A LIRE AU PAYS DES MERVEILLES - littérature jeunesse -

Littérature jeunesse

31 mars 2008

Les séries : Chroniques d'un malentendu littéraire - Anne Marie Pol

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Il m' a paru important de vous présenter ce titre de l'excellente collection La Littérature Jeunesse, Pour Qui, Pour Quoi ?, éditée par les éditions du Sorbier, traitant d'un sujet à polémique.

Dans ce livre, Anne-Marie Pol - auteur de la série Danse - tente de définir ce genre littéraire non reconnu qu'est la série, de pointer ses caractéristiques et ses défauts supposés, d'y répondre, en compagnie de professionnels du livre - libraires, éditeurs - d'un pédopsychiatre et de lecteurs, bien-sûr.

Cette étude d'une centaine de pages n'a rien de didactique. La lecture est rapide, facile, dynamisée par les témoignages des nombreux intervenants. L'ouvrage ressemble plus à un fascicule qu'à un essai, d'autant que le ton se veut vif et familier, à la manière d'une discussion aux allures de plaidoyer. Il n'est pas aussi approfondi que l'on pourrait l'espérer, mais il propose de nombreuses pistes de réflexions, et nous submerge de références classiques que l'on aurait bien envie de (re)lire.

Anne-Marie Pol fait des mises au point intéressantes sur l'opposition traditionnelle entre qualité et quantité, la notion différenciant la série de la collection et des tri-tétralogies parfois à rallonge, celle de fidélisation du lecteur. Elle explique les raisons et la longévité du succès " incontestable bien que contesté " des séries, en soulignant avec pertinence les aspects positifs de ces lectures, leur rôle dans le parcours de lecteur d'un enfant, celui des personnages récurrents "miroir et projet, image et guide".

" - Un livre jeunesse doit plaire aux parents ou, du moins, mériter leur aval. Et c'est la le HIC de la série.

- Un livre jeunesse marche sur l'identification du lecteur. Et c'est là le HIT de la série."

Elle relie le caractère actuel très marketing des séries, tout comme le soucis de la qualité d'écriture, à l'idée de lecture facile et rassurante, et dénonce l'amalgame entre création littéraire et produits dérivés ou novellisations de fictions télévisées. Enfin, l'auteur épingle hardiment les préjugés des détracteurs, assumant la " trivialité " des mots commande et gains financiers, l'opposition entre élitisme culturel et lecture divertissante grand public.

En fin d'ouvrage, un lexique des séries nous rappelle ces milliers de pages dont nous nous sommes nourris.

Si Anne Marie Pol ne m'a pas totalement convaincue, elle m'a permis, en revanche, de réfléchir et de relativiser, d'avoir une approche concrète et constructive de cette littérature.

" La littérature ne se définit pas, elle se vit de manière différente pour chacun." Sarah Vidieu

Alors, même si la couverture fait peur, je ne peux que vous recommander la lecture de cet ouvrage ( ainsi que celle des autres titres de cette collection de documentation sur la littérature jeunesse - traitant de la SF, du roman policier, du roman historique, les livres pour tout-petits...toujours rédigés par des auteurs spécialisés - qui feront l'objet de prochains billets )

En attendant, celui-ci peut devenir un livre-voyageur si vous le souhaitez.

Posté par Emmyne à 07:00 - x Essais x - Commentaires [7] - Permalien [#]

29 mars 2008

Ecrire le monde - Nouchka Cauwet

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- La naissance des alphabets -P3250001


un boeuf marchait dans le désert, il y a 3500 ans. Des hommes ont dessinés sa tête. Les années ont passé, le dessin a été recopié, retourné, penché à droite, à gauche. Enfin, bien droit sur ses deux jambes, il est devenu notre A.

Voici racontée l'histoire des lettres de notre alphabet. Avec des couleurs et des rimes, les peintres et les poètes les ont chantées : " A noir, E blanc, I rouge..."


Abécédaire, imagier : ces mots peuvent qualifier cet album qui ne se destine pas aux plus jeunes. Ce livre là nous raconte l'histoire - leur origine, leur évolution - des lettres qui composent notre alphabet.

" La naissance de l'écriture témoigne de l'extraordinaire inventivité humaine ".

Double page après double page, nous assistons à l'élaboration du système qui permit à l'humanité de communiquer, diffuser et conserver sa culture. Lorsque les lettres se racontent, c'est un peu de notre histoire qu'elles révèlent, nous entraînant dans un voyage à travers les alphabets grec, phénicien, hébreu, arabe, cyrillique.

