A LIRE AU PAYS DES MERVEILLES - littérature jeunesse -

Littérature jeunesse. Choisir un livre pour enfant, une sélection de livres jeunesse.

30 octobre 2009

Dracula L'Immortel - Dacre Stocker & Ian Holt

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En 1888, un groupe de six intrépides a réussi à détruire Dracula aux portes de son château de Transylvanie. Vingt-cinq ans plus tard, ils se sont dispersés mais le souvenir de cette périlleuse aventure où l’un d’eux a laissé sa vie les poursuit. Combat quasi mystique contre les forces du mal, vengeance d’amoureux endeuillés ou inextinguible jalousie : les raisons mêlées de leur acte continuent de perturber leur existence et la disparition du prince des ténèbres n’a pas apaisé leurs tourments. Une mort inexpliquée devant un théâtre parisien et un deuxième assassinat d’une effroyable cruauté au cœur de Londres vont réveiller la peur. Du Quartier latin à Piccadilly Circus, l’ombre de Dracula semble à nouveau planer… Les héros d’autrefois devront faire face à un ennemi insaisissable aux attaques sournoises ou d’une violence inouïe, mais aussi à leurs propres démons. De quoi brouiller les pistes et troubler les esprits, dans une intrigue menée avec maestria qui ressuscite le fantasme et la malédiction de l’immortalité.

- Editions Michel Lafon -

Ce roman est à la fois une suite, une réécriture et un épilogue.

Thriller contemporain, on n'y retrouve pas l'écriture, le style de Bram Stocker : pas de lettre ni d'extrait de journaux; l'art de la suggestion laisse place à des scènes violentes, sanglantes; les nobles sentiments se teintent d'amertume et d'inavouable. Comment pouvait-il en être autrement ? Les vampires y sont sensuels, cruels et avides; sexe et sang sur les pages, Eros et Thanatos, quel hommage au mythe.

L'auteur l'explique très bien dans sa préface, il a voulu conserver l'esprit du roman original. Dracula ayant été considéré comme un récit d'horreur lors de sa parution, Dacre Stocker a donc fait de même en adaptant le genre à notre époque, tout en préservant tout de même la typique atmosphère victorienne des rues de Londres et le contexte historique.

J'a dévoré ce roman, je n'ai pas cherché à le juger, à m'interroger sur la légitimité de cette  " suite officielle ", mon intérêt  et mon plaisir n'ayant pas faibli à la lecture des ces 500 pages.

Si l'écriture n'a rien de remarquable - elle s'en tient à tous les codes du genre - et même si certaines caractéristiques traditionnelles du vampire sont occultées, le récit est foisonnant. Dacre Stocker introduit deux nouveaux personnages : la légendaire et sanguinaire Elizabeth Barthory ainsi que l'inspecteur Cotford, enquêteur sur les meurtres de Jack L'éventreur, créé puis délaissé par Bram Stocker ou son éditeur. L'intrigue se déroulant un quart de siècle après la première confrontation avec Dracula, le fils de Mina, Quincey Harker, tient son rôle à part entière, cherche les vérités cachées et subit le poids des secrets. Bram Stocker lui-même intervient, jouant le rôle de l'écrivain raté essayant de monter sur scène son roman gothique en guise de seconde chance.

Ce roman propose une nouvelle version, une autre lecture de l'oeuvre originale, en fournissant des détails sur l'histoire antérieure des célèbres protagonistes, les circonstances de leurs rencontres, en interprétant les situations, les sentiments lors de leur lutte contre le vampire. Certaines scènes du livre premier réapparaissent sous un autre regard, c'est passionnant. L'evolution des personnages du classique m'a particulièrement interpellée. Ils se livrent profondément humains, faillibles, passionnés, mortels. Le portrait de Mina, est excellent, toute en ambiguïté, torturée et volontaire, si femme, si mère, dans le respect de sa personnalité décrite dans le titre classique.

