriture chinoise. Il ne s'agit pas réellement d'une initiation, c'est un peu moins et un peu plus : un peu moins parce que ne sont présentés qu'une trentaine de caractères parmi les plus imagés, un peu plus parce que l'aventure est une véritable introduction à l'esthétique et au fonctionnement de cette écriture, si différente du principe de l'alphabet occidental. L'auteur exploite cet aspect des caractères chinois, un signe pour une idée, en mettant en scène ceux dont le dessin ressemble le plus à la signification du mot, et montre ainsi, par exemple, comment un caractère est complété pour faire évoluer son sens dans le même champs sémantique ( arbre - bois - forêt )
C'est pourquoi je précisais que cet album n'a pas vocation de leçon, ni même d'introduction, mais bien plutôt d'initiation à un autre mode de communication écrite, sans pour autant que l'on puisse considérer cet ouvrage comme un documentaire.
Ce voyage culturel s'adapte aux plus jeunes : des illustrations pleine page, un texte court, un récit prétexte plaisant et bien mené et surtout une conception de l'image volontairement épurée, expressive, significative justement. Les caractères chinois en noir sont placés dans le dessin, le signe graphique traçant les contours ou la structure de ce qu'il représente. C'est la bonne initiative de cet album qui offre donc à double titre une lecture de l'image. Les symboles s'intègrent sans lourdeur, ni casser le récit; ils confèrent à l'album une forme ludique, un esprit découverte très intéressant puisqu'il ouvre sur l'interprétation, rythmant ainsi l'histoire. Repris en bas de page, chacun des caractères est traduit.
Les images de C.Nieman qui présentent bien mieux son album que mes mots :
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Pour poursuivre cette initiation au monde de l'écriture, 
découvrir l'histoire de cette fondamentale aventure humaine,
je vous recommande un magnifique album documentaire paru aux éditions Belem :
Ecrire le monde, la naissance des alphabets de Nouchka Cauwet
( précédemment chroniqué sur ce blog ICI )
06 mai 2009
Grégoire, petit paysan du Moyen-Age - Charles de la Roncière
Les aventures de Grégoire et de son amie Guillemette, enfants qui vivaient en Champagne en 1380, permettent d'évoquer la vie de famille et du village au Moyen Age : le dur labeur des paysans, le passage des pèlerins, les fêtes traditionnelles, la menace des brigands... Une édition en couleurs avec des textes explicatifs dans les marges.
- Père Castor Flammarion, Collection Enfants de la Terre -
Cet album pédagogique, presque un documentaire aux illustrations traditionnelles, est réedité depuis le mois dernier ( sa première publication date de 1959, ouvrage primé en 1962 ). Cette nouvelle édition, revue et mise en couleur par l'épouse de l'auteur, Bénédicte de la Roncière, trouve une place de choix dans la non moins classique collection Enfants de la Terre.
Celle-ci fut créée en 1948 avec un ouvrage de Paul Emile Victor Apoutsiak, le petit flocon de neige. Cette collection présente à chaque ouvrage un pays et/ou une époque en mettant en scène un enfant dans cet environnement précis. Ainsi, la lecture paraît bien moins didactique au jeune lecteur.
En effet, l'approche historique est extrêmement concrète. Le récit est vivant, couvrant les moments et événements de la vie quotidienne, que ce soit l'apprentissage, les repas, les vêtements, les saisons, mais aussi les fêtes, les jeux, le rôle de chacun dans une société donnée. Les aventures du jeune héros rythment un texte sans difficulté si ce n'est le vocabulaire spécifique à la thématique et abondamment illustré. Des légendes sont parfois insérées aux images pour les préciser sans ralentir le récit.
Un classique des classiques à (re)découvrir.
- A partir de 7 ans en lecture accompagnée -
Dans la même collection, sur le même principe narratif :
Assoua, petit Sénégalais de Casamance
29 avril 2009
Dans le monde, il y a ... Benoit Marchon & Robin
Dans le monde, il y a ... des petites bêtes qui volent, qui courent, qui rampent, qui piquent, qui grattent. Des chats très doux et des chiens très fous. De grosses bêtes tristes derrière des barreaux et des amoureux qui s'enlacent et qui s'embrassent. Des paysages de neige qui font comme de grandes pages blanches, des nuits sans lune qui font comme des grandes pages noires. Et puis, dans le monde, il y a des millions d'autres misères et des millions d'autres merveilles...