L'originalité de cet ouvrage, particulièrement riche et complet, tient au choix de relier chacun des signes à des représentations artistiques, de ne pas limiter le langage à l'écriture en y associant une oeuvre d'art.  Pour chaque lettre, un poème et une peinture célébrent ainsi différents modes d'expression. Il s'agit bien de célébration que l'on retrouve dans la créativité de la mise en page de ce patrimone culturel : jeu avec les mots, les images, les couleurs, les graphies. Tout concourre à donner vie aux traits, à sensibiliser à la multiplicité des langages.

C'est un documentaire, c'est un album, c'est surtout un beau livre à ne pas réserver à la jeunesse.

Bélem Editions -

Posté par Emmyne à 07:00 - DOCUMENTAIRES - Commentaires [3] - Permalien [#]

28 mars 2008

TAG

C'est le premier , et je le dois à Lucile.

Alors...

Mon principal trait de caractère : avoir du caractère

La qualité que je désire chez les hommes : l'humour et la patience

La qualité que je désire chez les femmes : mes amies sont dynamiques, curieuses, attentives et portent un regard impertinent sur la vie.

Mon principal défaut : tout-tout-de-suite. L'angoisse.

Ma principale qualité : la générosité

Mon occupation préférée : Lire et voyager, visiter et découvrir en bonne compagnie 

Un plat qui me met l'eau à la bouche : la salade tomate/mozzarella/basilic ( et la cuisine italienne en général ), la soupe à l'oignon gratinée.

Mes mots favoris : les mots avec une majuscule. Ceux auxquels j'en ajoute. Enfance, Paix, Liberté, Littérature.

Ce que je déteste par dessus tout : l'hypocrisie, la mauvaise volonté, l'égoïsme, la mesquinerie, la bêtise.

Un rêve : Prendre une année et partir tous les quatre autour du monde

Qui n'a pas encore joué ???

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27 mars 2008

26 lettres pour dire...je t'aime - Nadia Bouchama

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Pour petits et grands, ce livre offre une sélection de petits noms doux et câlins, joliment illustrés.

Sur les pages cartonnées de cet album, Nadia Bouchama s'amuse à mettre en image un abécédaire de mots doux. Ceux que l'on murmure spontanément aux petits : mon prince, mon doudou, mon coeur, ma puce, mon trésor...; d'autres plus originaux mais tout aussi réjouissants : mon oiseau des îles, mon rayon de soleil, mon unique...

A la façon de dessin d'enfants, les illustrations colorées et naïves donnent ce caractère tendre et gai à l'album. On y musarde au gré des surprises câlines que réserve chaque lettre jusqu'au Ze t'aime final.

Et vient évidemment l'envie d'ajouter des pages pour dessiner nos petits mots d'amour à nous, d'en imaginer encore.

Un petit bonheur de papier.

Mila Éditions -

Posté par Emmyne à 07:00 - ALBUMS tout-petit - Commentaires [7] - Permalien [#]

26 mars 2008

Le parapluie vert - Yun Dong-jae & Kim Jae-hong

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Le vieux mendiant est toujours là, endormi sous la pluie qui tombe à verse. Yeong regarde autour d'elle : personne ne l'observe.

Elle ouvre son parapluie vert et le pose doucement aux côtés du vieil homme...

Cet album vient de Corée, mais les thèmes qu'il décline sont universels : marginalité et précarité, rapport à l'autre, respect de la personne, solidarité.

Sur une mise en page sobre à l'extrême, au graphisme parfaitement maîtrisé pour laisser toute la place à l'émotion, cet album ressemble à un arrêt sur image, une séquence particulière : la réaction d'une enfant face à l'indifférence ou le rejet, son geste simple, généreux qui crée ce lien ténu, ce fugace espoir.

Le texte est minimaliste, neutre, ni misérabiliste, ni moralisateur. Il s'efface au profit de l'illustration forte, puissamment évocatrice.  Sur la palette en variation de gris et d'ocre, seul le parapluie vert offre une touche de couleur vivifiante. A chaque page, le travail graphique se joue du point de vue, alternant contraste, flou et images hors champ au moment du don du parapluie, comme pour préserver l'intimité de cet échange entre le vieil homme et l'enfant.

Un album émouvant, mais aussi pudique; un album réaliste mais aussi esthétique, qui, jusqu'à l'épilogue, répond aux préjugés, aux regards dévalorisants avec brio.

Une lecture à partager blottis bien au chaud pour tenter de répondre aux nombreuses questions qu'elle suscitera.

Didier Jeunesse -

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25 mars 2008

Magazine VIRGULE

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Ce mensuel consacré à la langue française et à la littérature s'adresse aux 10 - 15 ans.

