A LIRE AU PAYS DES MERVEILLES - littérature jeunesse -

20 mai 2012

" Je déclare avec Aragon "

Le poète a toujours raison
Qui voit plus haut que l'horizon
Et le futur est son royaume
Face à notre génération
Je déclare avec Aragon
La femme est l'avenir de l'homme

Entre l'ancien et le nouveau
Votre lutte à tous les niveaux
De la nôtre est indivisible
Dans les hommes qui font les lois
Si les uns chantent par ma voix
D'autres décrètent par la bible

Le poète a toujours raison
Qui détruit l'ancienne oraison
L'image d'Eve et de la pomme
Face aux vieilles malédictions
Je déclare avec Aragon
La femme est l'avenir de l'homme

Pour accoucher sans la souffrance
Pour le contrôle des naissances
Il a fallu des millénaires
Si nous sortons du moyen âge
Vos siècles d'infini servage
Pèsent encore lourd sur la terre

Le poète a toujours raison
Qui annonce la floraison
D'autres amours en son royaume
Remet à l'endroit la chanson
Et déclare avec Aragon
La femme est l'avenir de l'homme

Il faudra réapprendre à vivre
Ensemble écrire un nouveau livre
Redécouvrir tous les possibles
Chaque chose enfin partagée
Tout dans le couple va changer
D'une manière irréversible

Le poète a toujours raison
Qui voit plus haut que l'horizon
Et le futur est son royaume
Face aux autres générations
Je déclare avec Aragon
La femme est l'avenir de l'homme

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- Chanson interprétée par Jean Ferrat -

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GK

- Gustav Klimt - Les trois âges de la femme ( détail ) -

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19 mai 2012

Exhibitions

ExhibitionsExhibitions - L'invention du sauvage - est l'une des expositions temporaires du Musée du quai Branly; une exposition aussi incroyable qu'édifiante.

A travers pas moins de cinq cents documents et pièces ( photographies, affiches, matériels " scientifiques ", moulages, lithographies, gravures, tableaux, produits publicitaires ou " souvenirs " ) ainsi que des montages vidéos mettant en scène l'iconographie, l'exposition présente un parcours historique ( à partir du XVIème siècle ) sur l'altérité, dans l'esprit du cabinet de curiosité. Exceptionnelle et impressionnante.

C'est le regard occidental sur les peuples des autres continents, du pseudo-anthropologique source et légitimité des préjugés, de la formation d'un inconscient collectif dégradant, colonialiste et raciste qui aboutira à la création de ménageries mêlant humains et animaux au début du XXème siècle, une fascination ( et une peur, le goût de cette peur ) pour les " phénomènes " associant pêle-mêle difformités et exotisme, manipulant les notions de " normalité ", " supériorité ", celles d'identité, de race, de hiérarchie de ces races.

" L'Autre interroge, étonne et permet de se situer... Souvent originaire des zones lointaines, il a cristallisé les fantasmes, les peurs, mais aussi les ambitions de domination. "

" Le parcours de cette exposition rappelle un théâtre : on y trouve la scène, ses acteurs et ses accessoires tandis que les coulisses montrent l'envers du décor évoquant les destinés de ces exhibés et montrant l'incroyable production d'images qui a façonnée une culture du regard. " - Extrait de l'introduction à l'exposition -

La différence. Tout commence par là. Avec les grands explorateurs qui ramènent aux cours européennes leurs butins et trophés ( Christophe Colomb revient de son premier voyage avec six Amérindiens, revient avec..., pas accompagné de... ) : objets précieux, animaux jamais vus, membres de peuples qui paraissent si étranges par leur couleur de peau et leur mode de vie. L'incarnation du Sauvage.