Les admirateurs du Dracula de Bram Stocker risquent justement la déception, voir le choc, à la lecture de scènes sordides cassant totalement l'image héroïque des personnages. Soyez prévenus. Le docteur Seward est devenu morphinomane tandis que l'alcoolique Jonathan préfère agenouiller une prostituée devant lui dans une ruelle sombre plutôt que d'affronter les tourments de son épouse. Je n'en dévoilerais pas plus, voici pour les révélations des premières pages entre le bain de sang de la Barthory ( au sens propre ) et l'horreur d'un meutre spectaculaire. Car la violence dans ce livre n'est pas seulement physique, l'âme y est en danger, troublée, soumise aux souvenirs, aux pulsions. N'est-ce pas aussi justement ça l'abîme de la fascination vampirique ?

Une postface permettant d'en savoir plus sur l'écriture de Dracula L'immortel clôt ce livre qui m'a plus que satisfaite, peu m'important de connaître le degré le parenté entre l'auteur et Bram Stocker ou l'ampleur de la promotion mondiale. Je doute qu'il convienne aux puristes.

- La critique de Maître Vlad , le billet de Tamara -

- Le site officiel du livre -


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Luciole Circus - Joséphine & Sébastien Brothier

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Approchez, approchez ! Chers amis, enfants de tous âges, laissez-vous guider sur notre piste aux étoiles. La troupe de Luciole Circus vous accueille pour un spectacle exceptionnel.

- Actes Sud Junior -

Un album rien que pour le plaisir des yeux, rien que pour les faire briller sous le chapiteau.

Sur une représentation traditionnelle des artistes du cirque, Joséphine Brothier a réalisé tout un monde en pâte à modeler aux couleurs vives : clowns, acrobates, animaux, les numéros plein de vie et de magie s'enchaînent sur la piste aux étoiles.

Les compositions sont photographiées par Sébastien Brothier qui joue astucieusement des éclairages en coulisse pour recréer parfaitement l'ambiance d'un spectacle. Le texte, court, simple, se fait la voix de Monsieur Loyal pour présenter les numéros, annoncer les artistes présentés sur l'affiche de première page.

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A voir : le Luciole Circus en images animées ICI ( ne pas hésiter à cliquer un peu partout...)

JB


29 octobre 2009

Les jeunes écrivains bouquinent

bt_even_over*** Pour Information ***

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Le concours d'écriture

Les jeunes écrivains

édition 2009-2010

organisé par le magazine Je Bouquine ( Bayard Presse )

est lancé depuis le 25 septembre.

Les conditions : être âgé de moins de 16 ans et envoyer sa copie à la rédaction de Je Bouquine avant le 11 décembre 2009. Participation individuelle ou avec la classe.

Annonce des lauréats en mars 2010 ( de nombreux lots et publication des meilleurs textes dans le magazine de mai )

Le principe : Ecrire la suite d'une histoire dont l'incipit est proposé par un auteur ( Laurent Gaudé pour cette année, après Fred Vargas, Marie Desplechin...)

- Pour tout savoir, c'est ICI -

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28 octobre 2009

Blue Cerises - Macadam Milan

51_FZ_yVzJL__SL500_AA240_518u7wNPfhL__SL500_AA240_Ils sont quatre : Zik, Satya, Violette et Amos. Quatre ados inséparables, aussi différents qu’unis. Unis dans leur vie d’ado, mais aussi par un secret qui pèse lourd. À chaque épisode sa voix.

- Editions Milan Jeunesse - Collection Macadam -

Blue Cerises est le nom donné à une formule originale de lecture revisitant le roman réaliste pour adolescent : Blue Cerises est le nom d'un groupe de quatre adolescents héros et narrateurs de quatre livres.

51D677E_2B3XL__SL500_AA240_51UXW55PjfL__SL500_AA240_Quatre histoires courtes sur une même période, celle des vacances de Toussaint pour cette première saison intitulée Octobre ( la deuxième saison, Novembre, vient de paraître ), à la façon de nouvelles d'une cinquantaine de pages, qui s'entrecroisent, comme se croisent les personnages.

