L'Amant - Marguerite Duras
Il s'agit du roman choisi par BlueGrey
dans le cadre de la chaîne du livre organisé par Ys.
- Les Editions de Minuit - Prix Goncourt 1984 -
Je l'avoue, je n'avais jamais lu Marguerite Duras, allez savoir pourquoi, un a priori injustifiable. Il était plus que temps de combler cette lacune, j'en conviens. J'ai donc découvert sa prose avec L'Amant, non influencée par l'adaptation cinématographique, n'ayant suivi que d'un oeil le début de la rediffusion... C'est pourquoi, déjà, avant même d'écrire ma chronique, je me dois de remercier Blue Grey pour cette découverte.
Car peu importe que j'ai aimé ou non ce roman. C'est la rencontre avec la plume qui est significative pour moi dans cette lecture : cette plume sèche, parfois brutale, entêtante, ce style précis, incisif, qui se reprend, revient sur lui-même, ne s'accorde aucune concession pour libérer une force et une tension impressionnante. J'ai été impressionnée par les mots sans être emportée par le récit pourtant troublant, par ses phrases, ce qu'elles disent, pudiques malgré l'érotisme latent et crues à la foi par la profondeur et l'intensité des sentiments. En cela la lecture fut marquante, dérangeante aussi. C'est bien plus la haine qui m'a interpellée dans cette histoire que l'amour, cette haine familiale, cette colère.
" Jamais parler. Jamais besoin de parler. Tout reste, muet, loin. C'est une famille en pierre, pétrifiée dans une épaisseur sans accès aucun. Chaque jour nous essayons de nous tuer, de tuer. Non seulement on ne se parle pas mais on ne se regarde pas. Du moment qu'on est vu, on ne peut pas regarder. Regarder c'est avoir un mouvement de curiosité vers, envers, c'est déchoir. Aucune personne regardée ne vaut le regard sur elle. Il est toujours déshonorant. Le mot conversation est banni. Je crois que c'est celui qui dit le mieux la honte et l'orgueil. Toute communauté, qu'elle soit familiale ou autre, nous est haïssable, dégradante. Nous sommes ensemble dans une honte de principe d'avoir à vivre la vie. C'est là que nous sommes au plus profond de notre histoire commune, celle d'être tous les trois des enfants de cette personne de bonne fois, notre mère, que la société a assassiné. Nous sommes du côté de cette société qui a réduit ma mère au désespoir. A cause de ce qu'on a fait à notre mère si aimable, si confiante, nous haïssons la vie, nous nous haïssons."
D'évidence, il m'a manqué de précédentes lectures, des références pour apprécier le récit, cette confession tardive, l'impression trop forte de lire les confidences d'une étrangère.
Ce roman, son auteur, doivent trouver leur chemin et leur place dans mon parcours de lectrice, je les relirai.
- En attendant, il poursuit sa route et part rejoindre Yohan -
Commentaires sur L'Amant - Marguerite Duras
Je ne suis pas vierge de Marguerite Duras (j'ai lu Moderato Cantabile), mais je suis curieux de replonger dans l'oeuvre de cet auteur. Cette chaîne tombe donc très bien !!!
Je n'ai pas lu l'Amant, moi non plus. Sans doute que la lecture préalable à ce roman serait "Un barrage contre le Pacifique" ? je n'ai pas lu non plus.
En revanche, j'en ai lu quelques autres, moins autobiographiques, qui m'ont transportée.
Finalement, il t'a davantage plu qu'à moi
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J'ai eu du mal à venir à bout de ces quelques centaines de pages par contre j'ai beaucoup aimé le film
Il y a bien longtemps que je n'ai pas lu cette auteure, mais celui-ci ne me tente pas plus que ça...
@ Yohan : Quelle formule ! Et elle est effectivement très pertinente.
@ Virginie : je crois que je vais choisir un roman moins autobiographique pour le prochain. Lequel me conseilles-tu ?
@ Argantel : et j'en suis la première surprise. Heureusement que Blue Grey l'a choisi pour la chaîne sinon il est probable que je ne l'aurais jamais lu.
@ Kattylou : finalement, je vais peut-être le regarder ce film !
@ Florinette : lesquels avais-tu lu ?
Et puis la fin est sublime : "Il lui dit qu'il l'aimait, qu'il n'avait jamais cessé de l'aimer, qu'il l'aimerait jusqu'à la mort" - enfin, je cite de mémoire...
@ Patricia : tu as plutôt bonne mémoire " Il lui avait dit que c'était comme avant, qu'il l'aimait encore, qu'il ne pourrait jamais cesser de l'aimer, qu'il l'aimerait jusqu'à la mort." Bel absolu. J'avoue avoir été plus marquée par l'une des premières phrases : " Très vite dans ma vie il a été trop tard " Peu de mot pour en dire autant.
J'aime la manière si juste dont tu décris l'écriture de ce roman : tu y as été sensible et c'est déjà beaucoup, je trouve, pour une première approche de l'auteur.
@ Brize : merci, je me suis laissée guidée par mes premières impressions, j'ai essayé de les décrire au mieux.
Si tu as envie de découvrir d'autres livres de M. Duras, je te conseille "Les petits chevaux de Tarquinia" ou "Le marin de Gibraltar" ou "10 heures du soir en été", trois titres que j'avais bien aimé, pour leur atmosphère.
J'ai vu le film!! il faut que je le lise ce roman! ton billet est bien écrit et les mots que tu as choisi me donnent envie de lire le livre
Tu as eu exactement le même ressenti que moi à ma première lecture de "L'amant" (que je relis depuis régulièrement) : la stupéfaction et l'envoûtement du style Duras... Je ne saurais l'exprimer mieux que tu ne le fais...
@ Virginie : c'est noté, je vais regarder et choisir l'un deux, un peu comme ça, sur la première impression.
@ Lael : j'espère, c'est une découverte ( et il n'y a pas d'âge...)
@ BlueGrey : stupéfaction sans aucun doute ! je suis maintenant très curieuse des prochaines réactions dans la chaîne. Merci pour ce choix judicieux.
@ Virginie : l'un D'EUX, c'est pluc chic, d'autant que tu m'en conseilles trois !!!
je tombe un peu par hasard ici alors si cala vous tente allez voir chez moi mon trip durassien
http://marsupilamima.blogspot.com/2009/03/durassic-park.html
et j'ai une tendresse particulière pour les petits cheveaux