Dans le même temps se développent les cirques et les foires dans lesquels sont exhibés " les phénomènes humains ". L'exposition présente les figures célèbres de " monstres " et d'exilés qui ont laissés des traces " documentaires " dans les annales historiques ( comme cette famille Inuit au XVIIIème siècle ). Tous soumis à la curiosité occidentale qui évoluera en " construction scientifique de la différence ". Ce sont les débuts de l'anthropologie au XIXème siècle, une passion et une folie de classification sur la " variété du genre humain ". Des instruments de mesures anthropométriques sont créés ( notamment pour les dimensions du crâne, du visage - on appellera cela la phrénologie ), c'est la grande époque des relevés, des daguérréotypes et des moulages de bustes. Ne pas oublier que les théories élaborées à partir de ces " études " furent également publiées dans les manuels scolaires, les " sciences naturelles "... Quant à la supériorité blanche, elle est affirmée jusque dans les jeux d'enfants. L'exposition présente des cartes dont l'illustration et la petite maxime inculquent le racisme aux plus jeunes; il y a aussi des maquettes et des automates.

Puis ce sera la période populaire du spectacle de la faune exotique et l'indigène au zoo avec les Expositions Universelles ou les scènes de café-théâtre. Les peuples africains et amérindiens tiennent le haut de l'affiche. Les Folies Bergères attirent des milliers de visiteurs avec six guerriers Zoulous qui dansent et se déchaînent sur scène ( à qui on a bien précisé que ce serait plus mieux s'ils grognaient aussi ). Pas des esclaves, des exploités avec, certes, contrat et salaire mais traités comme des " inférieurs ", privés de liberté.

Le spectacle le plus célèbre, ayant connu le plus de succès et ce durant des années, est celui créé par le chasseur de bisons Buffalo Bill avec des Indiens. A Paris, en 1905, près de trois millions de spectateurs assistent à ce show.

Entre 1877 et 1937, il y aura plus de 35 exhibitions " ethniques " au Jardin d'Acclimation, des familles parquées. 

Il faut le voir pour le croire, c'est le cas de le dire.

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- Paul Friedrich Meyerheim - In der Tierbude ( Ménagerie ) - 1894 -

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JA

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- Exposition jusqu'au 3 juin ( billet depuis plus d'un mois dans les brouillons, c'est mal ! ) -

- Le livret enfant est extrêmement bien conçu ( posant en épilogue la question de l'existence contemporaine de " zoos humains " avec l'écran de la télévision... ce qui ne gâche rien ) - Très bien aussi l'idée d'installer des miroirs déformants dans la salle des affiches d'exhibitions ... -

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- Exposition jusqu'au 3 juin ( billet depuis plus d'un mois dans les brouillons, c'est mal ! ) -

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Posté par Emmyne à 13:45 - - Commentaires [13]
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17 mai 2012

ABC des belles choses à faire - ( jouer et poétiser inside )

ABCesCaresser un petit moineau blessé. Boulotter une belle barbe à papa sans la faire tomber. De A jusqu'à Z, il y a tant de belles choses à faire et à partager.

- Texte : Géraldine Collet -

- Illustrations : Nicolas Gouny -

- Editions Escabelle  -

Qu'il est beau cet abécédaire qui dit les émotions, les sensations et les rêves, les moments de douceur et de gaieté enfantine à ne pas réserver aux enfants.

Une poésie délicate et joyeuse qui décline le verbe en bonheurs et la palette en pastels, une tendresse et le goût des mots, des rimes et des allitérations qui s'envolent de ces mots qui racontent la vie, les heures et les histoires à l'infini à partager, le simple et le fondamental pour vivre un monde sensible :

" - Papoter avec un papillon qu'on a presque attrapé.

- Questionner mémé sur ce qu'elle a vécu.

- Renoncer aux mille manières de jouer à la guerre.

...

- User ses chaussures dans des rues inconnues. "

Cet album comme un petit trésor intime de papier avec son format valisette et ces dernières pages invitant à le compléter; un petit trésor pour échanger sur tant de grands sujets. A tous les âges.

Un enchantement.