Deux garçons et deux filles de seize-dix-sept ans liés par un secret, un épisode tragique survenu l'été de leur quatorze ans, racontent leurs vies d'adolescent, leurs problèmes, leurs émotions, leurs angoisses, leur amitié. Leur secret commun n'est pas révélé au lecteur, il se dévoile peu à peu, au fil des lectures; des images s'esquissent à chacun des récits.

Chaque livre développe des thèmes proche du lectorat adolescent, de son vécu, comme la musique, la solitude, le racisme et le métissage, le sens de la vie, les premières expériences amoureuses, sexuelles, l'amitié. Les portraits, le ton sont justes. L'écriture fluide, résolument inscrite dans son contexte contemporain et adolescent, parvient à dégager un effet d'oralité et d'empathie ( emploi du je, phrases courtes, dialogue, ce sont les personnages qui se racontent ) sans sacrifier au style. Ponctués de pointes d'humour, d'autodérision, de formules réjouissantes, les textes mêlent facilité et qualité de lecture.

Remarquable maîtrise narrative puisque chaque livre, chaque personnage, est celui d'un auteur jeunesse différent : Maryvonne Rippert pour Zik, Sigrid Baffert pour Amos, Jean-Michel Payet pour Satya et Cécile Roumiguière ( directrice de cette collection Blue Cerises ) pour Violette.

Le concept est une véritable réussite de forme et de fond : quatre voix, quatre regards adolescents posés avec pertinence sur le monde, leurs amis, eux-même; quatre petits livres à prix dérisoire ( quatre euros ) qui ressemblent à des carnets, à des journaux intimes, pouvant se lire seul et/ou dans n'importe quel ordre, une série qui n'en est pas une, une collection qui donne pleinement vie à ses personnages. Je suis impressionnée.

A visiter : le site Blue Cerises pour lire le résumé de chacune des histoires et découvrir le blog de chacun des personnages : blogs actifs puisque tous les quatre participent aux dimanches poétiques initiés par Celsmoon ( quoique ... Violette vient de tirer sa référence sous un fallacieux prétexte mathématique :), et qu'ils m'ont fait l'honneur de commenter sur ces pages. Il est arivé que de charmants auteurs et illustrateurs me laissent un mot doux sur ce blog, mais des personnages...je n'osais même pas en rêver ! ( message personnel : Zik, abandonne ce toit, ça me rend folle de savoir que tu grimpes là-haut ! )

Les Blue Cerises seront en dédicace au Salon de Montreuil le vendredi 27 novembre de 18H00 à 20H00 et le lundi 30 de 14H30 à 16H30.

A lire : l'interview de Cécile Roumiguière sur Ricochet

Je reprends ces mots : "Au niveau du format du livre, je voulais un livre qui rentre dans une poche de jeans, et qui coûte moins cher qu'un paquet de cigarettes, que les lecteurs qui les achètent puissent se les échanger aussi, que ce soit des livres vagabonds…"

Voilà pourquoi je vous propose ces quatre livres en livre-voyageur.

( réunis, ils atteignent à peine la dimension d'un livre de poche )

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- De Sigrid Baffert sur ce blog : Ces ouvriers aux dents de lait -


27 octobre 2009

Les lapins savent compter - Bruno Heitz

518SA1T0J8L__SS500_1 lapin, 2 lapins, 3 lapins, 4 lapins, 5 lapins... Pourquoi pas 100 lapins ? Mais voilà 1 loup qui en mange 4, interrompant ainsi l'addition par une terrible soustraction ! Heureusement, les lapins savent compter !

- Seuil Jeunesse -

C'est Bauchette qui a rappelé ce livre à mon bon souvenir grâce à son billet sur les livres à compter

Prolifique auteur-illustrateur pour la jeunesse, Bruno Heitz a publié en 2006 cet album remarquable.

Sur une structure de récit classique dans lequel un affreux-affamé loup pourchasse des petits lapins, l'auteur signe une histoire intéressante fort drôle et fort bien menée tout en ménageant le suspense. L'aventure est au rendez-vous.

