29 avril 2008
Petit Poisson Blanc - Guido van Genechten
Editions Mijade - Collection Petit Train
Avec leurs formats carré, leurs pages très colorées et le choix d'une illustration très visuelle grâce au fond noir marquant bien les contours et les reliefs, ces albums sont parfaitement adaptés aux plus jeunes. Dès 2 ans - jusqu'à 4 ans - ils s'attacheront aux aventures de ce petit poisson blanc, à son tendre univers sous-marin.
Alliant simplicité et qualité, cette série décline une thématique pédagogique à chaque album.
Découverte et observation au programme :
- les couleurs dans petit poisson blanc ( rencontres aquatiques colorées à la recherche de Maman )
- les chiffres dans petit poisson blanc compte jusqu'à 11 avec des pages rabat-surprise ( jeu de cache-cache )
- les contraires dans petit poisson blanc devient grand ( fête d'anniversaire où tous les amis très différents sont invités )
- le bon usage des prépositions dans petit poisson blanc est tout content ( en disant au revoir aux copains avant de rentrer à la maison avec Maman )
Les textes courts, aux allures de comptine, facilitent la mémorisation et donnent ce ton entraînant et rassurant qui plaît tant aux petits.
Certes classiques, ces albums sont graphiquement très agréables à la lecture. Les jeunes lecteurs ne s'y trompent pas. Pour leurs premièrs apprentissages, ils apprécient la compagnie du petit poisson blanc, qui les initie aussi peu à peu aux livres d'histoire.
27 avril 2008
NOUVEAUX BLOGS
*** Laure nous invite à une promenade enchantée en Féerie ***
*** Lael nous ouvre ses carnets de lecture ***
24 avril 2008
Sur la piste des dragons oubliés - Elian Black'Mor
" Les dragons existent. Un fou tente de nous le faire croire "
" Je sais maintenant que plus rien ne sera jamais comme avant "
Elian Black'Mor, aventurier et rêveur du début du XXème siècle, écrit et dessine sur ses carnets de voyage, leur confiant ses notes et croquis accumulés lors de ses explorations sur la piste des dragons oubliés.
Ces trois albums sont un véritable pèlerinage, une page ouverte sur le monde féerique. C' est une quête et un hommage. Elian Black'Mor nous offre un fantastique journal de ses périples dans les terres de légendes. Il nous y raconte son émerveillement pour les dragons. Et la créature mythique inspire la plume de l'explorateur. Les illustrations dévoilent un véritable sens esthétique, propre à nous envoûter, nous laissant fascinés par l'étrange beauté de ces dragons.
" J'ai marché plein Nord, cherchant dans les bourrasques et les solitudes glaciales la piste effacée de nos rêves perdus. Croyez-moi, ce carnet en gardera la trace à tout jamais."
Les images sont somptueuses, impressionnantes de qualité. L' onirisme est omniprésent dans ces albums, pourtant réalistes, parfaitement conçus comme d'authentiques carnets de voyage, annotés, raturés, enrichis de documents scientifiques, de coupures de presse, de photographies, de cartes.
Au gré des rencontres fabuleuses, c'est un voyage et c'est un vertige tant l'intensité des émotions est prégnante. Des brumes celtiques jusqu'au terres froides d'Europe du Nord, à travers l'Orient jusqu'en Asie, Elian Blac'Mor nous guide et nous emporte au delà des frontières de la raison.
"J' ai vu les Dragons errer dans les brumes du port de Saigon... Une étrange confusion habite ce soir mon coeur et mon esprit, le sentiment troublant de parcourir ce monde en rêveur éveillé, de vivre ce qu'aucun autre homme n'a pu imaginer. Voyez ceci et croyez-moi."
Le scénario est à la hauteur de la beauté et de la puissance d'évocation des images. Il ne s'agit pas seulement d'albums d'illustrateur.
Un narration plus romanesque se met en place dès le second carnet - dans lequel apparaît la mystérieuse FCII, la Fantastic Creatures Invertigation Intitute - apportant plus de profondeur aux personnages, et dévoilant dans le troisième carnet une touche d'humour, un soupçon d'autodérision. Ce dernier nous offre des pages à rabat livrant de images panoramiques faisant la part belle à l'univers d'Elian Black'Mor.