Avec cet album, Benoît Marchon et Robin offrent aux enfants un regard tendre et poétique sur l'humanité.
- Gallimard Jeunesse - Hors Série Giboulées -
Original et beau, cet album est inclassable.
C'est un lieu de paroles, de partages, une promenade intelligente autour du monde, un regard sensible mais aussi réaliste sur la vie.
Des illustrations de Robin à chaque page, dont le trait me rappelle celui de Sempé, présentent un moment de vie, une anecdote jolie ou triste, amusante ou sérieuse, forte de sens. Une simple phrase l'accompagne. Le texte de Benoit Marchon joue lui aussi de l'implicite. Son choix des mots et des rythmes invite à la compréhension, à la reflexion, à la contemplation d'une certaine beauté à préserver, à reconnaître qu'elle soit humaine ou naturelle.
Les pages sont conçues en miroir, se répondent sur des thèmes variés : jeu de lumières, de couleurs ( chant des oiseaux et couleurs pastels Il y a des oiseaux rigolos qui, par milliers, colorient le ciel- concert dans le métro effet noir et blanc Il y a des musiques qui rendent gais des jours tristes ), mise en perspective des cultures, des géographies, des peuples, des réalités économiques, inégalités, injustices...
La guerre, les enfants au travail, la famine qui accable certaines populations, la maladie, mais aussi la forme des nuages, l'amour, l'art, l'exubérance et la puissance de la nature...
Diversité, éducation, espoir sont les maîtres mots de cet album présentant le meilleur et le pire de l'humanité aux enfants avec sincérité et justesse.
Pour " Toi qui découvres le monde...où il y a tant de merveilles à créer ! "
05 décembre 2008
SIAM - Daniel Conrod & François Place
Utilisé à charrier du bois, célébré lors de somptueuses fêtes en Inde, enlevé à sa terre pour travailler dans un cirque européen, héros d'un jour pour le cinéma, vedette du zoo puis du Muséum... Siam a tout connu. Sa vie hors du commun est une grande histoire qui nous parle des hommes et des éléphants.
- Editions Rue du Monde -
Ce somptueux album au format plus que généreux raconte la vie de l'éléphant Siam, l'éléphant d'Asie présenté dans la Grande Galerie de l'Evolution du Museum d'Histoire Naturelle de Paris.
Le parcours géographique que fut sa vie, relaté à rebours, raconte cinquante ans d'histoire.
Parti de Calcutta, le pachiderme rejoint l'Europe en bateau après avoir été choisi sur un marché indien d'animaux sauvages, où il avait connu le rude travail en forêt, les braconniers et le faste des célébrations religieuses. L'aventure se poursuivit entre Suisse et France avec les spectacles de cirque et une apparition au cinéma jusqu'à l'installation au zoo de Vincennes.
Dans cet album, c'est justement le soigneur de Siam, André Boitard, qui, à sa mort, lui rend hommage en racontant avec émotion son histoire, remontant dans le temps pour retracer l'itinéraire de l'éléphant dont il a pris soin pendant plus de trente ans.
Touchante destinée, vraie et extraordinaire, narrée simplement par la plume sobre du journaliste Daniel Conrod, sublimée par le pinceau de François Place. Ses aquarelles raffinées, précises et précieuses complètent magistralement l'écriture, s'accordent à l'esprit de cet album entre récit et documentaire.
Un vrai grand beau livre.
Pour la petite histoire : Journaliste pour Télérama, Daniel Conrod signe en 2000 un long article sur la vie de Siam, après une enquête minutieuse. Il est ensuite contacté par Alain Serres - fondateur des éditions Rue du Monde - pour adapter le récit de ses recherches en livre pour enfants. L'album Siam paraît en 2002.