La conception de ce magazine est aussi intéressante qu'attrayante, les articles parfaitement ciblés, variés, instructifs et ludiques. Cette lecture n'a rien d'un pensum, d'un devoir de français supplémentaire. Il s'agit bien de presse, non d'un documentaire, même si Virgule développe un dossier par mois et offre des fiches à conserver.

La revue s'ouvre sur une poésie - ou du moins un texte en rime - ainsi que sur une sélection de livres jeunesse. Vient ensuite l'Histoire des mots et l'étymolojeu, puis la fameuse trouvaille du SMP : Société Protectrice des Mots qui " recueille des mots maltraités, délaissés, en voie de disparition ou abandonnés ".  Chaque mois, un mot est présenté, expliqué, qu'il est possible d'adopter, carte de membre à l'appui, engageant l'heureux titulaire à " l'employer au moins une fois par mois, à l'oral ou à l'écrit, pendant six mois, à ne pas oublier ce qu'il signifie."

Le dossier mensuel alterne thématique précise, oeuvres littéraires et auteurs. Je le trouve personnellement suffisamment approfondi tout en s'adaptant au lectorat adolescent - suffisant pour satisfaire la curiosité et donner le goût des Belles Lettres - Ce sommaire prometteur se poursuit par une visite, ou une enquête, ou une interview, parfois un point  de grammaire ou d'orthographe pour trois pages de BD - reprenant les Histoires Extraordinaires de A. Poe en épisode en ce moment -

Les rubriques de ce magazine sont abondemment illustrées; des dessins humoristiques mais aussi une iconographie pertinente et recherchée apporte sa contribution culturelle aux articles. Ces nombreuses images agrémentent et enrichissent la lecture.

On lit la quarantaine de pages de Virgule avec plaisir et profit, et pas seulement à l'âge d'un élève de collège, vous l'aurez compris... Même si ma lecture est rapide, je ne m'en lasse pas, j'y découvre toujours quelque chose, redécouvre les classiques. J'apprécie la fraicheur de ce magazine.

A noter : Virgule est publié par les éditions Faton qui diffusent également d'autres magazines culturels pour les enfants, tels Cosinus, Arkeos ou le Petit Léonard ( qui seront le sujet d'autres billets )

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Pour découvrir le dernier numéro : le site Virgule-mag

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22 mars 2008

La peste des âmes - Jürgen Seidel

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Londres, 1521. Une série de mystérieux suicides sème la panique dans la ville. Les victimes, de jeunes étudiants, laissent des lettres d'adieu dans lesquelles ils déclarent avoir été abandonnés par Dieu. On parle d'une peste des âmes, qui ne demande qu'à se répandre. Aussi, lorsque des élèves de son école sont concernés, Andrew mène l'enquête. Véritable maladie spirituelle ou machination humaine ? Suicides volontaires ou meurtres déguisés ? Tels sont les mystères que vont tenter de percer les Blackfrairs Seven, le cercle secret qu'Andrew a fondé.

Une belle collection, un titre étrange, une couverture alléchante, un résumé annonçant  mystère et complot sur  trame historique semblaient promettre bien mieux que la vraie grosse déception que j'ai ressenti à la lecture de La peste des âmes.

La faute certainement aux mélanges des genres, aux exigences de l’auteur qui rendent ce texte aussi touffu que confus.

Pourtant, l’intrigue n’est pas particulièrement complexe, le récit en est même lent. Ce qui gène, en premier lieu, c’est l’absence d’informations historiques. Ce contexte n’étant pas mis en valeur, les enjeux de l’histoire sont peu compréhensibles, et demandent aux lecteurs adolescents de trop nombreux pré requis culturels et sociaux – l’Angleterre d’Henri VIII, la réforme de Luther, le scandale de la vente des Indulgences, l’opposition aux pères, aux maîtres – sans parler des réflexions spirituelles sur l’existence et le rôle de Dieu. Il n’y a pas vraiment de suspens, ni d’enquête, les protagonistes réagissant plus par impulsion face à la peur ambiante qu’agissant consciemment. L’action devient rapidement violente et sordide, malgré le happy end de bon ton. Sur une thématique d’angoisses métaphysiques et de manipulations de jeunes esprits, le récit s’enlise en nous rejouant un Roméo et Juliette, façon guerre des pères.  Certes, l’atmosphère est ténébreuse, les personnages inquiétants, mais l’ensemble est trop peu développé pour susciter l’empathie.

Alors, à peine policier, pas vraiment ésotérique ni historique, que penser de ce roman ? Telle est la question. 