AbcAmi

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J'aimerai partager avec vous cet album. Je vous le propose en vous invitant à écrire avec moi un abécédaire :

L' abécédaire des jolies heures de lecture

Parlez-moi des mots des livres, d'amour des livres, en complétant l'alphabet.

Blogueur ou non-blogueur ( résidant en France métropolitaine ), il vous suffit de participer en commentaire avec une ou deux lettres selon votre inspiration ( en vérifiant que ce(s) lettre(s) sont toujours disponibles ) jusqu'au 28 mai.

Un lutin pas poète aimant " Nager tout nu comme les baleines " fermera les yeux pour choisir l'une de ces lettres. Ce sera donc l'auteur de la phrase l'ayant pour majuscule qui recevra cet album.

J'espère que vous serez tentés de jouer. Vous pouvez bien-sûr participer sans désirer recevoir cet album ou en lui préférant un autre bel album publié par les éditions Escabelle dont j'apprécie particulièrement les parutions : Raconte-moi les formes, les chiffres, les couleurs... ( chronique ICI ). Simplement à me préciser en commentaire.

EDIT du 19 mai : attention, cet abécédaire est celui de la lecture et les livres, pas celui " des belles choses ".

- Chaque jour, jusqu'au 28 mai, je complète une lettre -

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A -

B -

C - Caresser la couverture d'un livre comme on caresse le visage d'un enfant - ( Valérie )

D - Dévorer la nuit un gros pavé rempli de frissons, et sursauter au pas pourtant léger de son chat.. - ( Fantasia )

E - Ecrire à un écrivain

F - Filer les heures sur le rouet des mots dorés... - ( Hélène )

G -

H - Humer l'odeur d'un livre neuf et se sentir revivre - ( Lounima )

I - Inventer de tendres histoires pour que les enfants s'endorment doucement - ( Niki )

J -

K - Kidnapper un livre longtemps convoité pour le relâcher quelques temps après dans la nature - ( Kathel )

L - Lire au pays des merveilles

M - Musarder dans les rayons des librairies à la quête de trésors... - ( Violette )

N -

O - Ouvrir le livre d'un auteur qu'on aime et savoir qu'il va nous plaire encore - Antigone )

P - Partager des lectures à voix haute, entourée d'enfants aux yeux émerveillés - ( Bouma )

Q - Quitter un livre pour se plonger immédiatement dans le suivant - ( Niki )

R - Relire, reconnaître et retrouver l'émotion

S - " Sombrer au fond des océans et renaître comme les baleines. " - ( Anne inspirée par Les oreilles de Buster de Maria Ernestam )

T -

U -

V - " Voyager de ta chambre autour de l'humanité " - ( Saxaoul inspirée par Renaud " C'est quand qu'on va où ? " )

W -

X -

Y -

Z - Zébrer au crayon les marges des pages, zieuter les heures de dédicaces et zigouiller sa timidité.

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News Pop-Up

- Pour Information -

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Aux éditions Flammarion

publication d'un livre cartonné accordéon

mettant en image le poème Liberté de Paul Eluard

Lpe

L'album présente une à une les strophes du poème sur une illustration en volume qui se construit au fil de la lecture : Page après page, de délicats jeux de découpes laissent découvrir les détails d'un paysage. Petit à petit, l'horizon s'élargit, pour que l'écho de la liberté résonne dans l'univers entier. Au verso, un texte biographique sur Paul Eluard mettant en lumière la naissance du poème.

Anouck Boisrobert et Louis Rigaud sont les illustrateurs des deux pop-up à succès parus chez Hélium : " Popville " et "Dans la forêt du paresseux ".

Magique, splendide, l'art de donner vie et réalité aux mots en mêlant création et poésie.

- Une vidéo de présentation ICI -

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Aux éditions Mango Jeunesse

publication d'un album pour les petits

du grand maître du pop-up David A.Carter.