D'autres albums des éditions Rue du Monde sur ce blog : L'AbécéDire - Le livre noir des couleurs -
26 novembre 2008
Le petit chaperon rouge - Christian Roux
- SALON DE MONTREUIL 2008 - THEMATIQUE PEURS ET FRISSONS -
Voici la version originale et non édulcorée de ce conte traditionnel : le Petit Chaperon rouge croise le loup et ne s'en sort pas. Aucun bûcheron ne vient la sauver ni ouvrir le ventre du loup pour délivrer la grand-mère. En guise de fin, une moralité : jeune fille, prenez garde au loup, et s'il a l'air doux, méfiez-vous encore plus !
- Seuil Jeunesse -
De tradition orale, le conte du Petit Chaperon Rouge fut retranscrit par Charles Perrault en France, publié pour la première fois dans Les Contes de ma mère l'Oye en 1697.
Cet album reprend le texte de C.Perrault, fidèlement et intégralement, puisque dans cette version la petite fille n'échappe pas au loup, aucun chasseur n'apparaît opportunément pour la sauver.
Superbe travail d'illustrateur que cet album. Christian Roux s'est attaché à rendre toute sa force et sa profondeur au texte original, revenant à la fonction première d'enseignement du conte.
Le grand format du livre sublime les images, l'atmosphère inquiètante du conte : la forêt est sombre, immense, le village si lointain, la fillette si petite, le loup prédateur et carnassier. Jeu d'ombres, de proportions, à peine un camaïeu de verts pour tromper le noir, le rouge, celui du capuchon de l'enfant mais aussi celui des yeux d'un loup terrifiant, rendent les pages particulièrement suggestives : innocence et fraîcheur du Petit Chaperon Rouge, perversion et violence du loup se lisent sur les illustrations.
La sobriété du trait est impressionnante tant les illustrations sont saisissantes, d'une réelle puissance évocatrice, d'une réelle beauté aussi. L'artiste parvient à susciter la peur tout en libérant l'imaginaire.
La part émotionnelle de cette lecture est très forte. Elle l'est d'autant plus qu'elle se termine par la moralité du texte original mettant en garde contre les pédophiles.
" Et, en disant ces mots, le méchant Loup se jeta sur le Petit Chaperon rouge, et le mangea.
On voit ici que de jeunes enfants,
Surtout de jeunes filles,
Belles, bien faites et gentilles
Font très mal d'écouter toutes sortes de gens,
Et que ce n'est pas chose étrange,
S'il en est tant que le loup mange.
Je dis le loup, car tous les loups
Ne sont pas de la même sorte :
Il en est d'une humeur accorte,
Sans bruit, sans fiel et sans courroux,
Qui, privés, complaisants et doux,
Suivent les jeunes demoiselles
Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles.
Mais, hélas ! qui ne sait que ces loups doucereux,
De tous les loups sont les plus dangereux !"
Magnifique, effrayant, chantant la langue du XVIIème siècle, cet album nécessite une lecture accompagnée à réserver aux enfants pas avant 8 ans ( et non 5 ans comme le préconise l'éditeur ! )
21 octobre 2008
Le chemin de la Terre Promise - Ben Zimet & Eric Battut
Il y avait autrefois en Pologne, près du village de Shebreshin, un pauvre homme et sa femme qui n'avaient pour tout bien que deux maigres chèvres. Un jour, les chèvres disparurent. Quand elles revinrent, elles donnèrent bien plus de lait qu'à l'ordinaire. Chose incroyable, ce lait rendait la santé aux malades ! "Tout vient du Ciel ", dit l'homme. La fois suivante, il décida de les suivre. Le Chemin de la Terre promise, empreint d'émotion et de nostalgie, est l'un des contes fétiches de Ben Zimet. - Editions du Sorbier -
Je ne pouvais vous présenter la collection Berceau du monde sans vous raconter ce magnifique conte yiddish.
Issu de la tradition orale du judaïsme traditionnel, ce conte est pertinemment choisi pour présenter l'univers yiddish et le mythe fondateur du retour à la Terre Promise, relatant comment le chemin vers l'antique Terre d'Israël s'est perdu à jamais.