Hachette - Collection Black Moon -

Posté par Emmyne à 23:58 - ROMANS adolescents - Commentaires [7] - Permalien [#]

20 mars 2008

Lectures du soir

Voici trois albums qui n'ont pas d'autres prétentions que de canaliser l'agitation du soir - pour le premier - puis de partager un moment de tendresse - avec les deux autres - avant de s'endormir.

Tu ne peux pas m'attraper ! - Michael Foreman -

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Un classique de l'album qui vient de passer en Folio Benjamin : C'est l'heure de se coucher mais Petit Singe n'est pas prêt à aller au lit. " Tu ne peux pas m'attraper ! " crie-t-il en se lançant dans une joyeuse sarabande à travers la jungle et bien plus loin encore...

Cet album amusera, sans aucun doute, les petits par sa mise en scène colorée et exotique d'une joyeuse turbulence enfantine, d'autant que la couverture ne manquera pas de les attirer avec son Petit Singe tête en bas faisant le pitre !

A l'heure des rêves et du bisou de maman, Petit Singe s'échappe par la fenêtre de sa chambre pour un périple ponctué - à chaque double page - par une rencontre avec les animaux de la jungle essayant, chacun leur tour, de l'attraper. Il bondit d'une queue de tigre à dos d'éléphant, saute par dessus les hippopotames et les crocodiles jusqu'au ciel où il croise des extra- terrestres ( bien verts et tentaculaires ) avant de retomber au milieu des animaux qui se précipitent pour...le chatouiller ! Il court vite se réfugier dans les bras de maman.

Reprise de la phrase du titre en comptine, rythme, animaux, surprise et rire, l'histoire a tout pour plaire. Sur des couleurs pastel, le trait de l'illustrateur sait rendre la dynamique du récit jusqu'à l'apaisement final. Un album gai et malicieux.

Qui veut un bisou - Eric Simard & Ingrid Godon -                        

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Ce soir, Albert ne dort pas. Dans le noir, il entend une petite voix :

- S'il te plaît, donne-moi un bisou...

Est-ce la lune qui parle, ou bien les étoiles ? Non, non, pas du tout...

Mais, alors, qui veut un bisou ?

Edité par Bayard Jeunesse dans la collection Les belles Histoires des tout-petits, ce récit se révèle aussi doux que poétique. Albert l'écureuil, tout excité avant d'aller au lit, ne reçoit pas le bisou du soir de ses parents. Seul dans sa chambre, il entend chuchoter cette question qui donne son titre à ce petit album carré. Il sort pour interroger la lune, les étoiles, les flocons de neige, les arbres de la forêt jusqu'à ce qu'un vieil hibou le ramène à la maison, et que " le papa et la maman d'Albert l'accompagne jusqu'à son lit et ils lui font chacun un bisou sur une joue", donnant ainsi réponse à la question.

Ce livre est adorable. Sur les pages de papier glacé alternent les tons chauds orangés et le gris vert d'une nuit d'hiver pour une atmosphère ouatée, délicatement onirique.

Je t'aimerai toujours quoi qu'il arrive - Debi Gliori -

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Petit Renard est de très mauvaise humeur. il dit que personne ne l'aime. mais ce n'est pas vrai. Maman va le rassurer en lui expliquer que leur amour est éternel, même si ...

Dans la nouvelle collection poche - Les petits Gautiers - des éditions Gautier-Languereau - ne vous privez pas de ce titre tendre et fantaisiste à souhait. Le récit est simple, drôle, construit sur le principe du " et si j'étais..."de Petit Renard, s'imaginant transformé en bêtes peu sympathiques type hanneton ou alligator pour mettre à l'épreuve l'amour maternel. Chaque supposition de l'enfant est mise en image avec force détails et humour, dédramatisant le propos, jusqu'à l'épilogue plus émouvant.

Amusant et sécurisant comme il se doit.

L'avis de Mélanie sur ce titre ( A noter : dans la version en français, il n'est pas écrit " quand on sera mort " , mais  " si j'étais loin de toi " )

Posté par Emmyne à 22:35 - ALBUMS maternelle - Commentaires [3] - Permalien [#]

18 mars 2008

Maus - Art Spielgelman

Lily a rencontré avec émotion Art Spielgelman au Salon du Livre de Paris. Cela m'a fait regretter de ne pas m'y être rendu cette année. Pour ma part, je l'ai découvert en 1992 avec MAUS.