Un album cartonné à toucher pour découvrir les formes et les matières

DC

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16 mai 2012

Bobi - Georges Bess

bobiSa présence me fit un bien fou...

J'avais hâte de le retrouver chaque matin dans mon carnet...

Sa légèreté, sa malice, sa grâce ou sa cocasserie, son innocence en un mot enchantaient ma vie.

- Casterman Ecritures -

Cet album est un projet et une histoire graphiques, le journal d'un dessinateur présenté comme une longue lettre illustrée à un ami racontant un cheminement de création, une réflexion sur la liberté et la volonté de l'artiste par rapport à ses créations.

Le monologue devient dialogue entre le créateur et la créature, un délire créatif.

Le narrateur mis en scène semble traverser une période morose, se coupant du monde et des autres, se sentant coupé du monde et des autres. Il s'interroge sur les liens entre fiction et réalité. Le matin, installé sur la terrasse un café, il se prête au jeu d'un nouveau Rotring, d'un nouveau carnet qu'une amie lui a assuré " magique ". Il laisse aller le trait - " pour voir... partir dans une impro sans but... suivre la ligne à la trace " - Des formes apparaissent, des sculptures qui peu à peu s'humanisent jusqu'à la naissance de ce personnage Bobi à la fois double, compagnon, guide. Le dessinateur entre dans le fantasme de la communication avec sa création, inversant les rôles - " Je me suis mis au service de mon personnage... j'ai tenté de comprendre ce qu'il voulait me dire, avec son mime... ".

L'album s'amuse de cette double forme lettre-journal d'un dessinateur : les dernières pages ( plus d'une vingtaine ) rassemblent des croquis de Bobi joints à la missive, présentés sur fond grisé comme des photocopies des pages du carnet, bordures et spirales apparentes.

A la fois absurde et vivant, libre et fantaisiste en fait, ce récit m'a intéressée - " l'humanité d'un dessin " - , j'ai apprécié cet univers créatif qui alterne à plaisir réalisme et imaginaire ( les portraits mode réel, les attitudes de Bobi dans son " monde " sont superbes ). Toutefois, cet album me laisse perplexe quant à son épilogue, s'engageant dans une dimension spirituelle qui peut tout aussi bien relever de la boutade, du clin d'oeil, de l'autodérision. Curieux. Une expérience graphique. Je ne peux m'empêcher de le feuilleter encore. 

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- avec Mango -

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15 mai 2012

Mon Pouchkine - Marina Tsvetaïeva

MPMTEn février 1937, alors qu’une nouvelle vague de terreur fait disparaître sous la torture des millions de personnes, le pouvoir soviétique décide de célébrer le centenaire de la mort de Pouchkine. “Notre Pouchkine”, “Pouchkine le révolté”, “Pouchkine le révolutionnaire”, tels sont les titres des journaux qui se partagent la une avec les annonces des grands procès. Dans le même temps, en France, toute l’émigration russe se réunit et fête aussi Pouchkine, mais un autre Pouchkine, celui de la Russie orthodoxe, la Russie dite éternelle. Face au “nous” soviétique et au “nous” orthodoxe, seule, Marina Tsvétaeva dit “je”. Son essai est l’un des plus grands textes jamais écrits sur l’enfance et la littérature.