Imagination, créativité, talent, ce premier cycle est magistral,
ces albums des merveilles graphiques
- COUP DE COEUR FANTASTIQUE -
- Editions Au Bord des Continents -
23 avril 2008
AFRILIRE
Mon colis du swap Afrilire, patiemment et courageusement organisé par Bladelor, est arrivé...
Mille mercis à Betty, qui a préparée avec soin ce paquet.
Pour ce premier swap, je suis gâtée, gâtée, gâtée
Un excellent choix de quatre livres qui me tentent tous
- L'immeuble Yacoubian de Alaa El aswany
- Passage des miracles de Naguib Mahfouz
- Mémoires de porc-épic de Alain Mabanckou
- En attendant les barbares de J.M. Coetzee
avec leurs marque-pages assortis,
accompagnés d'une affolante tablette de chocolat au lait fourré d'une ganache à la vanille.
Je ne sais plus par lequel je veux commencer...
Sûrement J.M.Coetzee puisque c'est un des auteurs préférés de Betty, agréable façon de mieux faire connaissance.
- CETTE SOIREE LECTURE-CHOCOLAT QUE JE VAIS M'OFFRIR
Et ce n'est pas tout !
Dans son paquet, Betty a privilégié mon goût pour le bois et ses tons chaleureux.
Voyez comme c'est beau :
Voilà qui va trouver bonne place face à mon bureau.
Sincèrement MERCI BETTY pour toutes ces attentions,
je suis ravie,
et convertie au swap !
- Mon colis est arrivé chez VanessaV -
22 avril 2008
Pourquoi le tigre ne grimpe pas aux arbres - He Zhihong
Il était une fois un grand tigre très maladroit. Il ne savait ni rugir, ni bondir, ni saisir sa proie. Personne n'avait peur de lui ! Alors il décida de demander son aide au chat...
- Seuil jeunesse - Petits contes du tapis -
Ces petits contes du tapis portent bien mal leur qualificatif ! Ces albums tout cartonné présentent un format plus que généreux : plus de 30 centimètres de hauteur.
L'originalité de ce conte tient au fait qu'il allie les caractéristiques du livre jeu aux qualités de l'album d'illustrateur.
En effet, le jeune lecteur découvre d'abord les grandes illustrations sans la moindre ligne, laissant ainsi libre court à son interprétation, à son imagination. Enfin, il déplie le rabat de la dernière page qui lui dévoile le texte.
C'est une énigme, celle d'un pourquoi. Il faut attendre la lecture de cette légende traditionnelle chinoise relatée par le rusé personnage du chat pour en obtenir la réponse.
Le format rend justice aux superbes illustrations pleine page, aussi fines qu'évocatrices, aux traits minutieux. La représentation du tigre, de sa puissance sauvage, face au malicieux chat, est particulièrement réussie. Les décors et le choix des couleurs estompées racontent la beauté des paysages et de la nature asiatique.
- A partir de 4 ans - Parfait pour l'Heure du Conte -

20 avril 2008
la danse des maudits - Collectif
Si l'on déroule le parchemin des siècles, le Moyen Âge nous invite à entrer dans sa danse maléfique. Dans les campagnes, les fées ensorcellent les nouveau-nés. Dans les cités, les flammes du bûcher détruisent les maudits. Jalousie dévorante, rancunes tenaces, soif de plaisir, animent tour à tour l'âme humaine. Mais elle succombe aussi aux sortilèges de l'amour... - Rageot - Collection Magnum -
Voyageons en des temps obscurs avec ce recueil de nouvelles, croisant les genres policier, historique et fantastiques. Dix auteurs de renom - Evelyne Brisou-Pellen, Christian Grenier, Brigitte Aubert, Vivianne Moore... nous révèle un aspect du Moyen-Age. Ces écrivains s'unissent pour donner le frisson aux plus de dix ans. Ils leur découvre un monde de sortilèges et de croyances populaires, variant les récits selon la thématique que chacun d'entre eux a choisi, n'ayant pour point commun que le vocabulaire médiéval et le réalisme historique.
Au fil des pages, aventures et suspens se mêlent pour troubler l'âme humaine et ravir le lecteur. L'ombre du Diable n'est souvent que la marque de vils sentiments, le miroir de nos peurs et de passions. Terrible et terrifiant Moyen-âge où brillent les flammes de l'ordalie et du bûcher, où rôdent le visage noir de la peste et les fragrances mortelles d'herbes inconnues, où l'on voit encore des dragons.