L'album tient du livre-jeu et ne se limite pas au dénombrement. Il joue avec les calculs, addition comme soustraction, proposant une initiation ludique à la manipulation des nombres. La formule est intéressante, dynamique, interactive sur une mise en image particulièrement visuelle.

Des illustrations pleine page au couleurs franches découvrent des scènes en volume : les personnages et les décors sont découpés dans du bois peint. Suivant le rythme et les épisodes du récit, une main comptant avec les doigts ( en représentation concrète de l'écriture chiffrée des nombres inscrits en gras ) apparaît sur chaque page.

Ces compositions qui relèvent de la maquette servent une histoire élaborée relatant les ruses et la vengeance des petits lapins, sans oublier de compter ( pas moins de 10 pioches pour 10 tunnels afin d'accéder au chateau du loup comptant 2 oubliettes, 3 escaliers, 4 tours, 5 pendules, 6 canons, 7 chandeliers à 7 branches...maintenant on multiplie ! ) accompagné de la figuration des chiffres par cette main se superposant au récit - presque à la façon d'une marionnette tant l'illustration en relief donne cette impression de théâtre enfantin -

- Un autre album de Bruno Heitz sur ce blog : Il était un croco... -


26 octobre 2009

Mônsieur Astérix

*** Pour Information ***

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A l'occasion des 50 ans d'Astérix,

le musée Cluny organise une exposition

d'une trentaine de planches originales de la série,

évoquant la civilisation romaine

ou particulièrement significatives des albums de Goscinny et Underzo,

permettant ainsi d'approcher les techniques de réalisation de la BD,

du 28 octobre 2009 au 3 janvier 2010.

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Astérix est né le 29 octobre 1959 dans le premier numéro du magazine Pilote

A voir absolument : l'hommage de la Patrouille de France. Cela ne dure que quesques secondes mais c'est impressionnant.

C'est ICI

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25 octobre 2009

Dimanche poétique # 10

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Le crocodile

par Jacques Roubaud

extrait du recueil " Les animaux de tout le monde "

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Le crocodile n’a qu’une idée

il voudrait dévorer Odile

qui habite près de son domicile

elle est tendre et dodue à souhait

Le crocodile est obsédé

“Ça devrait pas être difficile,

pense-t-il, d’attraper cette fille”

(il emploie la méthode Coué)

Mais Odile qui n’est pas sotte

ne s’approche pas de la flotte

elle se promène sur la grève

mangeant des beignets de banane au mil

et c’est seulement dans ses rêves

que le crocodile croque Odile.

*

Ce poème est superbement mis en image par Zaü dans la collection Petits Géants ( présentée ICI ) des éditions Rue du Monde.

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*** D'autres dimanches poétiques ICI ***

23 octobre 2009

La mort lente de Luciana B. - Guillermo Martinez

51jkOvpOnkL__SL500_AA240_Dix ans ont passé depuis qu'il a vu Luciana B. pour la dernière fois. A l'époque, il était tombé amoureux d'elle. Bien qu'elle fût la secrétaire personnelle du célèbre auteur de romans policiers Kloster, il l'avait engagée pour taper en cachette les pages de son propre livre. Aujourd'hui, il ne reste plus rien de la jeune fille gaie et séduisante qu'il a connue. Que s'est-il passé? Luciana se raconte : elle a vu, tour à tour, mourir la plupart de ses proches dans des circonstances qui semblent forcer le hasard. Survenue avec une régularité méthodique, cette série d'accidents serait l'oeuvre de Kloster. Sa grand-mère, sa petite soeur, ou bien elle-même pourraient être les prochaines sur la liste. Au bord du désespoir, elle s'adresse au seul homme susceptible de la croire. Qui sait, en tant qu'écrivain, peut-être sera-t-il à même de percer à jour les ténèbres de Kloster? Les Carnets d'Henry James et un volume de la Bible seront ses clés pour un voyage sans retour dans les plus obscures régions du cerveau humain...