- Actes Sud - Babel -

- Traduit du russe par André Markowicz -

Marina Ivanovna Tsvetaïeva est une poétesse russe à la vie douloureuse, au destin tragique. Elle naît en 1892 à Moscou. Son premier recueil poétique est publié dès 1910. Elle rencontre alors et fréquente les poètes russes de sa génération. En 1922, Marina épouse Sergueï Efron dont elle a deux filles, Ariadna ( 1912 ) et Irina ( 1917 - elle ne vivra que 3 ans, victime de malnutrition, des conditions éprouvantes de cette époque de guerre ). Marina intègre le milieu théâtral, y vit des amours et des amitiés passionnées. Se décidant à l'exil, elle quitte la Russie en 1922 et rejoint son mari à Berlin. Cette même année, la famille s'installe en Tchécoslovaquie. Début 1925 naît leur fils Guéorgi. Ils partent fin octobre pour Paris, y vivront, ainsi que dans sa région jusqu'en 1939 où ils font face à une situation financière toujours difficile. En plus de l'écriture poétique, Marina publie des essais, des mémoires et des traductions. En 1937 son mari ( qui travaillait pour les services secrets soviétiques ), accompagné de sa fille, rentre en URSS. Marina reste seule en France avec son fils jusqu'en 1939 où elle obtient enfin l'autorisation de retour mais juste après son arrivée, sa fille ainsi que son mari sont arrêtés et déportés. Isolée, elle rencontre Anna Akhmatova en 1940, subissant comme elle les persécutions du régime stalinien. L'année 1941 sera celle de la tragédie : Marina Tsvetaïeva se suicide, son fils s'enrôle dans l'armée ( tué en 1944 ), Sergueï est exécuté.

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- source image ( et pour lire les hommages d'auteurs et de poètes ) : esprit nomade -

- Sa fille Ariadna Efron ( décédée en 1975 ) a écrit un livre de mémoires sur sa mère, a consacré sa vie libre ( ce ne sera qu'à partir de 1955 ) à la diffusion de son oeuvre. Ce livre est publié en français depuis 2008 par les éditions des Syrtes -

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" Amour pour ceux qui sont - maudits. "

Dans ce court essai, scandé par des vers, intitulé Mon Pouchkine, Marina Tsvetaïeva revient sur son enfance, son éveil à la littérature, les premières images, et raconte un art poétique. Parce que quand Marina Tsvetaïeva écrit, c'est toujours poésie.

Ce sont ses souvenirs du temps où l'on la nommait Moussia, souvenirs sous la figure tutélaire de Pouchkine, c'est la Russie du tsar, c'est l'héritage, le mythe fondateur d'une enfant précoce, sensible. Elle évoque Moscou, sa famille, se remémore ces moments qui laissent des traces, des éblouissements et des ombres. D'abord, le poète, c'est cette grande statue au bout du boulevard de promenade, lieu de jeux et d'expériences sur le monde avec le monument pour référent, et c'est ce tableau de Naumov - Le Duel - dans la chambre de sa mère. Puis, ce sont les premières lectures, interdites, une représentation d'Eugène Onéguine jusqu'au Pouchkine d'anthologies scolaires, le Pouchkine national.

" L'oisillon de Dieu ignore

Les travaux et les soucis,

Il ne tresse ou ne décore

Un durable et tendre nid. "

( - Les Bohémiens - A. Pouchkine - )

" Cet oisillon, c'est la liberté du poète. Que pensent de cet oisillon-là les lucides écoliers de la Russie soviétique ? "

Ce récit, ce sont les émotions d'avant, une intensité émouvante et une re-connaissance magnifique, un hommage, une passion, une vision. Celle d'un regard poétique sur le monde.

" le vers, le seul espace qu'en nous jamais ne fermera l'adieu. "

- En fin d'ouvrage, des poèmes de Pouchkine traduits en français par Marina Tsvétaïeva -

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- Le Duel d'Alexandre Pouchkine avec Georges d'Anthès - Alexander Naumov -

" D'Anthès a provoqué Pouchkine en duel, c'est-à-dire qu'il l'a attiré sur la neige, et là, près des arbustes noirs et nus, il l'a tué. Sur Pouchkine, j'ai d'abord appris qu'on l'a tué. [...] Noire et blanche, sans nulle autre couleur, la chambre de ma mère; noire et blanche, la fenêtre : la neige contre les branches de ces arbustes, et ce tableau Le Duel - du noir contre du blanc, ou sur la neige blanche on accomplit une chose noire, une chose éternelle et noire, où la foule, le noir tout noir, assassine - le poète. Pouchkine fut mon premier poète, et, mon premier poète, on l'a assassiné."