La Danse des Maudits entraîne dans une sombre ronde dans laquelle se croisent l'artisan verrier, la Pucelle, le drapier, le prévôt, nobles dames, moines et paladins.
18 avril 2008
Y'a pas que moi ! de Michel Boucher - Grosse colère de Mireille d'Allancé
Deux albums pour raconter les comportements enfantins, pour s'en amuser, pour y réfléchir.
Y'a pas que moi - Michel Boucher
Le pélican parle souvent la bouche pleine, la poule n'a jamais envie de se laver les dents, le porc-épic se peigne rarement, l'escargot ne met pas ses bottes quand il pleut... "Y'a pas que moi !", peut chantonner le petit garçon qui n'a pas toujours envie de tout faire comme il faut ! Complices, les animaux lui font un clin d'oeil... À partir de 3 ans. - Albin Michel Jeunesse -
Cet album est conçu comme un bestiaire original et drôle, comme un jeu de miroir rassurant,
Y sont mis en scène les - mauvaises - habitudes quotidiennes. Sur la page de gauche, un petit bonhomme raconte un de ses comportements qu'un animal - qui se joue des analogies traditionnelles de l'imagerie enfantine : l'ours et le miel, la marmotte et le sommeil... - confirme sur la page de droite.
Ce qui donne de nombreux sujets à discuter autour de cette lecture.
" je me promène toujours avec plein de trésors dans la poche ...moi aussi dit le Kangourou ! "
D'abord, sûrement, il faudra expliquer certaines allusions aux caractéristiques prétendus des animaux cités, comme le loup toujours affamé, l'hippopotame qui ne veut pas sortir du bain, ou le zèbre qui veut toujours porter le même pyjama.
" j'aime bien répéter tous les gros mots que j'entends...moi aussi dit le perroquet "
Ensuite, même si la comparaison décalée est l'occasion de rire, il faudra en limiter les effets déculpabilisants, puisque c'est l'occasion rêvée de rappeler quelques règles.
Un album bien pensé, plus intelligent que ne le laisse supposer la simplicité de l'illustration.
Grosse colère - Mireille d'Allancé
Robert a passé une très mauvaise journée. Il n’est pas de bonne humeur et en plus, son papa l’a envoyé dans sa chambre. Alors Robert sent tout à coup monter une Chose terrible. Une Chose qui peut faire de gros, gros dégâts... si on ne l’arrête pas à temps. - École des Loisirs -
L'idée particulièrement intéressante et originale de cet album - au devenir de classique - est de personnifier la colère sous la forme d'un énorme montre rouge que l'enfant lui-même ne contrôle plus. Cette " Chose " se laisse aller à la violence, renversant le mobilier, les jouets de la chambre sous les yeux effarés du petit héros prénommé Robert. Attristé, effrayé par ce mouvement destructeur qui ne semble pas connaître de limite, l'enfant le chasse et entreprend de remettre de l'ordre avec tendresse dans son petit univers. A chacune de ses actions, le monstre décroît jusqu'à ce qu'il soit assez menu pour être enfermé dans une boite.
Le texte se contente d'une ligne par page, la mise en image étant suffisamment symbolique et explicite. La personnification de cette émotion forte et difficilement contrôlable permet au petit héros, comme au jeune lecteur, de prendre du recul et de dédramatiser, de mieux comprendre ce qu'il ressent. La colère est angoissante. L'auteur montre bien, au début de son histoire, comment la mauvaise humeur puis l'agressivité, envahit l'enfant, l'étouffe jusqu'à ce qu'elle sorte. La mise en scène du monstre-colère se déchaînant montre bien les proportions démesurées que peut prendre un sentiment mal maîtrisé, conduisant à des actes que l'on regrette ensuite.
Cet album met en évidence que ce manque de contrôle n'est certainement pas synonyme de méchanceté; qu'il ne faut pas en avoir peur, qu'il faut apprendre à se calmer, à dominer ce moment angoissant.
16 avril 2008
Fascination - Stephenie Meyer -
Après toute la blogosphère littéraire, je succombe au phénomème Stephenie Meyer !