- Editions NIL -

Soyons honnête, j'ai lu ce roman d'une traite avec plaisir et intérêt, MAIS je vais chipoter...

Tout d'abord, et cela va vous paraître anecdotique, mon choix s'est porté vers cet auteur parce qu'il est argentin ( et pas pour la couverture qui me ferait plutôt fuir ). J'ai eu la chance de voyager jusqu'en Argentine, j'apprécie la littérature sud-américaine, j'attendais donc de retrouver ces atmosphères si particulières. Nada ! Mis à part l'inversion des saisons, aucun élément du récit, du contexte, ne nous raconte l'Amérique latine. Ce roman pourrait se passer dans n'importe quelle ville d'Europe ou d'Amérique, c'est dommage. C'est pourquoi, d'ailleurs, j'ai été très étonnée cette semaine, alors que je le croisais en librairie, de le voir classé en littérature sud-américaine très loin du rayon policier ( oui, j'étais encore dans une librairie il y a quelques jours, pas la peine de ricaner, je peux tout expliquer ).

Ensuite, l'épilogue est décevant : la fin est ouverte, au lecteur d'y apporter son interprétation. En fait, ce roman est divisé en deux parties, présentant chacune un témoignage : celui de Luciana qui se croit victime de la vendetta d'un auteur psychotique, celui de cet auteur, Kloster, qui se croit victime d'une jeune femme névrosée. C'est aussi pour cela que ce roman se dévore, le temps du récit y est très court. Chacun des protagonistes raconte sa version au narrateur, personnage neutre qui se garde bien d'agir et de penser, se contentant d'exprimer son malaise et son admiration-jalousie professionnelle et sentimentale pour le grand écrivain mis en cause. En cela, le texte de quatrième de couverture en rajoute un peu. Le fait que ce personnage " intermédiaire " soit lui-même auteur n'ajoute pas grand chose à l'intrigue. Il ne prend aucune part à ce " duel de crédibilité ". Le roman se termine sans explication satisfaisante pour le narrateur et pour son lecteur, ce que je ne m'explique pas dans la mesure où la maîtrise de la narration est évidente, puis gâchée par le dénouement, cet effet de flou complètement décalé par rapport à l'ambiance confinée.

Plus roman psychologique que thriller, il ne s'agit pas non plus d'un roman qui interroge la création littéraire. Si l'écriture tient un rôle réel dans le déroulement des évènements, elle n'en est pas le moteur, même s'il est vrai que l'intrigue développe tout un jeu entre la réalité et la fiction, celui des intentions et des " correspondances ", flirtant avec la mise en abyme du roman dans le roman.

En conclusion, je dirais que ce roman policier est efficace, prenant, intellectuel. Bien que cette trame confrontations-contradictions soit sans originalité, les monologues des deux personnages incriminés, les tensions entre les membres de ce trio, sont rendus avec force et dégagent une véritable tension qui exigeait une révélation et non un doute en dernière page.

Une ambiguïté finale qui serait parfaite au tomber de rideau d'une adaptation théâtrale à laquelle se prêterait remarquablement ce texte.

Je remercie BOB en partenariat avec les éditions NIL pour l'envoi de ce livre et pour m'avoir sérieusement fait cogiter pour écrire ce billet.

- Le billet de ma copine chipoteuse Brize ( bientôt ) -

- Celui de Mango et celui de Thaïs, plus enthousiastes -

22 octobre 2009

Guide du savoir survivre en compagnie des monstres - Carine-m, Elian Black'Mor, Patrick Jézékel

_cid_48651C5E_231E_4532_8618_F217C4AE7A6ECe guide à l'intention des jeunes ladies & gentlemen intrépides et aventureux a pour objectif de leur enseigner les usages et les règles de bienséance, qui leur permettront de vivre en bonne intelligence avec les monstres. De précieux conseils, distillés par des coachs avisés, auront pour but ultime de parvenir à prendre une tasse de thé, avec chacune de ces créatures...