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Un poème de Marina Tsvetaïeva :

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Les nuits sans celui qu’on aime — et les nuits
Avec celui qu’on n’aime pas, et les grandes étoiles
Au-dessus de la tête en feu et les mains
Qui se tendent vers Celui —
Qui n’est pas — qui ne sera jamais,
Qui ne peut être — et celui qui le doit…
Et l’enfant qui pleure le héros
Et le héros qui pleure l’enfant,
Et les grandes montagnes de pierre
Sur la poitrine de celui qui doit — en bas…

Je sais tout ce qui fut, tout ce qui sera,
Je connais ce mystère sourd-muet
Que dans la langue menteuse et noire
Des humains — on appelle la vie.

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Extrait du recueil Le ciel brûle – traduit du russe par Eve Malleret et Pierre Léon – Poésie Gallimard

- Sur ces pages, d'autres poèmes de Marina Tsvetaïeva ICI -

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14 mai 2012

La traversée du temps - Yasutaka Tsutsui

TTnLa salle de sciences naturelles ressemblait à un débarras rempli de choses horribles. Et puis soudain, au milieu des ustensiles de cuisine, des squelettes, des collections d'insectes, et des animaux empaillés, Kasuko se sentit envahie par une odeur douce et nostalgique, comme de la lavande. Elle crut voir une ombre, un fantôme, ou un voleur, et s'évanouit. A partir de ce moment-là, plus rien ne fut normal. Kasuko avait l'impression d'avoir fait un saut dans le temps, de savoir à l'avance ce qui allait se passer. En outre, les catastrophes se succédaient sur son passage, tremblement de terre, incendie, camion fou... Kasuko décida de se confier à quelqu'un de sûr, le gentil Masaru, par exemple, ou le professeur de sciences naturelles. Des discussions qui lui réservent de bien étranges surprises.

- Ecole des Loisirs - Neuf -

- Traduit du japonais par Jean-Christian Bouvier -

La traversée du temps est un roman fantastique à l'écriture et la structure narrative classiques, rythmé par des chapitres courts comme autant d'épisodes mettant en scène des personnages attachants sur une touche d'humour dans un univers proche de son lectorat malgré la dimension science-fiction.

Cette dimension est d'autant plus intéressante qu'il ne s'agit pas d'une histoire de super-héros mais d'un vécu au quotidien. L'héroïne de ce roman vit un décalage temporel qui la renvoie à la journée de la veille en se souvenant des évènements qui sont donc à venir. Même si la réflexion n'est absolument pas approfondie, Kazuko est touchante par son désir de se débarasser de ce " pouvoir ", de retrouver le cours de sa vie.

C'est une histoire, une jolie histoire de voyage dans le temps qui se clôt en romance au doux parfum de lavande, un plaisir de lecture.

Ce roman a inspiré un animé qui a lui-même inspiré un manga ( Kazé éditions ).

TTmanga

- Le billet d'Edelwe -

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Grand cahier de création - Louise Heugel

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Nouvelle collection aux éditions Palette ( éditeur jeunesse spécialisé dans l'art ) que ces livrets thématiques d'activités : les formes et les couleurs pour les deux premiers titres.

Cahier au grand format idéal ( 24X32 - couverture à rabat cartonnée - 24 pages épaisses ) pour une approche artistique multiple : onze formes ou couleurs pour onze tableaux, onze façons de découvrir une œuvre et un artiste. A chaque page une forme ( cercle, rectangle, mais aussi spirale, étoile et pointillés ) ou une palette invitant l’enfant à devenir l’artiste en reproduisant ou interprétant ces œuvres du XXème siècle, aux crayons, feutres, peintures et pourquoi pas en jouant de la fourchette, du coton-tige ou de la pomme de terre comme cela est parfois proposé.

Ce n’est pas une leçon, mais un éveil et une pratique artistiques, c’est de la création.