"J'étais à peu près certaine de trois choses. Un, Edouard était un vampire; deux une part de lui - dont j'ignorais la puissance - désirait s'abreuver de mon sang; et trois j'étais follement et irrévocablement amoureuse de lui. "
Ce court extrait de quelques lignes suffit à résumer l'intrigue de ce roman. Il s'agit d'une histoire d'amour extraordinaire dans tous les sens du terme. Une passion mêlant romantisme et sensualité avec brio, rendant à ses lectrices leur coeur de quinze ans. On imagine sans peine l'émoi - avec trémolos et palpitations - que doit générer cette lecture sur les adolescentes, à travers le personnage tellement humain de Bella. Sa vie de lycéenne, entre des parents divorcés, s'essayant à gérer les affres de l'amitié ainsi que - et surtout - les limites et hésitations de sa relation physique avec Edouard, ce jeu de désirs et d'interdits, en font une figure adolescente parfaitement empathique.
Entre tension et émotion, Stephenie Meyer sait planter son décor et ferrer son lecteur. La narration en focalisation interne - Bella raconte son histoire sans le moindre recul - renforce le trouble qui accompagne sa rencontre avec le chevaleresque Edouard, sa découverte de sa nature réelle et le magnétisme du vampire. On ne compte plus les pages consacrées à sa beauté, aux pulsations cardiaques affolées de la lycéenne.
Aucun poncif du genre n'est épargné, le texte est répétitif et convenu, le mythe du vampire à peine renouvelé, mais il faut reconnaître que la récit de cette " fascination " est habilement mené. L'angoisse quasi permanente qui transpire de l'histoire agrémenté d'une touche d'humour - les dialogues entre Bella et Edouard et l'opposition entre l'incapacité physique de l'une face aux talents de l'autre sont particulièrement réussis- en font une lecture prenante et agréable.
Même si Fascination ne vaut pas La chronique des vampires d'Anne Rice ( dans laquelle on retrouve le personnage du séduisant vampire culpabilisant - Brad Pitt à l'écran tout de même - ), il faut reconnaître le total plaisir qu'apporte cette lecture. Il n'y aucune raison de le bouder, de renoncer à donner envie de lire aux adolescents.
C'est un véritable bonbon fondant, très sucré avec juste ce qu'il faut d'acidité pour stimuler l'excitation et susciter l'envie de croquer...
- Hachette Jeunesse -
Le récent billet de Clarabel.
14 avril 2008
Nicolette HUMBERT - photographe -
Ce 10 avril, je partageais avec vous mon heureuse découverte des imagiers de Nicolette Humbert : A la ferme - Au jardin fruitier parus aux éditions La Joie de Lire.
Je suis tombée sous le charme de ses talents de photographe, qu'elle a su si judicieusement adapter aux petits, leur révélant les couleurs, les détails, la beauté d'une nature qu'ils apprécient spontanément.
Je suis ravie de lui laisser aujourd'hui la parole - à travers ces quelques lignes - pour nous raconter ses albums :
• Comment passe-t-on de la photographie professionnelle à la publication d’un album pour enfant ?
En parallèle à mon travail de photographe professionnelle (reportages sociaux, architecture, ...), j’ai toujours fait des photographies par plaisir, en totale liberté. J’aime particulièrement la campagne, c’est un espace fait de tensions et d’équilibres où les valeurs humaines sont confrontées à celles de la nature. J’ai eu envie de faire pénétrer le jeune
public dans ce milieu exaltant. Avec le premier album - A la ferme - j’ai voulu donner un regard et une présence aux animaux de la ferme que les enfants adorent mais qu’ils ont peu souvent le loisir de contempler. La force de la première photo, qui était celle du jeune bœuf au regard innocent, m’a servi "d’étalon" pour les suivantes : de la douceur mais aussi un certain impact visuel pour arriver à une photo tout simplement agréable à regarder. A travers mes images, j’essaie de donner une vision positive du monde parce que je crois que la façon dont un enfant va percevoir le monde à travers les livres (ou tout autre intermédiaire), c’est la façon dont plus tard il va l’appréhender, voire le construire.
• Quelle a été la démarche de création des albums (en quoi sont-ils différents d’imagiers traditionnels, comment sont-ils conçus ?)
La plupart des imagiers traditionnels sont des compilations de photos d’agences (banques d'images). Ils expriment le point de vue d’un iconographe qui construit son sujet avec un fond existant. Un photographe doit aller chercher sur le terrain les photos dont il rêve...Je ne choisis pas une photo uniquement parce que je la trouve belle, mais parce qu’elle s’insère à une place précise dans un ensemble. J’essaie de construire mes albums photographiques comme une histoire, ou plutôt une petite musique, avec un début, un milieu, une fin. Je varie les cadrages tout en respectant l’esprit que je veux donner au livre.