Parmi les monstres figurant dans cet ouvrage, on découvrira des vampires, des zombies, des momies, des sorcières, des loups-garous et même des lapins naufrageurs qui auront à coeur de nous prouver, une tasse de Earl Grey (avec un nuage de lait) à la main, qu ils ne sont pas si terrifiants qu on veut bien nous le laisser croire.
Enfin un livre monstrueux qui ne fait pas dans la dentelle !

- Editions Kensington Pudding -

Ce bel album est une parfaite réussite graphique et narrative. Avec un humour ravageur dans le crayon, il revisite le bestiaire du fantastique.

C'est très exactement le type de livre que j'affectionne, alliant qualités de forme et de fond. Il dépasse évidemment son classement en littérature pour la jeunesse pour entrer dans celui de la collection - comme tout bel ouvrage d'illustrateur qui se respecte - bien qu'il soit parfaitement adapté, et destiné, au jeune lectorat à partir de 9-10 ans - ce qui n'est hélas pas toujours le cas pour ces beaux ouvrages d'illustrateurs qui ne respectent plus leurs petits lecteurs -

Le thème n'est pas nouveau dans un album pour la jeunesse, m'objecterez-vous. Mais cet album-ci n'est pas un catalogue de monstres traditionnels version Halloween, mais plutôt un voyage à la découverte de l'imaginaire et de l'univers délicieusement décalé, impertinent et onirique, de Carine-m ( comme le prouve sa représentation de l'aristocrate vampire en couverture - Guss, trois siècles et quelques globules ). Le trait et la tendresse des portraits ne sont pas sans rappeler ceux d'un certain monsieur T.Burton.

Carine-m est accompagnée du sieur Black'Mor au pinceau et de Patrick Jézékel à la plume - talentueux trio récidiviste déjà follement et férocement associés pour nous faire croire que les dragons existent. -

Cet album, aux allures de grimoire, présente des fiches techniques comprenant un descriptif du physique et des moeurs du monstre, des signets de symboles présentant la nature des dangers et le niveau de dangerosité de chaque espèce, des informations concrètes et des avertissements de conduite, toujours dans le respect des bonnes manières et du savoir-vivre,  sur une mise en page encyclopédique.  Après lecture de ce guide, notre regard sur les monstres, notre attitude face à eux, seront transformés grâce à trois experts qui nous expliquent, avec moult conseils et témoignages, comment caresser les monstres dans le bon sens du poil.

Sur une touche d'ambiance gothique, l'atmosphère de cet album est merveilleuse et drôle pour nous guider vers cette étape ultime qu'on appelle entre intiés The Tea-Time Monsters Show : entretenir de cordiales relations avec les monstres en partageant une tasse de thé, et limiter ainsi l'usage de la poudre d'escampette. Bonne chance.

L'album, divisé en trois parties, distingue les monstres domestiques - cachés dans nos maisons ou justes à côté -, les monstres fantasmagoriques - ensorceleurs aux apparitions inopinées - et les monstres exotiques - créatures des contrées lointaines - . On y croise donc un loup-garou, l'abominable Homme des Neiges, un zombi, une sirène, mais aussi un chat de sorcière, des réducteurs de têtes, une plante carnivore, une araignée tricoteuse de mauvais sort, Miss Pudding et le chevalier Noir sans tête...

L'illustration est somptueuse : pleine page, parfois sur double page, soignée, toute en détails incongrus et hilarants ( ( une tasse de thé so british entre les griffes d'un dragon très fin de race, l''indispensable anneau de pirate pendant à l'oreille hirsute du formidable Lapin Naufrageur ...), en couleurs mates et profondes. La conception de l'album tient ses promesse avec ses feuilles épaisses aux bords arrondis, pas trop grand de format, pas trop lourd, pas trop fragile pour y laisser s'aventurer les mains avides de petits rêveurs.