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- A partir de 5-6 ans -

J'aime toujours autant les livrets d'activités des éditions Palette pour leurs qualités de conception ( de fond comme de forme ) à des tarifs tout à fait corrects ( environ 8 euros ). La collection d'initiation avec autocollants L'art en formes ICI -

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13 mai 2012

Dimanche poétique - Anna Akhmatova

Fragment

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... Il m'a semblé que c'étaient des feux

Qui volaient avec moi jusqu'à l'aurore.

Je ne suis pas arrivée à savoir

De quelle couleur étaient ces yeux étranges.

 

Autour de moi tout s'est mis à trembler,

tout s'est mis à chanter,

Et je n'ai pas réussi à savoir

si tu es ennemi, ami,

Si c'est l'hiver ou bien l'été.

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- 1959 - Traduction de JL Backès, extrait de Requiem, Poème sans héros et autres poèmes - Poésie Gallimard - 

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- Alexeï Savrasov -

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11 mai 2012

Cartons - Pascal Garnier

61rKyv70obL__SL500_AA300_Tout commence par un déménagement - cette " catastrophe naturelle " : Brice, illustrateur de livres pour la jeunesse et compagnon de la dive bouteille, quitte son appartement lyonnais pour une grande maison plutôt isolée à la campagne. Il a choisi l'endroit avec son épouse journaliste d'ailleurs partie quelque part en Egypte. Esseulé, sans nouvelles d'Emma, Brice s'abandonne peu à peu au désespoir en squatteur de son propre logis, ne sortant plus guère du garage où sont entassés les cartons qu'il éventre au petit bonheur. Les évocations d'Emma, l'attente d'un appel qui ne vient pas, et la rencontre de Blanche, une étrange femme-elfe sans âge, sorte de spectre de l'enlisement provincial, ponctuent cette dégringolade dans l'enfer des cartons.

- Zulma -

Parution posthume de l'écrivain Pascal Garnier disparu en 2010, Cartons est un roman noir au style parfait, la tension monte tandis que personnages et lecteurs s'enfoncent. C'est le noir de l'humour d'abord, le noir de l'atmosphère dramatique ensuite.

A la dérision et l'ironie de la première partie sur les affres du déménagement - aux pages d'anthologie - auquel est incapable de faire face Brice - " Vous faites chier, les intellos, faut pas tasser les cartons de livres, comme ça ! - Désolé, je ne savais pas. - Ben comme ça vous saurez. " - succèdent un temps flottant, une forme de délire, de dérive. Le héros de cette histoire se perd dans sa nouvelle maison, impuissant à reprendre le cours de sa vie, à donner à ce nouvel environnement une dimension de nouvel univers, de nouvelle vie - " Il fit le tour des chambres, se crucifiant à chaque fenêtre pour maintenir bras ouvert les volets. De l'extérieur on aurait pu croire un coucou suisse. Dong, l'horloge du clocher lui asséna la demie. " Désoeuvré, apathique, il éparpille le contenu de ses cartons, s'éparpille, s'intallant dans le garage au coeur du déballage dont chaque objet n'a plus de sens - " La vie lui tombait des mains " - Ou en a trop. Ensemble, comme des épaves d'une existence d'avant. Presque un coma, une perte de (re)connaissance. La rencontre avec Blanche l'entraîne hors de cette nébuleuse vers le monde trouble et incertain de la jeune femme, tout aussi lourd de souvenirs. La lueur est blême, leur hospitalité est inhospitalière. L'air devient pesant, plombé, menaçant, vicié de souffrances occultées; le délire cède la place à la folie, aux tragédies.

Cartons, c'est le deuil d'une vie. Et l'amour à mort. 

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" - ... promettez-moi de ne pas mourir.

- Je ferai ce que je peux, mais...

- Ne croyez pas ce qu'on vous dit. Il n'y a rien en haut, rien en bas. Juste nous, ici et maintenant, comme des naufragés. "

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