La série des albums "de tout près" révèle une notion importante, c’est que la perception que l’on a de la réalité change selon le point de vue. En se rapprochant, on entre dans l’intimité des choses et on comprend mieux ce qu’elles sont.
Sur le terrain, tout commence par une rencontre, qu’elle soit végétale, animale ou humaine, dont j’essaie de tirer la quintessence à travers une image unique.
• Du 30 janvier au 04 Février, vous étiez à Saint-Paul-Trois-Châteaux. Quelles réactions avez-vous rencontré face à vos albums ?
Cette année, la Fête du Livre de Saint-Paul-Trois-Châteaux avait pour thème le cliché et donc la photographie dans les livres pour enfants. Durant ces 4 jours d'ateliers et de dédicaces, le public, enfants et adultes, a apprécié l'univers de mes imagiers. Les enfants sont très sensibles à la qualité de l’image. Le réalisme de la photographie les émerveille, ils prennent plaisir à nommer les choses et sont toujours prêts à raconter une anecdote personnelle.
*** pour en savoir plus sur Nicolette Humbert, n'hésitez pas lui rendre visite sur son site ***
12 avril 2008
La Musicienne de l'aube - Christian Grenier
" Lorsqu’un fracas de fin du monde réveille Michaël, dit Mika, au petit matin, le jeune homme n’imagine pas qu’il est appelé à vivre la plus improbable des aventures… La veille, Mika est venu enterrer son oncle Edouard, qui l’a élevé après la mort accidentelle de ses parents. Edouard Nigerre, écrivain et chercheur excentrique, vivait en ermite dans ce coin peu fréquenté du Périgord. Or, la veille des vacances d’été, le maire l’a découvert mort devant l’un de ses ordinateurs. Et voilà qu’une masse gigantesque, sorte de pierre ponce géante, vient de s’abattre sur un pré juste à côté de la maison de l’oncle Edouard. Virginie, la fille d’un fermier voisin, a disparu : aurait-elle été engloutie par la chose ? Lorsque Mika et ses amis, Sophie et Sylvain, s’en approchent, il découvrent des cavités qui s’ouvrent et se referment, des sortes de tunnels « vivants ». Décidés à retrouver Virginie, ils y pénètrent… et se retrouvent dans l’envers du Multimonde ! Lors de quatre « voyages » à l’intérieur de cet espèce d’organisme, ils devront libérer la Musicienne de l’Aube, rétablir la ville de Venise dans son véritable espacetemps, échapper aux redoutables chasseurs d’un cyberparc et remettre de l’ordre sur la planète Mê-Moria. Quelle est donc la nature de cette Chose, véritable porte ouverte sur d'autres mondes ? Tout cela est-il bien réel ? N’ont-ils pas simplement exploré un imaginaire délirant légué, via son ordinateur, par l’extravagant oncle Edouard. " Bayard jeunesse
Ce copieux résumé de l'éditeur effleure à peine la richesse de ce roman de Christian Grenier. Il s'agit d'un roman d'aventures - avec un grand A - fantastique en quatre parties qui s'enchaînent à la façon d'une saga, publié précédemment en quatre livres : La Musicienne de l'aube, Les Lagunes du temps, Cyberpark, Mission en mémoire morte, parus en 1996-97. Quatre aventures, donc, dont la première donne son titre à l'ouvrage complet, reliées par une intrigue dont le dernier volet est le dénouement.
Chaque périple des jeunes héros se déroule dans un univers particulier, totalement différent du précédent, de notre réalité.
- La Musicienne de l'aube s'ouvre sur un monde mythique et sauvage, peuplé de Troglodytes, d'Ondins et de Sylvains, dans lequel les premiers veulent la disparition de la Musicienne ayant seule le pouvoir de réveiller le jour en jouant inlassablement de la flûte.
- Les lagunes du temps nous entraînent dans une Venise d'une dimension parallèle, parce que son histoire s'est trouvée modifiée au IXème siècle, lorsque la relique de Saint Marc aurait dû y être ramenée. On y croise pêle-mêle les grands maîtres italiens, tels Léonard de Vinci, Goldoni, Vivaldi, sous leurs masques de carnaval.