512C44749ZL__AA240_"Maus raconte la vie de Vladek Spielgelman, rescapé juif des camps nazis, et de son fils, auteur de bandes dessinées, qui cherche un terrain de réconcialiation avec son père, sa terrifiante histoire et l'Histoire. Des portes d''Auswchwitz aux trottoirs de New York se déroule, en deux temps ( les années 30 et les années 70 ) le récit d'une double survie : celle du père, mais aussi celle du fils, qui se débat pour survivre au survivant. Ici, les Nazis sont des chats et les Juifs des souris. Oubliez vos préjugés : ces souris-là ont plus à voir avec Kafka ou Orwell qu'avec Tom et Jerry. Ceci est de la vraie littérature." - Prix Pulitzer 1992 -

Maus ( souris en allemand ) est un témoignage multiple. C'est la Shoah, et c'est aussi le récit du poids de l'histoire familiale, celui de la relation particulière, conflictuelle avec le père - relation brute faite de non-dit, de déni -. Art Spielgelman est l'enfant de la paix, de la génération " d'après ",né aux Etats-Unis. Il est aussi, et surtout, le deuxième fils, écrasé par le fantôme d'un frère disparu dans l'horreur des camps de la mort. Il a fallu des années à l'auteur pour trouver les mots et les images, pour se réconcilier avec le passé, avec sa famille, les accepter, les assumer, pour nous livrer cette BD, véritable roman graphique d'une qualité rare. Un roman terriblement humain. La lecture de ces planches privées de couleur peut sembler difficile, oppressante, sur deux aspects : le trait est sombre, chargé de détails, de textes; le malaise est pregnant. On lit, on relit, on scrute. Justement. En noir et blanc, les pages révèlent une puissance d'évocation saisissante.  Avec les visages réduit à l'apparence simpliste d'une souris, on se demande comment Art Spielgelman est parvenu à rendre une palette de sentiments aussi fine et complexe - j'ai envie d'écrire authentique, empathique, mais cette lecture bien plus que d'autres est une expérience intime - . C'est cette intransigeance de l'auteur qui ne s'accorde - ne nous accorde -  aucune concession, la sobriété de son récit qui fait la force de Maus. On la ressent physiquement. On prend un coup qui laisse une trace.  Art Spielgelman ne joue pas le jeu de l'interprétation.  L'usage des masques, le choix du zoomorphisme renforcent paradoxalement la réalité du propos. On ne peut pas éviter Maus.

Se souvenir et transmettre. Finalement Art Spielgelman l'a fait; le travail accompli force le respect.

Impressionnant, bouleversant, éloquent, quel serait le mot juste pour qualifier cet ouvrage ?

Voici ceux d'Umberto Eco : " Maus est un livre que l'on ne referme pas, même pour dormir. Lorsque deux des souris parlent d'amour, on est ému, lorsqu'elles souffrent, on pleure."

Plus de quinze ans après ma première lecture, l'émotion est intacte.

Posté par Emmyne à 22:30 - BD adolescents - Commentaires [11] - Permalien [#]

17 mars 2008

Les Amants Papillons - Benjamin Lacombe

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Ce qui intéresse la jeune Naoko, c’est d’étudier la littérature plutôt que d'apprendre à servir le thé. Pour parvenir à ses fins, elle part à Kyoto déguisée en garçon pour entrer à l'université. Elle y rencontre l'étudiant Kamo.

Cet album est une merveille graphique, tant il est beau visuellement, tant son généreux format met en valeur les illustrations de Benjamin Lacombe, qui révèle ici toute la mesure de son talent.

Le récit, inspiré d’une légende japonaise, se présente classique et sobre, déclinant les thèmes de la révolte des jeunes filles face aux conventions sociales qui les vouent à la soumission, et de l’amour contrarié. C’est le trait fin de l’auteur qui sublime ce conte oriental, nous livrant des pages emplies d’émotions. En multipliant les angles de vue, et en sollicitant les couleurs avec raffinement, l’illustration dégage une réelle intensité à laquelle on ne peut qu’être sensible. On est saisi par les portraits de l’héroïne, aussi délicats qu’expressifs, sous le charme de son regard mélancolique. Le dénouement tragique, fantastique pour certains, poétique pour d’autres – les amants meurent de ne pouvoir s’aimer librement. De leur tombe s’évadent deux papillons bleus - ne conviendra pas aux plus jeunes. Une dizaine d’années me semblent nécessaire pour apprécier le romantisme exalté de ce magnifique album. Un coup de coeur à ranger dans la catégorie collection.

Editions du Seuil -

Sur le site de l'auteur, vous pourrez feuilleter Les Amants Papillons

Clarabel nous parle de Cerise Griotte.

Bellesahi, Gawou et Lily présentent L'Enfant silence, illustré par Benjamin Lacombe, paru ce mois-ci.

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Posté par Emmyne à 22:00 - ALBUMS 8-10 ANS - Commentaires [8] - Permalien [#]



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