En image :

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Carine-m et Elian Black'Mor seront présents pour dédicace ce week-end ( les 24 et 25 octobre ) au Festival Quai des Bulles de Saint-Malo ainsi qu'au Salon du livre jeunesse de Montreuil le samedi 28 et dimanche 29 novembre sur le stand des éditions Au Bord des Continents.

- le site d'Elian Black'Mor - La page de Carine-m -


21 octobre 2009

Le bâtard de l'espace - Colin Thibert

511uJkpF7hL__SS500_Imaginez un programme de télé-réalité dans une station orbitale qui tournerait à la catastrophe et verrait confier l'avenir de l'humanité à un couple dont les QI additionnés équivaudraient à celui d'un hamster !

C'est à peu près le sort que nous réserve l'auteur de ce recueil futuriste à l'humour dévastateur. Clonage, trafic d'organes, divorce parents-enfants et voyages dans le temps... Dix récits de science-fiction délirants pour mieux parler de notre époque et nous prédire des jours... bien pires !

- Editions Thierry Magnier - Collection Nouvelles ( dirigée par Mikaël Ollivier )

Dix nouvelles d'anticipation dans ce livre, signées d'un écrivain qui manie un humour féroce ( ce qui n'est pas étonnant quand on sait que Colin Thibert est auteur de romans noirs ). Les thèmes développés sont tous d'actualité : banalisation de l'usage des armes par les jeunes, cloonage, traffic d'organes, dessous sordides des émissions de télé-réalité, le bonheur " écologique et aseptisé "obligatoire après une apocalypse nucléaire...variété des sujets, variété des textes, des contextes - des robots de la science-fiction au voyage dans le passé -  qui traitent tous de la dignité humaine.

Ces récits, le propos, sont efficaces, violents, cruels, pessimistes. Même si pour certains l'épilogue est annoncé et donc diminue l'impact de la chute, ils peuvent choquer les jeunes lecteurs particulièrement sensibles. Leur force vient évidemment de leur format court, mais aussi du choix de l'auteur de mettre en scène des adolescents - mais pas comme des héros au sens positif du terme - et de présenter chacune des histoires comme autant de faits divers. Cette description au quotidien des dérives possibles de notre société ajoute au réalisme, leur donnant une impressionnante dimension émotionnelle.

Un excellent recueil à conseiller à partir de 14 ans -

Extrait de la nouvelle intitulée Rusty

" Après avoir été choyés, adulés et même glorifiés, les animaux domestiques avaient brutalement changé de statut lorsqu'un ministre hypocondriaque avait été mordu par un caniche. En l'espace de quelques années, nos amis à quatre pattes étaient devenus nos ennemis ! On les tenait désormais pour responsables de tous les maux, de toutes les affections respiratoires ou cutanées qui frappaient les enfants et leurs parents dans un monde chaque jour plus aseptisé.

Les campagnes d'information nationales et leurs slogans étaient encore dans tous les mémoires : " un animal à la maison, c'est 100% de risques d'infection ! " - " Vous élevez un animal ? Pas étonnant que vous alliez mal ! " - " Un chien ? deux chats ? Bonjour les dégâts ! ". En dépit de solides appuis politiques, les fabricants de croquettes n'étaient pas parvenus à empêcher un désastre annoncé. Beaucoup avaient fait faillite, les plus malins s'étaient recyclés avec succès dans l'industrie du biscuit apéritif et de la saucisse coktail.

Cédric avait appris, en cours d'histoire, qu'au début du XXIème siècle, une plante avait connu un sort identique à celui des animaux de compagnie. Après avoir été chiquée, prisée et fumée par d'innombrables générations, l'herbe à Nicot avait soudain été honnis, proscrite, vilipendée, accusée de causer toutes sortes de maladie. Aux irréductibles qui s'obstinait encore à goûter en cachette ce plaisir défendu étaient imposés de longs séjours en camp de réeducation...

On en était pas encore là pour les animaux, mais déjà des condamnations sévères avaient été prononcées à l'encontre de trafiquants qui avaient vendu sous le manteau des copies de films interdits tels Rintintin, Croc-Blanc ou Lassie, chien fidèle. "

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