L’auteur, Ben Zimet, conteur professionnel, voue son talent à la langue et à la culture des Juifs des pays de l’Est. Tout en spiritualité et poésie, ses mots savent donner vie au récit, guidant son lecteur du petit village de Shebreshin en Pologne jusqu’à l’antique terre d’Israël. On se prend au rythme du texte, qui attachera sans aucun doute les jeunes lecteurs. Ils se retrouveront dans la structure classique du conte, riche de symboles, émaillée de détails quotidiens dépaysants.
La nostalgie ambiante ne nuit en rien à la dynamique de l’histoire. L’album est émouvant, superbement mis en image par Eric Battut. Sur chacune des pages déclinant une couleur, on retrouve avec plaisir la finesse de ses aplats, son pinceau délicat au traits épurés, faisant la part belle aux paysages, aux camaïeux. Ces enchaînements chromatiques, les tons profonds, participent pleinement à l’atmosphère du conte. Sur des compositions qui paraissent naïves, les scènes sont aussi expressives qu’esthétiques, elles sont belles.
Un album d'une qualité rare, tant l'harmonie entre les qualités du conteur et celle de l'illustrateur sublime les mots et les images, pour donner à voir, à découvrir, à comprendre.
14 octobre 2008
Le chaman et la mère de l'océan - Chantal Nguyen & Pierre Droal
" Voyez comme est la mer : écoutez sa colère ! Les chasseurs sont maudits, les poissons sont partis. J'ai déjà trop tardé : il me faut rencontrer la déesse Sedna, Mère des animaux, Celle qui vit en bas au plus profond des flots. ". Dans le désert blanc de l'Arctique, les pêcheurs rentrent harassés. La mer ne donne plus de poissons aux hommes affamés. Dans le plus grand igloo, ils consultent le chaman. Celui-ci décide de partir en quête de Sedna, déesse des mers et Mère des animaux. Cette légende du Grand Nord présente une figure célèbre et vénérée des Inuits, la déesse de la mer Sedna. Selon leurs croyances, c'est elle qui donne aux Inuits la nourriture nécessaire à leur survie. Lors de leur transe, les chamans se munissent d'un grand peigne pour coiffer la longue chevelure de Sedna et apaiser sa colère. - Editions Du Sorbier -
Dans la collection Au berceau du monde, les éditions Le Sorbier proposent des contes du patrimoine mondial, témoignage de traditions orales et de sagesse ancestrale.
Cet album présente un mythe arctique aux résonances écologiques contemporaines.
Parce que la mer ne fournit plus de poisson aux hommes, un vieux chaman part en rêve à la rencontre de Sedna, déesse des mers, et mère des animaux. Parvenu dans son antre, celle-ci lui apprend le sacrilège des humains salissant les eaux. Des détritus encombrent sa longue chevelure que le chaman peigne pour la rédemption de son peuple. Les ordures se transforment alors en animaux marins, repeuplant l’océan. La déesse recommande enfin de ne pas prélever plus qu’il n’est nécessaire, afin de respecter la nature et la vie.
On remarque tout d’abord cet album pour les magnifiques illustrations de Pierre Droal. La couverture en offre un avant-goût qui ne déçoit pas au fil des pages : grands formats, les camaïeux de bleu-blanc et de vert pâle savent raconter l’univers polaire et aquatique qui caractérise cet ouvrage. Le trait et les couleurs donnent une réelle présence aux paysages comme à l’atmosphère spirituelle. Car, dans ce conte, pas de grandes péripéties, ni de valeureuses scènes d'action. Le rythme du récit peut paraître lent, puisqu’il s’agit d’une transe accompagnée d’esprits tutélaires. La quête n’est pas faite d’aventures. La légende s'offre à la réflexion, à la contemplation, celle de l'équilibre monde, de sa nature fragile, des responsabilités humaines. Elle rappelle quelques principes bienvenus, livrant une morale écologique au travers de la culture Inuit et des rites du chamanisme. Illustration et texte secomplètent merveilleusement, invitant à une lecture entre onirisme et réalisme propre au mythe. Le récit est scandé à la façon d'un poème, respectueusement adapté en transmettant la richesse narrative des traditions orales.
Un beau livre à apprécier, à partager avec les enfants à partir de huit ans. Bien que déjà lecteurs, ils aiment encore et toujours les albums et les contes.