- Cyberpark présente une société pervertie par l'usage intensif du virtuel. La planète est devenue une terre de cauchemar où chacun se cloître dans une cellule souterraine et participe au " grand jeu de réalité non virtuelle ", consistant à traquer et tuer les humains marginaux rejetés à la surface par le système pour gagner un maximum de points échangeables contre tous les produits de confort. La notion de réalité et d'identité a disparu. Dans cette humanité divisée, les cybernautes sous pseudonyme chassent à grands renforts de moyens techniques des individus réduits à la condition primitive de proie.
- Mission en mémoire morte relate une expédition dans l'espace jusqu'à l'étrange planète Mê-Moria, lieu de toutes les réponses.
Le rythme des romans est effréné, servi par une écriture fluide, toujours parfaitement adaptée à son lectorat. Ces aventures soumettent les héros à des épreuves autant physiques que psychologiques, transformant leur périple en véritable quête initiatique révèlant les personnalités. Ajoutons à cela que chacun de ces " épisodes " fournit des éléments de compréhension sur le pourquoi et le comment du déroulement des événements, sur l'origine et les mécanismes de cette " Chose ", ce qui donne aux textes des allures de polar. Avec de nombreux personnages récurrents ( un astrophysicien, un médecin, un journaliste, un colonel, un ministre de la Défense répondant au doux nom d'Eve Colombe...) en plus des protagonistes adolescents, du suspens, de multiples péripéties, beaucoup l'action et de mystères, de l'amour et de l'humour, le jeune lecteur de Christian Grenier est gâté. Il risque d'être aussi submergé que subjugué...( et là, j'ai envie d'ajouter tant mieux ! )
En effet, chacun des textes est foisonnant de références culturelles, et reprend un genre différent de la science-fiction. On y trouve d'abord un récit de fantasy, un autre jouant le jeu de l'uchronie, ensuite un récit d'anticipation pour finir avec du space opéra; chacun développant une thématique qui lui est propre.
Mais le propos ne se limite pas à cette hommage à la science-fiction. Le roman propose, au travers de l'intrigue principale, une réflexion sur le travail d'écriture et d'imagination de l'écrivain ( avec en filigrane celle sur la relation entre jeux virtuels et livres ). Les personnages de Michaël et Edouard Nigerre doivent beaucoup à Christian Grenier lui-même ( on remarquera que Nigerre est l'anagramme de Grenier ). Ils nous invitent, lors des explorations du Multimonde, à un voyage dans l'univers d'un auteur.
Voici un extrait qui a semblé pertinent à la lectrice de science-fiction que je suis devenue :
" Mika avait interrogé Edouard sur l'avenir de la Terre.
- Tu sais, avait d'abord répondu son oncle, ce n'est pas parce que j'écris des romans de science-fiction que je suis plus apte qu'un autre à prophétiser le sort de notre planète ! Mes histoires sont imaginaires. Dans un décor futuriste, elles jouent avec des hypothèses qui se nourrissent des technologies du présent.
- Mais tu as une petite idée ? avait insisté Mika.
- Oh, j'en ai beaucoup ! Mais, à mon avis, aucune ne décrit l'avenir réel de la Terre. Ce n'est d'ailleurs pas là mon objectif. Au contraire : il m'arrive d'écrire des fictions inquiétantes pour faire comprendre au lecteur qu'il s'agit là de futurs à éviter !
Mika, qui préférait entendre son oncle raconter ses histoires plutôt que de les lire, s'était précipité dans cette nouvelle brèche :
- eh bien, justement : quels sont les avenirs que tu redoutes ?
Edouard, devenu soudain sombre, avait soupiré :
- A quoi bon en parler ? Évoquer le futur est aussi vain que de jeter des cris d'alerte. Les lecteurs boudent les récits qui décrivent les conséquences des erreurs qu'ils commettent. Vois-tu, Mika, Cassandre est la plus impopulaire et la plus méconnue des héroïnes de la mythologie ! "
Un récit passionnant, une réflexion intéressante.
Les quatre tomes de La Musicienne de l'aube ont reçu le Grand Prix de l'Imaginaire en 1998.
*** pour les inconditionnels de Logicielle : sa dernière enquête, intitulée Cinq degrés de trop, est parue le 1er Avril ***
Pour en savoir plus sur Christian Grenier, vous pouvez lire mon billet sur son essai Je suis un auteur jeunesse et visiter son site.



















